La santĂ© des femmes est aujourdâhui au cĆur dâun vaste mouvement mondial, Ă la fois Ă©conomique, mĂ©dical et sociĂ©tal, qui redessine les prioritĂ©s des systĂšmes de soins et des investisseurs.
| Peu de temps ? VoilĂ ce quâil faut retenir : |
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| â La santĂ© des femmes est devenue un marchĂ© mature, avec prĂšs de 100 milliards de dollars de sorties en quelques annĂ©es, portĂ© par les diagnostics, la biopharma et les dispositifs mĂ©dicaux đ |
| â Le rapport rĂ©cent montre que les soins de santĂ© fĂ©minins ne se limitent plus Ă la reproduction : cancer, maladies auto-immunes, cardiaques, mĂ©nopause et santĂ© mentale sont enfin pris en compte đ§ |
| â Une grande partie des innovations concerne des technologies mĂ©dicales et des produits de santĂ© trĂšs efficaces, mais lâaccĂšs reste inĂ©gal, surtout pour les femmes les plus vulnĂ©rables âïž |
| â Professionnels, patients et investisseurs ont intĂ©rĂȘt Ă suivre ces tendances du marchĂ© pour soutenir des solutions utiles, Ă©thiques et rĂ©ellement adaptĂ©es au bien-ĂȘtre fĂ©minin đ |
Un marché mature de la santé des femmes : comprendre les 100 milliards de dollars de sorties
Parler aujourdâhui de la santĂ© des femmes comme dâun « nouveau sujet » ne correspond plus Ă la rĂ©alitĂ©. Les donnĂ©es issues dâun rapport rĂ©cent sur les soins de santĂ© fĂ©minins montrent quâentre le dĂ©but des annĂ©es 2000 et le milieu des annĂ©es 2020, plus de 270 entreprises orientĂ©es vers la santĂ© fĂ©minine ont connu une sortie publique ou un rachat stratĂ©gique.
Au total, ces opĂ©rations reprĂ©sentent prĂšs de 100 milliards de dollars de valeur annoncĂ©e, ce qui place clairement le secteur parmi les grands marchĂ©s internationaux de la santĂ©. Ce nâest donc plus un « crĂ©neau de niche », mais bien un marchĂ© mature, capable de gĂ©nĂ©rer des transactions Ă plusieurs milliards et de mobiliser durablement le capital de lâindustrie pharmaceutique et des grands fonds dâinvestissement.
Cette maturitĂ© sâexplique en grande partie par un changement de regard. Pendant longtemps, la santĂ© des femmes Ă©tait quasi exclusivement associĂ©e Ă la fertilitĂ©, aux rĂšgles et Ă la maternitĂ©. Les startups et laboratoires travaillant sur le cancer du sein, les pathologies cardiovasculaires fĂ©minines, la dĂ©pression post-partum ou encore la mĂ©nopause nâĂ©taient pas toujours classĂ©s dans cette catĂ©gorie. RĂ©sultat : une sous-estimation structurelle de la taille rĂ©elle du marchĂ© et de ses enjeux.
Le rapport rĂ©cent pointe dâailleurs une « mauvaise classification historique » des sociĂ©tĂ©s actives dans lâoncologie, les diagnostics ou les maladies chroniques touchant majoritairement des patientes. Beaucoup de sorties majeures ont Ă©tĂ© rangĂ©es dans des cases gĂ©nĂ©rales (oncologie, medtech, biotechnologie) sans visibilitĂ© spĂ©cifique sur leur impact pour la santĂ© des femmes. Cette erreur de lecture a créé des « inefficiences de prix » pour les investisseurs, avec parfois des valorisations infĂ©rieures au potentiel rĂ©el đĄ.
Une autre donnĂ©e clĂ© mĂ©rite dâĂȘtre soulignĂ©e : environ la moitiĂ© de ces sorties se sont produites dans les cinq derniĂšres annĂ©es de la pĂ©riode Ă©tudiĂ©e, pour une valeur supĂ©rieure Ă 48 milliards de dollars. On assiste donc Ă une vĂ©ritable accĂ©lĂ©ration, avec une annĂ©e record dĂ©passant les 20 milliards de dollars de transactions. Plus de vingt deals ont franchi le seuil du milliard, ce qui inscrit la santĂ© fĂ©minine dans la mĂȘme cour que dâautres segments majeurs de la santĂ© numĂ©rique et des biotechs.
Dans ce contexte, les diagnostics et dispositifs mĂ©dicaux reprĂ©sentent prĂšs de 80 % de la valeur gĂ©nĂ©rĂ©e, avec une efficacitĂ© du capital souvent supĂ©rieure Ă celle des projets strictement orientĂ©s reproduction. Câest le signe que les technologies mĂ©dicales au service du bien-ĂȘtre fĂ©minin ne se limitent pas Ă une application ou Ă un test de grossesse connectĂ©, mais couvrent un spectre bien plus large : dĂ©pistage prĂ©coce des cancers, monitoring hormonal, prĂ©vention cardiovasculaire, outils de suivi de la mĂ©nopause, etc.
Pour les lectrices et lecteurs qui sâintĂ©ressent aux politiques publiques et Ă lâorganisation des soins, ce mouvement sâinscrit dans un cadre plus large dâinvestissement dans les systĂšmes de santĂ©, comme le montre par exemple cette analyse sur la nĂ©cessitĂ© dâinvestir dans des systĂšmes de santĂ© plus rĂ©silients. Les flux financiers massifs observĂ©s dans la santĂ© des femmes ne sont pas isolĂ©s : ils reflĂštent un repositionnement global des prioritĂ©s sanitaires.
Le message principal qui ressort de cette premiĂšre photographie est clair : la santĂ© fĂ©minine nâest plus un angle mort Ă©conomique, mais une composante structurante des marchĂ©s mondiaux de la santĂ©. La question nâest plus de savoir si ce secteur est lĂ©gitime, mais comment orienter cette puissance financiĂšre vers des solutions justes, Ă©thiques et rĂ©ellement utiles aux patientes.

AuâdelĂ de la reproduction : comment les soins de santĂ© fĂ©minins sâĂ©largissent Ă toute la vie
Lâun des apports essentiels du rapport rĂ©cent est dâĂ©largir clairement la dĂ©finition des soins de santĂ© fĂ©minins. RĂ©duire la santĂ© dâune moitiĂ© de lâhumanitĂ© Ă la contraception et Ă la grossesse nâa plus de sens. Le parcours dâune femme comprend lâadolescence, la vie reproductive, la pĂ©rimĂ©nopause, la mĂ©nopause et le grand Ăąge, avec Ă chaque Ă©tape des besoins spĂ©cifiques et souvent mal pris en compte.
Un exemple utile pour comprendre ces enjeux est celui de « Claire », 49 ans, cadre, en pleine transition hormonale. BouffĂ©es de chaleur, troubles du sommeil, prise de poids, anxiĂ©té⊠Pendant des annĂ©es, ces symptĂŽmes ont Ă©tĂ© banalisĂ©s ou attribuĂ©s au stress. Aujourdâhui, grĂące Ă de nouveaux produits de santĂ© et Ă des plateformes de suivi en ligne, Claire peut bĂ©nĂ©ficier dâoutils de diagnostic plus fins, de traitements sur mesure et dâun accompagnement psychologique ciblĂ©. Ce type de parcours reprĂ©sente un marchĂ© en pleine explosion, notamment dans les pays oĂč la parole autour de la mĂ©nopause se libĂšre.
De nombreux acteurs considĂšrent dâailleurs la mĂ©nopause et la santĂ© du milieu de vie comme un segment « comparable Ă la fertilitĂ© il y a dix ans » : un besoin massif, longtemps invisibilisĂ©, qui attire dĂ©sormais de solides capitaux. Les tendances du marchĂ© confirment ce basculement, avec une hausse soutenue des investissements dans les applis de suivi hormonal, les traitements non hormonaux et les approches intĂ©gratives combinant nutrition, activitĂ© physique et soutien psychologique đ±.
Lâoncologie gynĂ©cologique est un autre pilier majeur. Le dĂ©veloppement de tests de dĂ©pistage plus prĂ©coces pour les cancers de lâovaire, de lâendomĂštre ou du col de lâutĂ©rus transforme peu Ă peu le pronostic de ces maladies. Les diagnostics de nouvelle gĂ©nĂ©ration reposent sur lâADN tumoral circulant, lâIA appliquĂ©e Ă lâimagerie ou encore des biomarqueurs plus sensibles. Ces innovations demandent des investissements lourds, mais elles sauvent des annĂ©es de vie en bonne santĂ©.
Pour replacer ces Ă©volutions dans un cadre plus global, certains rapports internationaux, comme celui sur les avancĂ©es rĂ©centes des organisations panamĂ©ricaines de santĂ©, soulignent lâimportance de cibler prioritairement les populations Ă risque, parmi lesquelles les femmes, souvent plus exposĂ©es Ă la prĂ©caritĂ© et aux violences.
Autour de ce socle se greffent dâautres thĂ©matiques longtemps nĂ©gligĂ©es : maladies auto-immunes (plus frĂ©quentes chez les femmes), santĂ© mentale pĂ©rinatale, pathologies cardiaques dont les symptĂŽmes fĂ©minins diffĂšrent de ceux des hommes, sans oublier lâimpact de lâenvironnement (polluants, perturbateurs endocriniens). La question de lâexposition aux microplastiques sur la santĂ© illustre bien ces enjeux, avec des effets possibles sur la fertilitĂ©, la grossesse ou certains cancers hormonodĂ©pendants.
Enfin, lâessor des applications mobiles dĂ©diĂ©es au bien-ĂȘtre fĂ©minin a permis une meilleure visibilitĂ© de ces problĂ©matiques. Les applis de suivi du cycle, de la fertilitĂ© ou de la grossesse ont ouvert la voie, mais lâĂ©cosystĂšme actuel va beaucoup plus loin : gestion des douleurs chroniques, accompagnement de lâendomĂ©triose, programmes de rééducation pĂ©rinĂ©ale Ă domicile, coaching sommeil, etc. Ces solutions, souvent dĂ©veloppĂ©es en partenariat avec lâindustrie pharmaceutique ou des acteurs hospitaliers, complĂštent les prises en charge classiques sans les remplacer.
Au bout du compte, lâĂ©largissement du pĂ©rimĂštre des soins de santĂ© fĂ©minins fait Ă©merger une Ă©vidence : investir dans ce domaine, ce nâest pas seulement « sâoccuper de la maternitĂ© », mais agir sur lâespĂ©rance de vie, la qualitĂ© de vie, la capacitĂ© Ă travailler et Ă prendre soin des proches. Autrement dit, un levier Ă©conomique et social majeur.
OĂč vont les milliards ? Biopharma, diagnostics et technologies mĂ©dicales au service du bien-ĂȘtre fĂ©minin
Lorsque lâon regarde de prĂšs oĂč se concentrent les milliards de dollars investis dans la santĂ© des femmes, trois blocs dominent : la biopharma, les diagnostics et les dispositifs mĂ©dicaux. Ensemble, ils reprĂ©sentent environ 80 % de la valeur gĂ©nĂ©rĂ©e par les sorties dâentreprises du secteur.
Les diagnostics sont en tĂȘte, avec une rentabilitĂ© du capital souvent impressionnante. Les technologies de dĂ©pistage rapide, de biologie molĂ©culaire et dâimagerie avancĂ©e ont permis dâidentifier plus tĂŽt des cancers, des troubles hormonaux ou des risques cardiovasculaires chez les patientes. Un exemple emblĂ©matique souvent citĂ© est le rachat gĂ©ant dâune sociĂ©tĂ© spĂ©cialisĂ©e dans le diagnostic gynĂ©cologique et mammaire par un consortium dâinvestissement, pour plus de 18 milliards de dollars. MĂȘme sâil est intervenu aprĂšs la pĂ©riode principale du rapport, ce deal illustre le potentiel de ces solutions đŹ.
La biopharma dĂ©diĂ©e aux besoins fĂ©minins se structure, elle aussi, autour de plusieurs axes : thĂ©rapies ciblĂ©es en oncologie, traitements innovants de lâendomĂ©triose ou des fibromes, mĂ©dicaments pour la mĂ©nopause visant autant les symptĂŽmes physiques que la santĂ© osseuse ou cardiovasculaire. Certaines pistes thĂ©rapeutiques explorent les liens entre hormones, microbiote et immunitĂ©, avec des approches plus personnalisĂ©es.
Les dispositifs médicaux constituent un troisiÚme pilier : implants contraceptifs de nouvelle génération, systÚmes de monitoring cardiaque adaptés aux morphologies féminines, solutions de rééducation périnéale connectées, instruments de chirurgie mini-invasive pour préserver au mieux la fertilité. Ces innovations changent concrÚtement les gestes au bloc opératoire, en consultation et à domicile.
Pour rendre ce paysage plus lisible, le tableau suivant synthétise quelques tendances du marché observées ces derniÚres années :
| Segment clĂ© đ | Exemples de solutions | Impact sur la santĂ© des femmes |
|---|---|---|
| Diagnostics gynécologiques et oncologiques | Tests ADN tumoral, imagerie IA, dépistage HPV amélioré 𧏠| Détection plus précoce des cancers, traitements moins lourds, survie améliorée |
| MĂ©nopause et santĂ© du milieu de vie | Applications de suivi, thĂ©rapies hormonales personnalisĂ©es, complĂ©ments ciblĂ©s đ | QualitĂ© de vie renforcĂ©e, maintien de lâactivitĂ© professionnelle, prĂ©vention de lâostĂ©oporose |
| FertilitĂ© et prĂ©servation de la fertilitĂ© | FIV optimisĂ©e, vitrification ovocytaire, suivi numĂ©rique du cycle đ¶ | Plus de maĂźtrise sur le calendrier de vie, soutien aux familles monoparentales et LGBT+ |
| Cardiologie et maladies mĂ©taboliques fĂ©minines | Programmes GLPâ1 spĂ©cifiques, monitoring cardiaque, coaching numĂ©rique â€ïž | RĂ©duction de la mortalitĂ© cardiovasculaire, meilleure prise en compte des symptĂŽmes fĂ©minins |
DerriÚre ces segments, une réalité : plus de 90 % des sorties observées ont eu lieu via des rachats par des groupes déjà installés, et non par des introductions en Bourse. Autrement dit, la réussite de nombreuses entreprises de femtech ou de biopharma féminine est restée relativement discrÚte aux yeux du grand public. Les grands laboratoires et groupes de technologies médicales ont intégré ces innovations dans leurs portefeuilles, sans forcément communiquer largement sur la dimension « santé des femmes ».
Dans cette dynamique, les politiques publiques jouent un rĂŽle de cadrage. Des initiatives comme la prĂ©paration de grandes confĂ©rences mondiales sur la santĂ© fĂ©minine, Ă lâimage de certaines rencontres professionnelles organisĂ©es par des fĂ©dĂ©rations internationales, telles que la FIGO dĂ©diĂ©e Ă la santĂ© des femmes et Ă la gynĂ©cologie, contribuent Ă aligner les prioritĂ©s des cliniciens, des dĂ©cideurs et des industriels.
Pour les soignants de terrain et les patients, une question demeure : comment sâassurer que ces produits de santĂ© sophistiquĂ©s et ces innovations de lâindustrie pharmaceutique se traduisent vraiment par une amĂ©lioration du quotidien, et pas seulement par de beaux chiffres dans un rapport dâinvestissement ? La rĂ©ponse dĂ©pend largement de la qualitĂ© de lâorganisation des soins, de la formation continue des professionnels et des mĂ©canismes de prise en charge financiĂšre.
Cette section met en lumiĂšre un point crucial : lâargent est bel et bien lĂ , en quantitĂ© considĂ©rable. Le vĂ©ritable enjeu est dĂ©sormais dâorienter ces flux vers des solutions qui respectent les besoins rĂ©els des femmes, leur sĂ©curitĂ© et leur autonomie.
Femtech, données et éthique : les nouvelles frontiÚres du marché mature de la santé des femmes
Ă cĂŽtĂ© des grands acteurs historiques de lâindustrie pharmaceutique et des medtechs, le paysage de la santĂ© des femmes est bouleversĂ© par lâessor de la femtech. Ces startups combinent applications mobiles, intelligence artificielle, objets connectĂ©s et services de tĂ©lĂ©santĂ© pour proposer des solutions fines, souvent centrĂ©es sur lâexpĂ©rience quotidienne des patientes.
Les champs dâapplication sont multiples : suivi de cycle, contraception digitale, prĂ©vention des migraines hormonales, accompagnement des douleurs pelviennes, programmes de rééducation aprĂšs accouchement, prise en charge des troubles de la sexualitĂ©, soutien aux femmes vivant avec une maladie chronique. De nombreuses solutions sâappuient sur le recueil massif de donnĂ©es (cycles, symptĂŽmes, sommeil, activitĂ© physique) pour affiner les recommandations.
Cette collecte de donnĂ©es pose immĂ©diatement des questions dâĂ©thique et de protection de la vie privĂ©e. Qui accĂšde Ă ces informations ? Ă quelles fins sont-elles utilisĂ©es ? Peuvent-elles ĂȘtre monĂ©tisĂ©es ou croisĂ©es avec des donnĂ©es dâassurance, dâemployeur, de gĂ©olocalisation ? Dans un marchĂ© mature oĂč circulent des milliards de dollars, la tentation de valoriser massivement ces donnĂ©es personnelles est forte.
Pour mieux sây retrouver, voici quelques bonnes pratiques Ă garder en tĂȘte lorsquâune femme (ou un proche) choisit une application ou un service numĂ©rique de bien-ĂȘtre fĂ©minin :
- đ VĂ©rifier la politique de confidentialitĂ© : les donnĂ©es sontâelles anonymisĂ©es, chiffrĂ©es, hĂ©bergĂ©es dans un pays protecteur ?
- đ§Ș PrivilĂ©gier les solutions ayant une base scientifique solide : Ă©tudes cliniques, partenariat hospitalier, validation par des sociĂ©tĂ©s savantes.
- âïž Se mĂ©fier des promesses trop belles : une app ne remplace pas une consultation mĂ©dicale, surtout en cas de symptĂŽmes inquiĂ©tants.
- đ€ Favoriser les plateformes qui travaillent avec des soignants formĂ©s aux spĂ©cificitĂ©s de la santĂ© fĂ©minine (sageâfemmes, gynĂ©cologues, infirmiĂšres, psychologues).
- đ Observer la transparence Ă©conomique : modĂšle payant clair plutĂŽt que monĂ©tisation opaque des donnĂ©es gratuites.
Les questions de violence, de sĂ©curitĂ© et de vulnĂ©rabilitĂ© ne peuvent pas ĂȘtre dissociĂ©es de ces enjeux numĂ©riques. Certaines femmes utilisent ces outils dans des contextes dâisolement, de violences conjugales ou de contrĂŽle coercitif. Des ressources comme ce dossier sur les violences faites aux femmes et leur impact sur la santĂ© en Europe rappellent combien la confidentialitĂ© et la discrĂ©tion de ces outils peuvent ĂȘtre vitales.
Ă lâĂ©chelle des politiques publiques, plusieurs commissions nationales ou internationales travaillent dĂ©jĂ sur des mesures de rĂ©gulation, Ă lâimage de rĂ©flexions plus larges prĂ©sentĂ©es dans des travaux sur les commissions et rĂ©gulations en matiĂšre de santĂ©. Lâobjectif est double : encourager lâinnovation utile tout en Ă©vitant les dĂ©rives commerciales et la marchandisation excessive de lâintime.
Le fil rouge de cette section est simple : plus un marchĂ© gagne en puissance financiĂšre, plus il doit gagner en exigences Ă©thiques. Dans la santĂ© des femmes, oĂč les sujets touchent au corps, Ă la sexualitĂ©, Ă la fertilitĂ© et parfois aux traumatismes, cette exigence est incontournable.
Impact rĂ©el pour les femmes : accĂšs aux soins, inĂ©galitĂ©s et pistes dâaction concrĂštes
Face Ă ces tendances du marchĂ© et ces milliards de dollars, une question essentielle se pose : quâestâce qui change rĂ©ellement dans la vie des femmes ? Les innovations en produits de santĂ© et technologies mĂ©dicales nâont de sens que si elles amĂ©liorent lâaccĂšs aux soins, la qualitĂ© de la prise en charge et la sĂ©curitĂ© des patientes.
Sur le terrain, de nombreuses inĂ©galitĂ©s persistent. Lâerrance mĂ©dicale touche particuliĂšrement les femmes, notamment celles qui souffrent de douleurs chroniques (endomĂ©triose, vulvodynies, migraines, syndromes intestinaux fonctionnels). Le manque de formation des soignants aux spĂ©cificitĂ©s de la douleur fĂ©minine, le poids des stĂ©rĂ©otypes (« hystĂ©rie », « stress », « fragilitĂ© ») et les difficultĂ©s dâaccĂšs Ă certains spĂ©cialistes retardent encore les diagnostics de plusieurs annĂ©es.
Dans certains contextes, la violence et les discriminations aggravent cette situation. Les soignants qui accompagnent des victimes le constatent chaque jour, comme le montre ce dossier sur les soins aux victimes et la santĂ© des femmes : lâaccĂšs Ă un accueil bienveillant, Ă des examens adaptĂ©s et Ă une orientation sociale fiable reste trĂšs inĂ©gal sur le territoire.
Pourtant, des leviers concrets existent pour rapprocher le marché mature de la réalité des patientes :
1. Renforcer la formation des professionnels
Former davantage les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, infirmiĂšres, sagesâfemmes, kinĂ©s et psychologues aux spĂ©cificitĂ©s fĂ©minines : symptĂŽmes atypiques des infarctus, diagnostics dâendomĂ©triose, repĂ©rage des violences, accompagnement de la mĂ©nopause. Cette montĂ©e en compĂ©tence permet de mieux utiliser les innovations disponibles (tests, imagerie, traitements) et dâĂ©viter les examens inutiles.
2. Déployer des modÚles de soins intégrés
Les parcours de prise en charge coordonnĂ©s (villeâhĂŽpital, Ă©quipes pluridisciplinaires, tĂ©lĂ©suivi) sont particuliĂšrement adaptĂ©s aux pathologies fĂ©minines chroniques. On le voit par exemple dans la prise en charge du VIH ou dâautres infections chroniques, oĂč des stratĂ©gies pour surmonter le VIH combinent prĂ©vention, traitement, accompagnement social et suivi psychologique, avec un bĂ©nĂ©fice clair pour les femmes.
3. Améliorer la gouvernance et le financement
Les investissements publics, les mĂ©canismes de remboursement et les politiques de prĂ©vention doivent tenir compte des besoins spĂ©cifiques des femmes. LâexpĂ©rience de certains pays qui ont intĂ©grĂ© la santĂ© fĂ©minine dans leur stratĂ©gie nationale, comme illustrĂ© dans des analyses sur des stratĂ©gies de santĂ© Ă lâinternational, montre que cela demande une vision de long terme et une coordination Ă©troite entre dĂ©cideurs, professionnels et usagers.
4. Soutenir la participation des femmes aux décisions
Associer les patientes dĂšs la conception des projets (applications, services hospitaliers, protocoles de recherche) amĂ©liore la pertinence des solutions proposĂ©es. Que ce soit dans un comitĂ© dâusagers dâhĂŽpital, un groupe de coâconception dâapp ou un essai clinique, la voix des femmes nâest plus optionnelle.
Au final, lâimpact rĂ©el de ce marchĂ© mature dĂ©pendra de la capacitĂ© collective Ă transformer la puissance Ă©conomique en progrĂšs concret pour chaque femme, quel que soit son Ăąge, son niveau de revenu ou son lieu de vie. La question Ă garder en tĂȘte est simple : « Estâce que cette innovation ferait une diffĂ©rence pour une patiente que lâon accompagne dans la vraie vie ? »
La santé des femmes est-elle vraiment un marché mature ou encore émergent ?
Les donnĂ©es disponibles montrent clairement une maturitĂ© du marchĂ©, avec prĂšs de 100 milliards de dollars de sorties cumulĂ©es et plus de 270 opĂ©rations majeures en un peu plus de deux dĂ©cennies. Cependant, certains segments restent en phase dâessor, comme la mĂ©nopause, les pathologies cardiaques fĂ©minines ou certaines maladies neurodĂ©gĂ©nĂ©ratives. Le marchĂ© est donc mature sur le plan Ă©conomique, mais encore en construction sur le plan de la couverture complĂšte des besoins de santĂ© des femmes.
En quoi la santé des femmes dépasse-t-elle la seule question de la reproduction ?
La santĂ© fĂ©minine inclut la reproduction, mais aussi lâoncologie gynĂ©cologique, les maladies auto-immunes plus frĂ©quentes chez les femmes, la santĂ© mentale, les maladies cardiovasculaires aux symptĂŽmes spĂ©cifiques, la mĂ©nopause, la santĂ© osseuse, les effets de lâenvironnement (polluants, perturbateurs endocriniens, microplastiques) et bien dâautres dimensions. Limiter la santĂ© des femmes Ă la fertilitĂ© ou Ă la grossesse revient Ă ignorer une grande partie de leur parcours de vie et de leurs besoins mĂ©dicaux.
Les applications et solutions femtech sont-elles fiables pour gérer sa santé ?
Certaines femtech sont sĂ©rieuses, basĂ©es sur des donnĂ©es scientifiques, encadrĂ©es par des professionnels et peuvent vraiment aider au suivi quotidien (cycle, symptĂŽmes, traitements). Dâautres sont plus marketing que mĂ©dicales. Pour sây retrouver, il est important de vĂ©rifier la transparence sur la gestion des donnĂ©es, la prĂ©sence de rĂ©fĂ©rences scientifiques, lâexistence Ă©ventuelle de partenariats hospitaliers, et de garder en tĂȘte quâaucune application ne remplace un avis mĂ©dical en cas de symptĂŽme inquiĂ©tant.
Comment sâassurer que les innovations profitent aux femmes les plus vulnĂ©rables ?
Lâenjeu principal est lâorganisation des soins : structurer des parcours accessibles, renforcer la prĂ©vention, former les soignants et prĂ©voir des financements spĂ©cifiques pour les populations prĂ©caires. Les politiques publiques, les associations et les professionnels de terrain ont un rĂŽle clĂ© pour adapter les innovations technologiques Ă la rĂ©alitĂ© des femmes en situation de pauvretĂ©, de handicap, de migration ou victimes de violences. Sans ce travail de terrain, les progrĂšs risquent de rester rĂ©servĂ©s aux plus favorisĂ©es.
Que peut faire une femme dĂšs aujourdâhui pour mieux profiter de ces avancĂ©es ?
Une action simple consiste Ă sâinformer sur les ressources disponibles prĂšs de chez soi (centres de santĂ©, rĂ©seaux de spĂ©cialistes formĂ©s Ă la santĂ© fĂ©minine), Ă noter ses symptĂŽmes de maniĂšre structurĂ©e (cycle, douleurs, sommeil, humeur) et Ă prĂ©parer ses consultations pour oser poser les bonnes questions. Utiliser une application sĂ©rieuse pour suivre son cycle ou sa mĂ©nopause peut aussi aider Ă mieux dialoguer avec les soignants, Ă condition de toujours garder un regard critique et de ne pas sâauto-diagnostiquer Ă partir dâun Ă©cran.
Source: fortune.com

