Les derniĂšres annĂ©es ont rappelĂ© Ă quel point une pandĂ©mie peut bouleverser en profondeur les vies, les villes et les systĂšmes de santĂ©. Loin des grands discours thĂ©oriques, les enseignements tirĂ©s du COVID-19, dâEbola ou encore de Marburg montrent quâil existe dĂ©sormais des outils, des accords internationaux et des gestes trĂšs concrets pour mieux se prĂ©parer. Reste une question cruciale : comment transformer ces avancĂ©es en protection rĂ©elle pour chaque famille, chaque Ă©tablissement de santĂ©, chaque quartier, de Marseille Ă Abidjan en passant par Tunis ou GenĂšve.
Ce texte propose un regard ancrĂ© dans le terrain et dans la rĂ©alitĂ© des patients, des soignants et des aidants. Il met en lumiĂšre ce qui a changĂ© depuis six ans au niveau mondial, mais aussi ce qui demeure fragile : financements Ă courte vue, coordination incomplĂšte, inĂ©galitĂ©s dâaccĂšs aux vaccins ou aux soins. Lâobjectif est simple : extraire des crises rĂ©centes des enseignements clĂ©s et les traduire en stratĂ©gies concrĂštes pour mieux affronter les pandĂ©mies futures, Ă lâĂ©chelle des Ătats comme Ă celle des foyers. đ§
| Peu de temps ? VoilĂ ce quâil faut retenir : |
|---|
| â Point clĂ© #1 : Les menaces pandĂ©miques sont permanentes, mais la prĂ©paration permet de sauver des vies, protĂ©ger lâĂ©conomie et stabiliser les sociĂ©tĂ©s. đĄ |
| â Point clĂ© #2 : Les nouveaux outils mondiaux (accord sur la pandĂ©mie, renforcement du RSI, fonds dĂ©diĂ©, rĂ©seaux de surveillance) donnent une base solide, Ă condition dâĂȘtre vraiment utilisĂ©s sur le terrain. |
| â Point clĂ© #3 : La stratĂ©gie gagnante repose sur la coopĂ©ration : entre pays, mais aussi entre hĂŽpitaux, ville et campagne, mĂ©decine humaine, animale et environnementale (approche One Health). đ |
| â Point clĂ© #4 : Pour chaque foyer, se prĂ©parer signifie connaĂźtre les bons rĂ©flexes (vaccination, hygiĂšne, isolement raisonnable, information fiable) et anticiper un minimum le prochain choc sanitaire. |
Renforcer la préparation mondiale aux pandémies : ce qui a vraiment changé depuis le COVID-19
Quand lâalerte maximale a Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e pour le nouveau coronavirus, la planĂšte entiĂšre a dĂ©couvert Ă quel point elle Ă©tait vulnĂ©rable. Six ans plus tard, de profondes transformations se sont engagĂ©es pour Ă©viter de revivre un choc aussi brutal. Certaines restent peu visibles du grand public, mais elles pĂšsent dĂ©jĂ sur la façon dont les futures crises seront gĂ©rĂ©es.
Un premier tournant majeur est lâadoption dâun accord international dĂ©diĂ© Ă la pandĂ©mie, approuvĂ© en 2025. Cet accord inscrit noir sur blanc une approche globale de la prĂ©vention, de la prĂ©paration et de la riposte. Il ne sâagit plus seulement de rĂ©agir lorsque le feu est dĂ©jĂ partout, mais de travailler en amont : plans nationaux, partage dâinformations, solidaritĂ© en matiĂšre de vaccins et de traitements. Les annexes en cours de nĂ©gociation, notamment sur lâaccĂšs aux agents pathogĂšnes et le partage des bĂ©nĂ©fices (systĂšme PABS), doivent garantir que les Ă©chantillons de virus ou de bactĂ©ries circulent rapidement entre laboratoires, sans laisser certains pays sur le bord du chemin. đ
En parallĂšle, le RĂšglement sanitaire international a Ă©tĂ© renforcĂ©. Les amendements entrĂ©s en vigueur en 2025 imposent aux Ătats de consolider leurs capacitĂ©s nationales : laboratoires, surveillance, communication de crise. ConcrĂštement, cela signifie que chaque pays doit ĂȘtre en mesure de dĂ©tecter plus tĂŽt un signal inhabituel, dâalerter ses voisins et lâOMS, puis de dĂ©clencher une rĂ©ponse coordonnĂ©e, au lieu de laisser une Ă©pidĂ©mie sâinstaller silencieusement.
Autre avancĂ©e dĂ©cisive : la crĂ©ation dâun Fonds dĂ©diĂ© aux pandĂ©mies, co-pilotĂ© par lâOMS et la Banque mondiale. En trois cycles, plus de 1,2 milliard de dollars de subventions ont Ă©tĂ© attribuĂ©s, ce qui a permis de mobiliser environ 11 milliards supplĂ©mentaires. Ces financements servent trĂšs concrĂštement Ă :
- đ§Ș Ătendre la surveillance Ă©pidĂ©miologique (capteurs, remontĂ©es de terrain, systĂšmes dâalerte).
- 𧏠Renforcer les réseaux de laboratoires, notamment pour le séquençage génomique.
- đ©ââïž Former les professionnels de santĂ© Ă la gestion de crise.
- đ€ AmĂ©liorer la coordination entre secteurs (santĂ©, agriculture, transports, Ă©ducation).
Ces investissements profitent Ă prĂšs dâune centaine de pays et participent Ă rĂ©duire le fossĂ© entre les systĂšmes de santĂ© riches et ceux qui manquent encore de moyens. Pour autant, les ressources restent limitĂ©es face Ă lâampleur des besoins, et certains gouvernements continuent de rĂ©orienter leurs budgets vers la dĂ©fense au dĂ©triment de la santĂ©. Une vision courte, alors que toute pandĂ©mie est, de fait, une menace de sĂ©curitĂ© nationale.
La surveillance mondiale a aussi changĂ© dâĂ©chelle avec la mise Ă jour de la plateforme EIOS, un systĂšme dâintelligence Ă©pidĂ©mique basĂ© sur des sources ouvertes et renforcĂ© par lâIA. Plus de 110 pays sâen servent dĂ©jĂ pour repĂ©rer plus vite les signaux faibles : articles de presse locaux, messages sur les rĂ©seaux, rapports dâONG. Au lieu dâattendre que les hĂŽpitaux dĂ©bordent, ce type de surveillance permet de repĂ©rer un foyer inhabituel dans une ville, un village ou un Ă©levage.
Le RĂ©seau international de surveillance des agents pathogĂšnes a, lui aussi, pris une dimension nouvelle. Les capacitĂ©s de sĂ©quençage gĂ©nomique se sont considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©es : plus de 110 pays peuvent aujourdâhui analyser lâADN ou lâARN des agents pathogĂšnes circulants et suivre lâĂ©mergence de variants. Pour qui a suivi la course contre les variants du SARS-CoV-2, lâimportance dâun tel dispositif est Ă©vidente : plus un variant est identifiĂ© tĂŽt, plus les stratĂ©gies vaccinales et thĂ©rapeutiques peuvent ĂȘtre ajustĂ©es.
Lâun des leviers discrets mais essentiels reste les agences nationales de santĂ© publique, dĂ©sormais prĂ©sentes dans plus de 120 pays. Elles coordonnent la prĂ©vention, la prĂ©paration, la rĂ©ponse et la rĂ©silience. Sans elles, impossible de traduire les grandes dĂ©cisions internationales en protocoles concrets pour les urgences, les EHPAD, les Ă©coles ou encore les entreprises.
Ces progrĂšs ne doivent pas masquer une rĂ©alitĂ© : ils sont encore fragiles, parfois inĂ©gaux dâun pays Ă lâautre, et menacĂ©s par les changements de prioritĂ©s politiques. Pourtant, chaque euro, chaque heure de formation, chaque renforcement de laboratoire constitue une forme dâassurance-vie collective. đ

StratĂ©gies concrĂštes pour mieux affronter les prochaines pandĂ©mies au niveau des Ătats et des villes
Les grandes orientations internationales ne prennent tout leur sens quâune fois traduites dans la rĂ©alitĂ© des systĂšmes de santĂ© nationaux et des collectivitĂ©s. Pour les responsables publics comme pour les Ă©quipes de terrain, lâenjeu est de bĂątir une stratĂ©gie claire, pragmatique et adaptĂ©e au contexte local.
De la théorie à la pratique : plans nationaux et coordination locale
Beaucoup de pays ont dĂ©sormais des plans dâaction nationaux pour la sĂ©curitĂ© sanitaire, mais leur efficacitĂ© dĂ©pend de leur actualisation rĂ©guliĂšre et de leur appropriation par le terrain. Vingt pays ont dĂ©jĂ rĂ©alisĂ© des Ă©valuations externes conjointes, permettant dâidentifier les points faibles : dĂ©lais de remontĂ©e des informations, manque de lits critiques, rupture de stocks de mĂ©dicaments, difficultĂ© de coordination entre ministĂšres.
Dans une grande mĂ©tropole, par exemple, les autoritĂ©s doivent ĂȘtre capables de :
- đ Organiser des filiĂšres de soins diffĂ©renciĂ©es (consultations COVID-like, circuits non infectieux, tĂ©lĂ©mĂ©decine).
- đ„ ProtĂ©ger les Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux, souvent les plus touchĂ©s (EHPAD, structures pour personnes handicapĂ©es).
- đ Ajuster les transports, fermetures dâĂ©coles ou dâĂ©vĂ©nements en fonction du niveau de risque rĂ©el.
- đą Communiquer clairement pour Ă©viter la panique et les rumeurs.
La gestion rĂ©ussie de rĂ©centes flambĂ©es dâEbola ou de Marburg en Afrique illustre cette Ă©volution. LĂ oĂč ces maladies provoquaient autrefois des catastrophes, elles ont Ă©tĂ© contenues plus rapidement grĂące Ă des institutions nationales structurĂ©es, appuyĂ©es par lâOMS. Vaccins, diagnostics rapides, traitements et Ă©quipes mobiles ont permis de rĂ©duire la durĂ©e et la gravitĂ© des Ă©pisodes.
Investir dans la formation et la logistique : un pari gagnant
Deux initiatives mondiales mĂ©ritent une attention particuliĂšre : lâAcadĂ©mie de lâOMS en France, qui mise sur la formation par simulation, et le Centre mondial de formation pour la biofabrication en RĂ©publique de CorĂ©e. Leur rĂŽle est de prĂ©parer les soignants, les ingĂ©nieurs, les responsables logistiques Ă faire face Ă des scĂ©narios de crise rĂ©alistes.
Simuler une rupture de chaĂźnes dâapprovisionnement, une arrivĂ©e massive de patients en dĂ©tresse respiratoire ou une campagne de vaccination Ă©clair permet dâanticiper les blocages. On dĂ©couvre par exemple quâun service dâurgences manque dâoxygĂšne en cas dâafflux massif, quâun hĂŽpital ne dispose pas de circuits clairs pour les patients infectieux, ou quâun territoire ne sait pas comment rĂ©partir les doses de vaccins en fonction de la vulnĂ©rabilitĂ© des populations.
La France, comme dâautres pays, renforce Ă©galement sa surveillance Ă©pidĂ©miologique avec de nouvelles plateformes. Les comparaisons entre rĂ©gions, les analyses de propagation virale, comme on peut le voir dans des Ă©tudes sur la dynamique de propagation virale en AmĂ©rique, aident Ă anticiper les vagues et Ă adapter les mesures localement plutĂŽt que dâimposer un modĂšle unique.
Tableau récapitulatif des leviers étatiques pour les futures pandémies
| Levier stratĂ©gique đ ïž | Objectif principal đŻ | Impact concret en cas de pandĂ©mie đ„ |
|---|---|---|
| Plans nationaux actualisĂ©s | Clarifier âqui fait quoiâ Ă chaque niveau | RĂ©ponse plus rapide, moins de zones grises entre acteurs |
| Surveillance renforcée (EIOS, laboratoires, séquençage) | Détecter les menaces avant la saturation des hÎpitaux | Possibilité de freiner la propagation dÚs les premiers foyers |
| Fonds et réserves stratégiques | Assurer des stocks de vaccins, traitements, équipements | Moins de pénuries, meilleure protection des soignants |
| Formation par simulation | PrĂ©parer les Ă©quipes Ă des scĂ©narios extrĂȘmes | Moins dâerreurs, meilleure coordination en situation rĂ©elle |
| Communication transparente | Installer la confiance et lutter contre les rumeurs | Meilleure adhésion aux mesures, moins de tensions sociales |
Pour les Ătats comme pour les grandes villes, la stratĂ©gie la plus efficace reste celle qui combine ces leviers plutĂŽt que de miser sur un seul. Ă terme, câest cette combinaison qui permet de transformer la peur en capacitĂ© dâagir. đȘ
One Health et solidarité internationale : des approches clés pour éviter la prochaine catastrophe sanitaire
Les derniĂšres crises ont rappelĂ© une Ă©vidence souvent oubliĂ©e : la santĂ© humaine est intimement liĂ©e Ă celle des animaux et des Ă©cosystĂšmes. Les pandĂ©mies dâorigine zoonotique â qui passent de lâanimal Ă lâhumain â ne sont plus lâexception, mais la rĂšgle. Câest lĂ quâintervient lâapproche One Health, ou âUne seule santĂ©â.
Cette approche consiste Ă dĂ©cloisonner les mondes : mĂ©decine humaine, mĂ©decine vĂ©tĂ©rinaire, environnement, agriculture. Quand un virus circule chez les oiseaux, les chauves-souris ou certains mammifĂšres, il peut franchir la barriĂšre dâespĂšce et se retrouver au cĆur de nos villes. Sur une prĂ©sentation dĂ©taillĂ©e de lâapproche One Health, on voit combien cette vision intĂ©grĂ©e est devenue un pilier des stratĂ©gies modernes.
Des pays comme la France dĂ©veloppent dĂ©sormais une stratĂ©gie française One Health, tandis que dâautres initiatives, du Maghreb Ă lâItalie, encouragent la collaboration entre chercheurs, agriculteurs et autoritĂ©s sanitaires. Un exemple marquant est la reconnaissance croissante de projets rĂ©compensĂ©s pour cette approche intĂ©grĂ©e, comme ceux mis en avant dans des prix internationaux liant Tunisie et Italie. đŸđ±
ConcrĂštement, cela signifie par exemple :
- đŠ Surveiller les virus circulant dans les Ă©levages et la faune sauvage.
- đïž ProtĂ©ger les zones naturelles fragiles pour limiter les contacts Ă risque entre humains et animaux sauvages.
- đ Encadrer les pratiques agricoles intensives qui favorisent les transmissions croisĂ©es.
- đ©âđŹ Faire dialoguer vĂ©tĂ©rinaires, mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, infectiologues et Ă©cologues.
La solidaritĂ© internationale va de pair avec cette approche. Le BioHub de lâOMS, par exemple, centralise le partage sĂ©curisĂ© dâĂ©chantillons de virus entre pays et laboratoires. Cela permet dâaccĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement de tests, de vaccins et de traitements, sans que certains Ătats restent dĂ©pendants de la bonne volontĂ© de quelques acteurs privĂ©s.
ParallĂšlement, le SystĂšme mondial de surveillance et de rĂ©ponse Ă la grippe (GISRS) traite chaque annĂ©e des millions dâĂ©chantillons afin de mettre Ă jour les vaccins saisonniers et de repĂ©rer les virus aviaires potentiellement pandĂ©miques. Dans le cadre du dispositif PIP, des accords signĂ©s avec les fabricants garantissent des stocks dâantiviraux, de diagnostics et plus de 900 millions de doses de vaccins en cas de pandĂ©mie grippale.
Cette dynamique internationale est prĂ©cieuse, mais elle nâa de sens que si les pays les plus fragiles y trouvent leur place. Les indicateurs mondiaux de dĂ©veloppement montrent combien les inĂ©galitĂ©s de santĂ© restent un risque pour tous, comme lâexplique le dĂ©cryptage disponible sur les indicateurs mondiaux de dĂ©veloppement. Une pandĂ©mie nâest jamais seulement sanitaire : elle est aussi sociale, Ă©conomique et politique.
Lâenseignement clĂ© est clair : sans coopĂ©ration transfrontaliĂšre, sans vision globale et sans prise en compte de lâenvironnement, la prochaine pandĂ©mie trouvera de nouveau un terrain idĂ©al. Ă lâinverse, une solidaritĂ© assumĂ©e sert dâarmure commune. đ€
Outiller les soignants, les structures de soins et les aidants pour les futures pandémies
Au-delĂ des stratĂ©gies nationales, les pandĂ©mies se jouent surtout dans les lieux de soin : cabinets infirmiers, services hospitaliers, maisons de retraite, centres de santĂ©, mais aussi domiciles des patients. Les Ă©quipes de terrain, souvent Ă©puisĂ©es, ont montrĂ© pendant le COVID-19 une capacitĂ© dâadaptation exceptionnelle. Lâenjeu aujourdâhui est de leur donner des outils durables, plutĂŽt que de compter sur le sacrifice.
Les agences nationales de santĂ© publique et le Corps mondial dâurgence sanitaire créé en 2023 soutiennent les pays pour structurer leurs Ă©quipes dâintervention rapide. Ce Corps aide Ă Ă©valuer les besoins, Ă dĂ©ployer des renforts ciblĂ©s, Ă former des leaders dâurgence capables de coordonner les rĂ©ponses. Dans un hĂŽpital ou une clinique, cela peut se traduire par :
- đ Des procĂ©dures claires pour le tri des patients en cas dâafflux massif.
- đ§Œ Des protocoles dâhygiĂšne renforcĂ©s, simples Ă appliquer mĂȘme en pleine tension.
- â±ïž Des exercices rĂ©guliers de crise, pour que les bons rĂ©flexes deviennent automatiques.
- đ§ Un soutien psychologique proposĂ© aux Ă©quipes, pour limiter lâusure mentale.
Les formations en ligne, les simulations et les Ă©changes de bonnes pratiques entre pays jouent un rĂŽle central. On voit par exemple des liens se tisser entre stratĂ©gies locales dâAfrique de lâOuest ou de CĂŽte dâIvoire et expĂ©riences europĂ©ennes, comme le montrent des analyses sur la stratĂ©gie de santĂ© et de prĂ©vention en CĂŽte dâIvoire. Ces croisements permettent dâĂ©viter que chacun rĂ©invente les mĂȘmes solutions dans son coin.
Pour les infirmiers, médecins, pharmaciens, aides-soignants et intervenants à domicile, les enjeux concrets sont nombreux :
- đ©ââïž Se former en continu aux protocoles Ă©pidĂ©miques, y compris en dehors des pĂ©riodes de crise.
- đŠ Constituer des stocks minimaux (masques, gants, solution hydroalcoolique, dispositifs de protection) pour ne pas dĂ©pendre uniquement des ruptures de chaĂźne dâapprovisionnement.
- đ± MaĂźtriser les outils numĂ©riques sĂ©curisĂ©s (tĂ©lĂ©suivi, tĂ©lĂ©consultation, messageries professionnelles) afin de garder le lien avec les patients sans multiplier les contacts Ă risque.
- đ Renforcer le travail en rĂ©seau avec les autres soignants du territoire : maisons de santĂ©, hĂŽpitaux, structures mĂ©dico-sociales, associations.
Les aidants familiaux ne doivent pas ĂȘtre oubliĂ©s. Ils ont souvent portĂ©, dans lâombre, une grande partie de la charge : isolement des personnes ĂągĂ©es, organisation des soins Ă domicile, gestion des traitements. Leur fournir des repĂšres sur la reconnaissance prĂ©coce des symptĂŽmes, les conduites Ă tenir, lâaccĂšs aux lignes dâĂ©coute et aux services de rĂ©pit est une stratĂ©gie de santĂ© publique Ă part entiĂšre.
Pour les structures comme pour les familles, un fil rouge se dessine : la prĂ©paration nâest pas un luxe, mais une maniĂšre de se respecter soi-mĂȘme et de protĂ©ger ceux quâon aime. â€ïž
Garder la vigilance sans vivre dans la peur : gestes quotidiens et mémoire collective
La derniĂšre question, peut-ĂȘtre la plus dĂ©licate, est celle de lâĂ©quilibre : comment rester vigilant sans vivre en Ă©tat dâalerte permanent ? Comment tirer les leçons des crises sans sây enfermer ?
Ă lâĂ©chelle individuelle et familiale, quelques gestes simples peuvent transformer la maniĂšre de vivre les futures pandĂ©mies :
- đ§Œ HygiĂšne de base solide : lavage de mains rĂ©gulier, gestion des mouchoirs, nettoyage des surfaces partagĂ©es lors des pĂ©riodes Ă risque.
- đ Vaccination Ă jour : pas seulement contre le COVID-19 ou la grippe, mais aussi pour les autres maladies Ă©vitables, afin de ne pas encombrer les hĂŽpitaux lors des prochaines crises.
- đ Information fiable : repĂ©rer Ă lâavance les sources sĂ©rieuses (sites de santĂ© publique, plateformes mĂ©dicales de confiance, professionnels de santĂ© de proximitĂ©).
- đ§© Organisation familiale minimale : prĂ©voir un petit kit (thermomĂštre, mĂ©dicaments de base, quelques masques, solution hydroalcoolique) et discuter en amont de ce quâon ferait en cas de contamination.
Sur le plan collectif, prĂ©server une mĂ©moire des crises est indispensable. Cela passe par des retours dâexpĂ©rience, des rapports publics, mais aussi des rĂ©cits du terrain. Des ressources analysant comment âbriser les silosâ pendant les crises sanitaires, comme celles prĂ©sentĂ©es sur les dynamiques de coopĂ©ration en situation de crise, aident Ă Ă©viter que chaque institution se replie sur elle-mĂȘme au prochain choc.
La vigilance, ici, ne signifie pas anxiété permanente. Elle ressemble plutÎt à ce que les marins appellent une veille : un regard posé, régulier, sans panique, mais jamais totalement absent. Les systÚmes de surveillance modernes, le renforcement des laboratoires, la formation des équipes de soins et la coopération internationale composent cette veille globale. Les gestes du quotidien, eux, forment la veille intime, celle des maisons, des écoles, des lieux de travail.
Face aux pandĂ©mies Ă venir, un message demeure : ni dĂ©ni, ni fatalisme. Se prĂ©parer un peu chaque jour, Ă son Ă©chelle, suffit dĂ©jĂ Ă faire une grande diffĂ©rence lorsque la tempĂȘte se lĂšve. đ
Quels sont les premiers gestes à adopter en cas de nouvelle alerte pandémique ?
Les premiers rĂ©flexes consistent Ă sâinformer auprĂšs de sources fiables (santĂ© publique, autoritĂ©s locales, professionnels de santĂ©), Ă renforcer les gestes barriĂšres (lavage de mains, rĂ©duction des contacts rapprochĂ©s, aĂ©ration) et Ă vĂ©rifier que les personnes les plus vulnĂ©rables de votre entourage sont bien protĂ©gĂ©es. Inutile de tout arrĂȘter brutalement : lâimportant est dâajuster progressivement son quotidien en fonction du niveau de risque rĂ©el.
Comment savoir si son pays est bien préparé aux futures pandémies ?
Plusieurs indices peuvent aider : existence dâune agence nationale de santĂ© publique active, transparence des autoritĂ©s, mise Ă jour rĂ©guliĂšre des plans dâurgence, exercices de simulation, communication claire lors des Ă©pidĂ©mies saisonniĂšres. Les rapports annuels liĂ©s au RĂšglement sanitaire international et les Ă©valuations externes conjointes sont Ă©galement de bons repĂšres, mĂȘme sâils restent techniques.
Que peut faire un soignant de terrain pour mieux se préparer ?
Un soignant peut se former rĂ©guliĂšrement aux protocoles Ă©pidĂ©miques, participer aux exercices de crise, entretenir un stock minimum de matĂ©riel de protection et renforcer son rĂ©seau local (collĂšgues, structures partenaires, associations de patients). Il est aussi prĂ©cieux de prendre soin de sa santĂ© mentale, car la rĂ©silience des Ă©quipes dĂ©pend autant de lâorganisation que du bien-ĂȘtre psychique.
Lâapproche One Health concerne-t-elle vraiment le grand public ?
Oui, mĂȘme si le terme paraĂźt technique. ConcrĂštement, cela signifie soutenir les pratiques respectueuses de lâenvironnement, limiter les contacts Ă risque avec la faune sauvage, consommer des produits issus dâĂ©levages encadrĂ©s et se tenir informĂ© des risques zoonotiques. Chaque geste en faveur dâun environnement plus sain contribue Ă rĂ©duire les opportunitĂ©s pour les virus de franchir la barriĂšre entre animaux et humains.
Faut-il craindre davantage les futures pandémies que celles déjà vécues ?
Les menaces restent rĂ©elles, mais les outils pour y faire face sont bien plus solides quâil y a quelques annĂ©es : surveillance renforcĂ©e, rĂ©seaux de laboratoires, capacitĂ©s de production de vaccins, accords internationaux, fonds dĂ©diĂ©s. PlutĂŽt que de craindre, il est plus constructif de rester attentif, de soutenir les politiques de santĂ© publique ambitieuses et de cultiver des rĂ©flexes de prĂ©paration raisonnables au quotidien.

