En Angleterre, les chiffres de la mortalité maternelle et périnatale baissent globalement, mais derrière cette amélioration nationale se cache une réalité plus dure : les femmes ne courent pas le même risque de complication grave ou de décès selon qu’elles accouchent au Nord ou au Sud du pays. Les dernières analyses de surveillance MBRRACE-UK montrent une fracture territoriale nette, avec des services de maternité du Nord et des Midlands beaucoup plus souvent classés en “mauvais résultats” que ceux situés dans le Sud, malgré des protocoles nationaux communs. Cela interroge l’égalité d’accès à des soins sécurisés pendant la grossesse et l’accouchement, et rappelle à quel point les contextes sociaux, économiques et organisationnels pèsent sur la santé des femmes.
Derrière ces statistiques se trouvent des histoires bien réelles : celle de familles qui perdent un bébé à terme, de femmes qui vivent des complications évitables, de soignants en sous-effectif qui se battent pour faire au mieux. Les ambitions nationales, comme la stratégie de réduction de moitié des mortinaissances et décès maternels, ont permis une baisse globale de la mortalité périnatale de près de 36 %, mais les bénéfices ne sont pas répartis de manière uniforme sur le territoire. Comprendre pourquoi certaines maternités du Sud parviennent à maintenir des taux de décès nettement inférieurs à la moyenne, tandis que d’autres au Nord accumulent les alertes, est devenu un enjeu majeur pour toutes celles et ceux qui défendent une équité en santé. Dans cette perspective, les expériences internationales en matière de réduction des inégalités, comme celles décrites dans ce dossier sur les inégalités de santé, offrent des repères précieux.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : ⏱️ |
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| ✅ Les données MBRRACE-UK montrent une fracture Nord-Sud persistante en matière de mortalité maternelle et périnatale en Angleterre. |
| ✅ Les progrès nationaux (−36 % de mortalité périnatale) masquent des maternités en difficulté chronique, surtout dans le Nord et les Midlands. |
| ✅ L’ajustement des données selon l’âge, la précarité ou l’origine ethnique permet de repérer de vrais écarts de performance, indépendants du profil des patientes. |
| ✅ S’inspirer des services les plus performants et partager leurs pratiques est une piste concrète pour réduire les décès évitables 🤝. |
| ✅ Les enjeux d’équité territoriale en Angleterre rejoignent d’autres débats internationaux sur la justice en santé, comme ceux abordés autour de la couverture santé universelle 🌍. |
Comprendre les disparités Nord-Sud dans la mortalité maternelle et périnatale
Les enquêtes de mortalité périnatale et maternelle en Angleterre ont mis en lumière un phénomène aussi constant qu’inquiétant : la mortalité est systématiquement plus élevée dans le Nord et les Midlands que dans le Sud. Sur dix années de rapports MBRRACE-UK, les dix organisations présentant les scores de mortalité périnatale prolongée les plus défavorables se situaient toutes dans ces régions du Nord, tandis que la majorité des maternités aux meilleurs résultats se trouvaient dans le Sud. Cette opposition n’est pas un simple hasard statistique, mais la traduction d’un gradient social et territorial que l’on retrouve aussi dans d’autres indicateurs de santé.
Pour le comprendre, les chercheurs ont analysé plus de 33 943 décès périnatals prolongés entre 2013 et 2022, dont plus de 23 000 mortinaissances. Les 121 services de maternité évalués ont reçu un score cumulé sur 10 ans, allant de 22 (meilleurs résultats) à 47 (les plus mauvais). Parmi les organisations les plus en difficulté figuraient des noms déjà médiatisés pour des problèmes de sécurité, comme Shrewsbury and Telford Hospital NHS Trust ou certains grands hôpitaux des Midlands. À l’inverse, des structures du Sud comme les hôpitaux universitaires de Norfolk et Norwich ou des trusts londoniens affichaient des résultats durablement inférieurs à la moyenne.
Pour qu’une maternité soit classée en “au-dessus de la moyenne”, il ne suffit pas d’un accident ponctuel. Les équipes MBRRACE-UK attribuent chaque année des “bandes de couleur” selon le niveau de mortalité, puis transforment ces bandes en points pour obtenir un score sur une décennie. Ainsi, une organisation qui reste régulièrement en bande rouge (taux au-dessus de la moyenne de façon nette) accumule des points et se retrouve en haut du classement des mauvais résultats. Cette méthode fait ressortir les tendances structurelles davantage que les fluctuations annuelles. Elle a, par exemple, mis en évidence la dégradation progressive des résultats à Leicester, passé d’un profil plutôt protecteur à une surmortalité persistante dans les rapports les plus récents.
Pour limiter le poids des différences de population, les données sont ajustées selon plusieurs facteurs : âge maternel, niveau de précarité, sexe du bébé, origine ethnique, grossesse multiple ou non, âge gestationnel. Cet ajustement est essentiel, car certaines régions du Nord comptent davantage de familles en situation de vulnérabilité, de pathologies chroniques ou de grossesses à risque. Si, malgré cet ajustement, la mortalité reste plus élevée, c’est bien que des facteurs liés à l’organisation des soins, aux ressources humaines ou à la qualité des prises en charge entrent en jeu.
Cette logique d’analyse territoriale n’est pas propre à l’Angleterre. En France comme ailleurs, des rapports sur les disparités régionales de santé décrivent les mêmes écarts entre territoires favorisés et défavorisés. Des synthèses internationales, comme celles sur les indicateurs mondiaux de développement et de santé, montrent aussi que les régions les plus pauvres paient toujours la note la plus forte en termes de mortalité maternelle. La situation anglaise devient alors un cas d’école pour comprendre comment, au sein d’un même système national, des ruptures d’égalité peuvent perdurer pendant des années.
Au cœur de cette fracture, on retrouve des déterminants qui se répondent : pénurie de sages-femmes et d’obstétriciens, retards d’investissement dans certains hôpitaux, difficultés de transport pour les femmes enceintes, complexité sociale des situations à gérer. Chaque facteur pris isolément ne suffit pas à expliquer la surmortalité, mais leur accumulation crée un environnement moins protecteur pour les grossesses. C’est cette accumulation qui transforme une simple différence de contexte en injustice sanitaire durable.
La première clé pour agir consiste donc à regarder ces chiffres en face, non comme une fatalité régionale, mais comme le signal d’un système qui ne protège pas tout le monde de la même manière.

Progrès nationaux et limites : une baisse globale qui masque de fortes inégalités
Sur le papier, la politique de sécurité de la maternité au Royaume-Uni affiche des résultats encourageants. L’initiative gouvernementale lancée en 2015 visait à réduire de moitié les mortinaissances, les décès néonatals et maternels à l’horizon 2030, puis 2025. Même si les objectifs chiffrés ne sont pas totalement atteints, la mortalité périnatale globale a diminué d’environ 36 %, atteignant un taux proche de 4,84 décès pour 1 000 naissances. Les progrès ont été particulièrement marqués pour les naissances à terme, là où une grande partie des décès est théoriquement évitable grâce à une prise en charge adaptée.
Dans cette dynamique, la publication annuelle de données comparatives par MBRRACE-UK a joué un rôle clé. Chaque rapport fournit une cartographie nationale de la mortalité périnatale prolongée, par hôpital, par région et par type de service. Cette transparence a obligé les organisations à se comparer, à analyser leurs faiblesses, à répondre aux questions des familles, des médias et du Parlement. Une enquête du Health and Social Care Committee est venue renforcer cette pression, en recommandant d’utiliser beaucoup plus activement les données pour comprendre les variations de performance entre maternités.
Mais malgré ces progrès structurels, un constat s’impose : la baisse de mortalité n’est pas homogène. Certaines maternités ont vu leurs résultats s’améliorer de manière régulière, passant de bandes rouges ou orange à des bandes jaunes, voire vertes avant le durcissement des critères en 2019. Plymouth est un exemple souvent cité : après des années difficiles et des taux au-dessus de la moyenne, un travail approfondi sur l’organisation, la culture de sécurité et la formation a permis d’obtenir des résultats durablement meilleurs. À l’inverse, certains services ont stagné ou se sont dégradés, malgré les plans d’action et les avertissements répétés.
Le durcissement des définitions des bandes, notamment pour la bande verte, illustre aussi les limites de l’exercice. Jusqu’en 2018, plusieurs organisations atteignaient régulièrement cette zone de “meilleure performance”. Depuis 2019, plus aucune maternité n’y parvient, non parce que tout le monde s’est effondré, mais parce que le seuil pour être classé “excellente performance” est devenu beaucoup plus exigeant. Cette évolution traduit une volonté d’aller chercher chaque décès évitable, mais elle peut aussi donner l’illusion que personne ne fait assez bien.
Dans ce contexte, il est utile de replacer la situation anglaise dans un cadre international. Les derniers rapports mondiaux sur la mortalité maternelle montrent un ralentissement des progrès dans plusieurs régions du monde, en particulier là où les systèmes de santé sont fragilisés. La crise climatique, les tensions politiques ou les coupes budgétaires dans certaines zones ont parfois annulé des avancées obtenues de haute lutte, comme on le voit avec la fermeture de centres de santé en Somalie ou d’autres contextes en crise. Là encore, ce sont les femmes enceintes qui se retrouvent en première ligne.
Les débats actuels autour de la santé des femmes, des droits sexuels et reproductifs ou du financement des soins sont très présents dans les grands événements médicaux internationaux, comme le rappelle un article sur le congrès FIGO 2025 au Cap consacré à la santé des femmes (à découvrir ici). Les données anglaises s’inscrivent donc dans une réflexion plus large : comment garantir à chaque femme, où qu’elle vive, un accès à des soins obstétricaux sûrs, continus et respectueux ?
⚠️ Pour éviter de se laisser aveugler par les moyennes nationales rassurantes, il devient indispensable d’apprendre à lire les “écarts persistants” : les maternités qui ne s’améliorent pas, les régions qui restent plus à risque, les groupes de femmes pour qui la baisse de mortalité est beaucoup moins nette. Sans ce regard précis, le risque est grand de parler de progrès tout en laissant certaines familles sur le bord du chemin.
Le défi des années à venir sera donc de transformer une réussite nationale partielle en progrès réellement partagé, ce qui suppose de regarder d’encore plus près ce qui se joue dans chaque service de maternité.
Comment les données MBRRACE-UK objectivent les écarts et ciblent les actions
Les rapports MBRRACE-UK ne sont pas de simples tableaux de chiffres. Ils constituent un outil clinique et politique conçu pour aider les équipes à repérer les signaux faibles, identifier les tendances et déclencher des actions ciblées. Pour la mortalité périnatale prolongée, les données sont compilées sur toutes les naissances d’au moins 24 semaines de gestation, incluant mortinaissances et décès néonatals précoces. Chaque événement est relié au lieu de naissance et au type de service, ce qui permet de comparer des maternités entre elles, à volume de naissances similaire.
Pour que la comparaison soit juste, MBRRACE-UK regroupe les organisations en plusieurs catégories de service selon leur niveau de spécialisation (maternité locale, centre régional, établissement universitaire) et leur nombre de naissances par an. À l’intérieur de chaque catégorie, les données sont ajustées et analysées, puis traduites en bandes de couleur :
- 🟥 Bande rouge : mortalité significativement supérieure à la moyenne (au-delà de +10 % avant 2018, puis +5 %).
- 🟧 Bande orange : mortalité légèrement au-dessus ou juste autour de la moyenne.
- 🟨 Bande jaune : mortalité inférieure à la moyenne.
- 🟩 Bande verte : mortalité nettement inférieure à la moyenne (critère rendu plus strict à partir de 2019).
Chaque bande se voit attribuer une valeur chiffrée, ce qui permet de calculer un score cumulé sur dix ans. Cette approche fait ressortir non pas un “accident” sur une année donnée, mais une tendance structurelle de performance. Une maternité qui se maintient en jaune ou en vert année après année ne fonctionne clairement pas de la même façon qu’un service qui oscille entre orange et rouge. Les auteurs de l’étude insistent toutefois sur une nuance importante : ces scores repèrent des valeurs extrêmes dans une distribution statistique, mais ne suffisent pas à eux seuls pour juger la qualité globale d’un service.
Un autre point méthodologique majeur concerne l’exclusion, à partir de 2019, des décès dus à des anomalies congénitales dans certains tableaux comparatifs. Ces décès sont en partie moins sensibles à la qualité de la prise en charge immédiate. Leur retrait permet de mieux cibler les causes potentiellement évitables, mais complique la comparaison directe avec les années antérieures. Les équipes qui exploitent ces données doivent donc rester prudentes, en tenant compte de ces changements de définition pour interpréter les évolutions de performance.
Pour aider à la décision, les rapports MBRRACE-UK proposent des synthèses très concrètes, souvent structurées comme des listes d’actions prioritaires :
- 📊 analyser chaque décès maternel ou périnatal dans un délai défini, avec revue pluridisciplinaire ;
- 🧩 repérer les facteurs récurrents (retard d’induction, difficultés à reconnaître une prééclampsie, manque de surveillance du rythme cardiaque fœtal) ;
- 📚 mettre en place des formations ciblées et des simulations d’urgence obstétricale ;
- 🤝 échanger avec des services mieux classés pour comprendre leurs pratiques organisationnelles ;
- 👩👧 associer les femmes et leurs familles au retour d’expérience, pour enrichir la vision purement médicale.
Cette démarche “d’audit et retour d’expérience” rappelle ce qui se fait dans d’autres pays sur des champs proches : campagnes de prévention, amélioration des parcours périnataux, ou encore débats sur l’usage de certains médicaments pendant la grossesse, comme les antidépresseurs, largement discutés dans cet article sur les antidépresseurs et la grossesse. Dans tous les cas, la même logique prévaut : objectiver les risques, confronter les pratiques et soutenir les décisions partagées.
Pour illustrer la diversité de situations, voici un tableau simplifié inspiré des typologies observées dans les rapports :
| Type de service ⛑️ | Profil de mortalité sur 10 ans 📉 | Orientation prioritaire d’action 🎯 |
|---|---|---|
| Grand centre urbain du Nord | Score élevé (bandes rouges/orange fréquentes) | Renforcement des effectifs, audit approfondi des décisions cliniques, soutien aux équipes sous pression |
| Maternité universitaire du Sud | Score bas (bandes jaunes, parfois vertes avant 2019) | Partage de bonnes pratiques, accueil d’équipes extérieures en immersion, consolidation de la culture de sécurité |
| Service de taille moyenne en zone mixte | Résultats fluctuants, parfois au-dessus, parfois en dessous de la moyenne | Stabilisation de l’organisation, meilleure anticipation des pics d’activité, renforcement de la formation continue |
Ce type d’outil permet d’allier finesse statistique et action concrète sur le terrain. Encore faut-il que les équipes disposent du temps, des moyens et du soutien institutionnel pour transformer ces indicateurs en changements réels au lit de la patiente.
Au final, les données MBRRACE-UK sont une boussole puissante, à condition d’être lues non comme un classement punitif, mais comme un point de départ pour un travail collectif d’amélioration.
Facteurs sociaux, organisationnels et climatiques derrière les écarts de mortalité maternelle
Les chiffres ne tombent jamais du ciel. Si la mortalité maternelle et périnatale reste plus élevée dans le Nord de l’Angleterre, c’est aussi parce que les femmes y vivent plus souvent dans des conditions de vie fragiles. Taux plus élevés de chômage, logements précaires, alimentation moins équilibrée, exposition accrue à des environnements pollués ou bruyants : tout cela pèse sur la santé bien avant la grossesse. Les études montrent que l’obésité, le diabète, l’hypertension ou les troubles de santé mentale sont plus fréquents dans ces régions, augmentant mécaniquement le risque de complications pendant la grossesse et l’accouchement.
À ces facteurs individuels s’ajoutent des réalités organisationnelles : des hôpitaux en sous-effectif chronique, des difficultés à recruter des sages-femmes expérimentées, des services qui peinent à maintenir un ratio sécurisé de soignants par femme en travail. Certains établissements du Nord sont engagés dans des plans d’amélioration depuis des années, mais chaque fois qu’une équipe commence à se stabiliser, les départs, les burn-out et les contraintes budgétaires viennent fragiliser les résultats. Les auteurs de l’étude rappellent que l’on ne peut pas interpréter ces chiffres sans tenir compte de ces conditions concrètes d’exercice.
Le climat et l’environnement jouent aussi un rôle grandissant. Les épisodes de chaleur intense, de plus en plus fréquents, augmentent le risque de déshydratation, d’accouchement prématuré ou de complications pour les femmes enceintes, comme le montrent les recherches évoquées dans cet article sur la grossesse dans les environnements chauds. Les régions industrielles du Nord, déjà marquées par des inégalités environnementales, pourraient voir ces effets se cumuler avec ceux de la pollution et du stress urbain, créant un “cocktail de risques” particulièrement toxique pour les femmes enceintes les plus vulnérables.
Plus globalement, le débat sur l’équité en santé concerne aussi la manière dont les dépenses de santé sont priorisées. Les discussions politiques récentes, parfois très tendues, autour des budgets hospitaliers, des réformes ou même des programmes de santé publique sont loin d’être neutres pour la périnatalité. Des analyses comme celles présentées dans l’article sur les tensions politiques autour de la santé aux États-Unis (voir l’exemple américain ici) rappellent que les choix budgétaires et idéologiques façonnent la réalité vécue dans les hôpitaux, qu’ils soient de Boston, de Nottingham ou de Newcastle.
Dans ce paysage, certaines maternités du Nord parviennent pourtant à limiter la casse, voire à obtenir des résultats meilleurs que la moyenne, malgré un contexte peu favorable. Ces “exceptions positives” sont précieuses pour comprendre ce qui fait réellement la différence. On y retrouve souvent :
- 🌱 une culture forte de travail en équipe et de soutien mutuel entre soignants ;
- 📆 une anticipation fine des pics d’activité, avec des renforts planifiés ;
- 🧠 une attention renforcée à la santé mentale des femmes enceintes, dès le suivi de grossesse ;
- 🏥 des liens solides avec les services de médecine générale, de pédopsychiatrie, de diabétologie, etc. ;
- 📣 une capacité à entendre les alertes des patientes et à réagir rapidement.
Ces éléments montrent qu’il existe des marges de manœuvre locales, même dans un environnement socio-économique difficile. À condition, bien sûr, que les équipes soient soutenues par leur direction, et que les politiques publiques ne se contentent pas de demander des résultats sans donner les moyens d’y parvenir.
Si l’on met bout à bout tous ces facteurs — sociaux, organisationnels, environnementaux —, la fracture Nord-Sud n’apparaît plus comme une anomalie mystérieuse, mais comme le résultat prévisible d’un empilement d’inégalités. La question n’est donc pas de savoir si ces disparités sont normales, mais combien de temps on acceptera encore qu’elles persistent.
Pistes d’action pour réduire les disparités et protéger toutes les mères, quel que soit le territoire
Face à ces constats, les solutions ne peuvent pas se limiter à publier des tableaux de mortalité chaque année. Pour réduire réellement les écarts entre le Nord et le Sud, plusieurs leviers complémentaires sont identifiés par les chercheurs, les soignants et les instances de santé. Certains relèvent de la réorganisation interne des maternités, d’autres de décisions nationales plus larges, d’autres enfin du soutien aux femmes elles-mêmes dans leur parcours de grossesse.
Au niveau des services, une première piste consiste à favoriser des partenariats structurés entre maternités en difficulté et maternités performantes. Il ne s’agit pas seulement d’échanger quelques protocoles par e-mail, mais de mettre en place de véritables jumelages, avec des visites croisées, des staff communs, des formations partagées. Les expériences de Plymouth ou de certaines maternités du Sud montrent que des changements profonds de culture de sécurité peuvent être accompagnés et transposés ailleurs, à condition de respecter le contexte local et d’impliquer les équipes dès le départ.
Une autre dimension clé concerne la stabilité des équipes. Les services chroniquement en bande rouge cumulent souvent les contrats précaires, les intérims, les postes vacants. Investir dans des conditions de travail plus soutenables (effectifs, temps de formation, supervision, soutien psychologique après des événements dramatiques) est loin d’être un “luxe”. C’est une condition pour que les soignants puissent prendre des décisions cliniques sereines, rester vigilants face aux signes de décompensation, et garder la capacité d’écoute nécessaire pour repérer une patiente qui “ne va pas bien”.
Au-delà des murs de l’hôpital, l’amélioration passe aussi par une meilleure coordination des parcours de soins : suivi plus rapproché pour les grossesses à risque, liens renforcés avec les structures de protection maternelle et infantile, travail avec les associations ou les médiateurs de santé dans les quartiers les plus précaires. Dans certains pays, ces approches communautaires ont permis de réduire de manière significative les décès maternels évitables. Elles rejoignent les objectifs globaux de couverture santé universelle, qui visent à ce que chacun puisse accéder à des soins essentiels sans obstacle financier.
Enfin, la réflexion autour de la formation est centrale. Les grandes rencontres internationales sur la santé des femmes, comme celles présentées dans l’article sur les “avancées OPS 2025 en santé” (à lire pour prendre du recul), insistent toutes sur l’importance de renforcer les compétences en obstétrique d’urgence, la gestion des hémorragies du post-partum, la prise en charge des troubles hypertensifs, ou encore la prévention des complications psychiques post-accouchement. Ramener ces priorités globales au niveau des équipes locales est un enjeu décisif.
Pour résumer, quelques grandes familles d’actions se dessinent :
- 🚑 Agir sur l’organisation : stabiliser les équipes, améliorer les plannings, renforcer la supervision.
- 📈 Exploiter finement les données : cibler les situations récurrentes à risque, suivre l’impact des mesures prises.
- 🏘️ Travailler avec le territoire : partenaires de ville, associations, structures sociales, médiateurs.
- 🎓 Former en continu : simulations d’urgence, mises à jour régulières des recommandations, partage de cas cliniques.
- 🫶 Écouter les femmes : recueillir leurs retours, leurs plaintes, leurs suggestions, et en faire une ressource pour l’amélioration.
Chaque territoire devra trouver sa propre combinaison de leviers, en fonction de son histoire, de sa population, de ses ressources. Mais le fil conducteur reste le même : offrir à chaque femme, qu’elle accouche à Londres, Leeds ou Liverpool, des soins qui respectent la même exigence de sécurité et de considération.
Pourquoi la mortalité maternelle et périnatale est-elle plus élevée dans le Nord de l’Angleterre ?
Les régions du Nord et des Midlands cumulent davantage de facteurs de risque : précarité sociale, comorbidités plus fréquentes (obésité, diabète, hypertension), systèmes hospitaliers sous tension avec des difficultés de recrutement et de maintien des équipes. Même après ajustement statistique pour ces éléments, les données MBRRACE-UK montrent des taux de décès plus élevés, ce qui suggère aussi des différences d’organisation des soins et de ressources disponibles par rapport au Sud.
Les progrès nationaux signifient-ils que la situation est désormais rassurante ?
La baisse globale d’environ 36 % de la mortalité périnatale est une avancée importante, mais elle masque des réalités très contrastées. Certaines maternités, surtout dans le Sud, ont des résultats nettement meilleurs que la moyenne, tandis que d’autres restent en surmortalité chronique. Se contenter des moyennes nationales reviendrait à ignorer les familles qui continuent de subir des décès évitables dans les régions les plus fragiles.
Que font concrètement les rapports MBRRACE-UK pour améliorer la situation ?
Les rapports fournissent des données détaillées par maternité, ajustées selon plusieurs facteurs (âge, précarité, origine ethnique, etc.), et classent les services selon des bandes de couleur. Cela permet de repérer les organisations en difficulté, d’orienter les audits cliniques, de cibler les formations et de favoriser des partenariats avec des services plus performants. Ils ne résolvent pas tout, mais constituent une base solide pour agir de façon structurée.
Quelles sont les pistes prioritaires pour réduire ces disparités régionales ?
Les leviers majeurs sont le renforcement et la stabilisation des équipes, l’amélioration de l’organisation interne (plannings, protocoles, supervision), une meilleure coordination avec la médecine de ville et les structures sociales, et le partage d’expérience avec les maternités les plus performantes. À plus long terme, il faudra aussi agir sur les déterminants sociaux de la santé, comme la précarité, l’environnement ou l’accès aux soins préventifs.
En tant que future mère, que retenir de ces données si l’on vit dans une région plus à risque ?
Ces statistiques ne doivent pas être une source de panique, mais un encouragement à être actrice de son suivi : choisir un lieu d’accouchement adapté à son profil de risque, poser des questions à l’équipe, signaler tout symptôme inhabituel, demander un deuxième avis si nécessaire. Dans les régions plus exposées, les soignants sont souvent très conscients de ces enjeux et cherchent à renforcer la sécurité. S’informer, dialoguer et anticiper avec l’équipe reste une manière concrète de reprendre un peu de contrôle dans un parcours parfois anxiogène.

