Entre la peur du jugement, la complexitĂ© administrative et le manque dâinformation, de nombreuses personnes renoncent encore Ă se faire dĂ©pister ou Ă accĂ©der Ă des traitements prĂ©ventifs comme la PrEP. Pourtant, les outils pour mieux prĂ©venir le VIH existent, sont efficaces, et souvent pris en charge. Le vrai dĂ©fi se situe dĂ©sormais dans la capacitĂ© du systĂšme de santĂ© Ă ĂȘtre accessible, bienveillant et clair, surtout pour les publics les plus vulnĂ©rables ou Ă©loignĂ©s du soin.
Au fil des parcours, on croise des histoires qui ressemblent Ă celle de Matthew, obligĂ© dâexpliquer Ă son propre mĂ©decin ce quâest la PrEP, puis de passer des heures Ă contester des factures qui nâauraient jamais dĂ» ĂȘtre Ă©mises. Ces situations ne sont pas des exceptions : elles rĂ©vĂšlent les barriĂšres rĂ©elles â administratives, financiĂšres, gĂ©ographiques ou liĂ©es Ă la stigmatisation â qui freinent une prĂ©vention efficace. Cet article propose des pistes concrĂštes, basĂ©es sur lâexpĂ©rience du terrain et les Ă©volutions rĂ©centes de la santĂ©, pour contourner ces obstacles, mieux dialoguer avec les soignants, utiliser la tĂ©lĂ©santĂ©, et sâappuyer sur les ressources locales et nationales afin de renforcer la prĂ©vention du VIH au quotidien.
| Peu de temps ? VoilĂ ce quâil faut retenir : |
|---|
| â La PrEP rĂ©duit le risque de transmission sexuelle du VIH de plus de 99 % lorsquâelle est prise correctement đ |
| â Anticiper les obstacles administratifs et de facturation Ă©vite des factures injustifiĂ©es et des abandons de traitement đž |
| â Sâorienter vers des soins affirmatifs et non jugeants change radicalement lâexpĂ©rience de prĂ©vention du VIH đ§Ą |
| â La tĂ©lĂ©santĂ© et les plateformes en ligne permettent aujourdâhui de dĂ©marrer ou suivre une PrEP mĂȘme loin des grands centres mĂ©dicaux đ± |
| â Travailler sur le consentement, la communication de couple et la lutte contre les violences rend la prĂ©vention rĂ©ellement globale âïž |
Comprendre les barriÚres du systÚme de santé pour mieux prévenir le VIH
Pour mettre en place des stratĂ©gies efficaces contre le VIH, il faut dâabord nommer clairement les obstacles. Beaucoup de personnes pensent encore que si elles ne vont pas consulter, câest seulement par manque de volontĂ©. En rĂ©alitĂ©, le renoncement aux soins naĂźt souvent dâun mĂ©lange de peur, de mauvaise expĂ©rience passĂ©e, de contraintes financiĂšres et de dĂ©sinformation. Un simple rendez-vous peut devenir une Ă©preuve lorsquâon doit parler de sexualitĂ©, de drogues, de violences ou dâorientation sexuelle face Ă un soignant inconnu.
Lâhistoire de Matthew illustre bien ce paradoxe. AprĂšs un rapport sexuel non protĂ©gĂ© et un message dâalerte, il se fait tester, Ă©chappe au VIH et choisit de dĂ©marrer une PrEP quotidienne. Tout se passe bien⊠jusquâĂ un changement dâassurance et de mĂ©decin. Face Ă lui, un praticien qui ne connaĂźt pas la PrEP. Câest donc le patient qui explique le protocole, les analyses Ă rĂ©aliser tous les trois mois, lâintĂ©rĂȘt de cette prĂ©vention. Cette inversion des rĂŽles montre que la barriĂšre nâest pas seulement mĂ©dicale, elle est aussi liĂ©e Ă la formation insuffisante de certains professionnels sur la santĂ© sexuelle et le VIH.
Ă cette difficultĂ© sâajoutent les erreurs de codage et de facturation. Dans le cas de Matthew, les analyses de sang liĂ©es Ă la PrEP ont Ă©tĂ© codĂ©es comme tests diagnostiques et non comme actes prĂ©ventifs. RĂ©sultat : des factures dâun montant injustifiĂ©, des relances, des heures passĂ©es Ă contester, Ă renvoyer des documents, Ă rappeler que les lois imposent une prise en charge sans ticket modĂ©rateur pour certains actes prĂ©ventifs. Combien de personnes, moins informĂ©es ou plus prĂ©caires, auraient abandonnĂ© la PrEP simplement Ă cause de ces coĂ»ts imprĂ©vus ?
Il existe aussi des barriĂšres invisibles : honte, stigmatisation, discrimination, notamment envers les personnes LGBTQ+, les travailleuses du sexe, les usagers de drogues, les personnes migrantes ou les femmes exposĂ©es Ă des violences. De nombreux tĂ©moignages rapportent des consultations au cours desquelles la sexualitĂ© est jugĂ©e, minimisĂ©e ou ignorĂ©e. RĂ©sultat : on tait certains comportements Ă risque, on nâose pas demander un test, on reporte le dĂ©pistage. Câest ce que montrent aussi les travaux autour des inĂ©galitĂ©s dâaccĂšs Ă la santĂ©, qui soulignent un Ă©cart important entre les besoins rĂ©els et les soins effectivement reçus.
Enfin, les barriĂšres peuvent ĂȘtre gĂ©ographiques et sociales. Dans certains territoires, il nâexiste pas de centre de santĂ© sexuelle identifiable, ou bien il faut attendre des semaines pour un rendez-vous. Les personnes qui cumulent faibles revenus, horaires de travail compliquĂ©s et absence de transport renoncent alors Ă se dĂ©placer. Les analyses sur la couverture santĂ© universelle rappellent que lâaccĂšs thĂ©orique ne suffit pas : ce qui compte, câest lâaccĂšs rĂ©el, dans le temps, au bon endroit, avec le bon interlocuteur.
Identifier, sans culpabiliser, ces diffĂ©rents freins permet dâentrer dans une logique de prĂ©vention du VIH plus rĂ©aliste : il ne sâagit plus de demander aux personnes dâĂȘtre « parfaites », mais de rendre le systĂšme de soins plus simple, plus accueillant et plus lisible. Câest Ă partir de ce diagnostic quâon peut ensuite dĂ©ployer des solutions adaptĂ©es, quâelles soient locales, numĂ©riques ou communautaires.

Rendre la PrEP et le dépistage du VIH vraiment accessibles au quotidien
La PrEP et le dĂ©pistage rĂ©gulier sont aujourdâhui les deux piliers majeurs de la prĂ©vention biomĂ©dicale du VIH. Pourtant, une grande partie des personnes qui pourraient en bĂ©nĂ©ficier nây a pas accĂšs. Les estimations rĂ©centes montrent que des millions de personnes sexuellement actives, Ă risque variable, pourraient ĂȘtre protĂ©gĂ©es par un traitement prĂ©-exposition, mais seule une minoritĂ© reçoit une prescription. Lâun des freins majeurs est la croyance que la PrEP serait rĂ©servĂ©e Ă un « profil type », souvent associĂ© aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, vivant dans les grandes villes.
Les recommandations actuelles vont pourtant bien plus loin. Elles indiquent que la PrEP peut ĂȘtre proposĂ©e Ă toute personne sexuellement active, notamment en cas de rapports non protĂ©gĂ©s rĂ©pĂ©tĂ©s, de partenaires multiples, de partenaire dont le statut VIH est inconnu, ou encore de partage de matĂ©riel dâinjection. Les femmes cisgenres, en particulier les femmes noires ou prĂ©caires, sont souvent les grandes oubliĂ©es de cette prĂ©vention, alors quâelles sont exposĂ©es Ă un risque combinant parfois violences sexistes et contraintes Ă©conomiques.
Pour rendre la PrEP et le dépistage plus accessibles, plusieurs leviers concrets existent :
- đ Proposer la PrEP directement en soins primaires : mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste, centre de santĂ©, consultation infirmiĂšre, sans devoir passer par un spĂ©cialiste.
- đ§Ș Faciliter les tests rapides VIH en pharmacie, dans les associations, sur les lieux de vie, avec des rĂ©sultats en quelques minutes.
- đ Mettre en place des crĂ©neaux sans rendez-vous, y compris en soirĂ©e ou le samedi, pour les personnes qui travaillent en horaires dĂ©calĂ©s.
- đ Renforcer les partenariats avec les structures locales (centres de santĂ©, associations de quartier) pour aller vers les publics Ă©loignĂ©s.
- đ Informer clairement sur les modalitĂ©s pratiques : frĂ©quence des prises, effets secondaires, modalitĂ©s de suivi.
Certains centres de santĂ© pluridisciplinaires, comme ceux mis en avant dans des dispositifs de type centre de santĂ© de proximitĂ©, montrent quâun lieu unique regroupant mĂ©decins, infirmiers, mĂ©diateurs de santĂ© et assistantes sociales facilite Ă©normĂ©ment lâaccĂšs Ă la prĂ©vention VIH. Une personne peut y faire un test, parler contraception, Ă©voquer dâĂ©ventuelles violences ou demander une aide administrative, sans multiplier les rendez-vous.
LâexpĂ©rience a Ă©galement montrĂ© que des Ă©vĂ©nements ciblĂ©s, comme les campagnes de sensibilisation lors de la JournĂ©e de la santĂ© sexuelle, ont un effet levier. Lâenjeu est de transformer ces moments ponctuels en dispositifs pĂ©rennes : affiches claires dans les salles dâattente, questionnaires anonymes pour repĂ©rer des besoins, consultations dĂ©diĂ©es Ă la santĂ© sexuelle oĂč la question du VIH est abordĂ©e de maniĂšre simple, sans dramatiser, mais sans banaliser non plus.
Pour les soignants, lâun des changements de posture les plus utiles consiste Ă poser systĂ©matiquement quelques questions ouvertes sur la vie sexuelle, de façon non jugeante. Par exemple : « Souhaitez-vous que lâon parle de protection, de dĂ©pistage ou de prĂ©vention mĂ©dicamenteuse ? ». Cette phrase, pourtant courte, ouvre de nombreuses portes. Elle signale que la santĂ© sexuelle fait pleinement partie de la santĂ© globale, au mĂȘme titre que la tension artĂ©rielle ou le suivi glycĂ©mique.
Quand ces diffĂ©rents Ă©lĂ©ments sont rĂ©unis â accĂšs simple au dĂ©pistage, information claire sur la PrEP, interlocuteurs formĂ©s, lieux de soins repĂ©rĂ©s comme sĂ©curisants â la prĂ©vention du VIH cesse dâĂȘtre un parcours du combattant pour devenir un rĂ©flexe de santĂ© intĂ©grĂ©e, au mĂȘme niveau que la vaccination ou le dĂ©pistage des cancers.
Réduire les obstacles financiers et administratifs pour éviter les abandons de PrEP
Un traitement prĂ©ventif trĂšs efficace perd une grande partie de son intĂ©rĂȘt si les personnes sont contraintes de lâarrĂȘter Ă cause de factures injustifiĂ©es, de changements dâassurance ou de dĂ©marches incomprĂ©hensibles. Dans le parcours de Matthew, le plus lourd nâa pas Ă©tĂ© la prise quotidienne de comprimĂ©s, mais les multiples factures liĂ©es aux prises de sang, aux consultations et aux erreurs de codage. Plus de soixante heures passĂ©es Ă contester, reformuler, renvoyer des documents : peu de gens peuvent supporter une telle charge sans renoncer.
Il est pourtant possible de limiter fortement ces obstacles en adoptant quelques rĂ©flexes pratiques. Dâabord, vĂ©rifier que les analyses biologiques et les consultations liĂ©es Ă la PrEP sont bien codĂ©es comme actes prĂ©ventifs et non comme actes diagnostiques. Cette diffĂ©rence, purement administrative, change tout en matiĂšre de reste Ă charge. De nombreuses associations et rĂ©seaux de santĂ© ont créé des guides destinĂ©s aux cabinets mĂ©dicaux pour sĂ©curiser ce codage, Ă lâimage de ceux portĂ©s par des structures comme NASTAD aux Ătats-Unis.
Ensuite, il est crucial dâutiliser autant que possible des laboratoires et professionnels « dans le rĂ©seau » de lâassurance. Les prises de sang rĂ©alisĂ©es hors rĂ©seau sont beaucoup plus difficiles Ă faire rembourser et gĂ©nĂšrent des factures parfois trĂšs lourdes. Un simple coup de fil Ă sa complĂ©mentaire ou une consultation en ligne de la liste de laboratoires partenaires peut, Ă terme, Ă©viter des centaines dâeuros de dĂ©penses.
Pour mieux sây retrouver, on peut sâappuyer sur un tableau rĂ©capitulatif comme celui-ci :
| Ătape du parcours PrEP | Bon rĂ©flexe administratif đĄ | Risque si mal anticipĂ© â ïž |
|---|---|---|
| PremiĂšre consultation | Demander si la PrEP est bien facturĂ©e en prĂ©vention et vĂ©rifier la prise en charge avant le rendez-vous â | Facture de consultation non prĂ©vue, renoncement au suivi |
| Analyses de sang trimestrielles | Confirmer que le laboratoire est « dans le rĂ©seau » et que le motif de lâexamen est prĂ©ventif đ | Multiplication de petites factures qui dĂ©couragent le patient |
| Renouvellement de prescription | Anticiper les changements dâassurance, conserver toutes les ordonnances et relevĂ©s đ | Rupture de traitement, trou dans la couverture de protection |
| Contestations de factures | Ăcrire rapidement, garder les Ă©changes, solliciter une association dâusagers ou un mĂ©diateur đ | DĂ©couragement, arrĂȘt dĂ©finitif de la PrEP |
Il existe aussi des solutions pour les personnes sans couverture ou avec une assurance trĂšs limitĂ©e. Les mĂ©dicaments gĂ©nĂ©riques de la PrEP, comme les combinaisons Ă base dâemtricitabine et de tĂ©nofovir, sont nettement moins coĂ»teux que les spĂ©cialitĂ©s les plus rĂ©centes. Les fabricants ont mis en place des programmes dâaide aux patients, parfois combinĂ©s Ă des aides publiques, permettant dâobtenir le traitement Ă coĂ»t rĂ©duit ou nul, selon la situation. Les comparateurs de prix et les pharmacies en ligne peuvent Ă©galement aider Ă trouver lâoption la plus abordable.
Dans le contexte plus global des analyses de santĂ© rĂ©alisĂ©es par lâOCDE, la question du coĂ»t des traitements prĂ©ventifs se pose partout : investir dans la prĂ©vention du VIH, câest Ă©viter plus tard des traitements lourds, longs et coĂ»teux. Pour les systĂšmes de santĂ©, soutenir financiĂšrement la PrEP et simplifier les dĂ©marches, câest donc un choix rationnel autant quâĂ©thique.
Enfin, lorsquâun conflit persiste avec un assureur, il ne faut pas hĂ©siter Ă formuler un recours officiel auprĂšs de lâautoritĂ© de rĂ©gulation ou du mĂ©diateur compĂ©tent. Les usagers ont des droits, mĂȘme si le langage administratif est souvent intimidant. Ătre accompagnĂ© par une association de patients, un centre de santĂ© ou un travailleur social rend ce processus beaucoup plus supportable. Lâessentiel est que lâaspect financier ne devienne jamais une raison silencieuse dâarrĂȘter un traitement prĂ©ventif efficace.
Soins affirmatifs, consentement et relation de confiance : le cĆur de la prĂ©vention du VIH
La prĂ©vention du VIH ne se rĂ©sume pas Ă des mĂ©dicaments et Ă des tests. Elle repose sur une relation de confiance entre les personnes et le systĂšme de soins, mais aussi sur la qualitĂ© des liens intimes et des Ă©changes au sein du couple ou des partenaires. Lorsquâune personne se sent jugĂ©e, infantilisĂ©e ou discriminĂ©e, elle se replie et ne dit plus ce qui est vraiment important : les rapports non protĂ©gĂ©s, lâusage de produits, la difficultĂ© Ă nĂ©gocier le prĂ©servatif ou la PrEP, la peur de rompre ou de dĂ©cevoir lâautre.
Les structures qui proposent des soins affirmatifs LGBTQ+ montrent une autre voie. Elles considĂšrent que lâorientation sexuelle, lâidentitĂ© de genre ou le mode de vie ne sont pas un « problĂšme mĂ©dical », mais un Ă©lĂ©ment de la personne Ă accueillir avec respect. Des annuaires comme le LGBTQ+ Healthcare Directory facilitent la recherche de mĂ©decins, infirmiers, psychologues ou sages-femmes formĂ©s Ă ces enjeux. Il est souvent conseillĂ© de demander des recommandations Ă des personnes de confiance ou Ă des associations locales plutĂŽt que de choisir un praticien au hasard.
Cette dimension se rejoint avec dâautres thĂ©matiques de santĂ© : la question du consentement, de la pression masculine et des stĂ©rĂ©otypes de genre est au cĆur de nombreux dĂ©bats. Des rĂ©flexions comme celles menĂ©es autour du masculinisme et du consentement rappellent que certaines reprĂ©sentations toxiques de la virilitĂ© empĂȘchent encore de parler sereinement de prĂ©vention, de prĂ©servatif ou de dĂ©pistage. Quand une personne craint de passer pour « faible » ou « parano » parce quâelle propose la PrEP ou un test VIH, la protection recule.
En parallĂšle, plusieurs Ă©tudes montrent combien un suivi mĂ©dical rĂ©gulier et bienveillant peut renforcer la qualitĂ© de la relation amoureuse. La prĂ©vention et le soin deviennent un projet de couple, une maniĂšre de prendre soin de soi et de lâautre. Certaines analyses, proches des rĂ©flexions sur lâimpact du suivi mĂ©dical sur la vie affective, soulignent que parler ouvertement de santĂ© sexuelle â VIH compris â amĂ©liore la communication globale dans la relation.
Quelques questions peuvent aider à ouvrir le dialogue avec un professionnel de santé ou un partenaire :
- 𧥠« De quoi auriez-vous besoin pour vous sentir en sécurité lors de vos relations sexuelles ? »
- đŁïž « PrĂ©fĂ©rez-vous parler dâabord de dĂ©pistage, de prĂ©servatifs, de PrEP ou dâautre chose ? »
- đ€ « Comment pouvons-nous nous organiser Ă deux pour que chacun se sente protĂ©gĂ© et respectĂ© ? »
- đ « Souhaitez-vous que lâon Ă©voque aussi la contraception, les IST, ou dâĂ©ventuelles violences subies ? »
Du cĂŽtĂ© des soignants, la formation Ă la santĂ© sexuelle, Ă la communication empathique et Ă la lutte contre les discriminations est un levier majeur. De nombreux programmes de formation continue, parfois impulsĂ©s par des projets territoriaux, visent Ă rendre chaque cabinet mĂ©dical plus accueillant pour parler VIH. LĂ encore, il ne sâagit pas de « spĂ©cialiser » quelques experts, mais dâintĂ©grer la prĂ©vention du VIH dans la pratique quotidienne de tous les professionnels de santĂ©.
Lorsque la personne se sent enfin Ă©coutĂ©e, sans honte ni jugement, la prĂ©vention devient un geste normal de la vie. Câest dans cette alliance entre confiance, consentement et compĂ©tence mĂ©dicale que le VIH recule rĂ©ellement.
Innover avec la télésanté et le numérique pour contourner les barriÚres physiques
La tĂ©lĂ©santĂ© a profondĂ©ment transformĂ© la maniĂšre dont on peut accĂ©der Ă la prĂ©vention du VIH. Pour celles et ceux qui vivent loin dâun centre spĂ©cialisĂ©, qui craignent dâĂȘtre vus dans une salle dâattente ou qui ont des emplois du temps impossibles, la possibilitĂ© de consulter depuis son salon, par visioconfĂ©rence ou tĂ©lĂ©phone, change tout. De plus en plus de personnes dĂ©marrent aujourdâhui une PrEP via des consultations Ă distance, avec des analyses rĂ©alisĂ©es dans un laboratoire proche du domicile, voire par des kits dâauto-prĂ©lĂšvement envoyĂ©s par la poste.
Les plateformes dĂ©diĂ©es Ă la PrEP en tĂ©lĂ©mĂ©decine proposent souvent un parcours simplifiĂ© : questionnaire en ligne, Ă©change avec un mĂ©decin ou un infirmier, ordonnance envoyĂ©e Ă la pharmacie ou livrĂ©e Ă domicile, rappels pour les bilans rĂ©guliers. Pour beaucoup, cette discrĂ©tion est rassurante et permet de parler plus librement de sexualitĂ© ou de consommation de produits, Ă lâabri du regard des autres patients. On le voit : le cadre numĂ©rique peut, paradoxalement, offrir un espace de parole plus intime.
Au niveau collectif, lâessor du numĂ©rique en santĂ© se traduit par de nombreux projets innovants. Des initiatives comme celles mises en avant lors dâun hackathon sur la santĂ© numĂ©rique montrent le potentiel des applications mobiles, des carnets de santĂ© en ligne ou des chatbots dâinformation pour soutenir les personnes dans leur parcours de prĂ©vention VIH. Rappels de prise, alertes pour les renouvellements dâordonnance, informations fiables sur les effets secondaires : autant dâoutils qui rendent la PrEP plus simple Ă vivre au quotidien.
La tĂ©lĂ©santĂ© permet Ă©galement dâĂ©largir le nombre de professionnels prĂȘts Ă prescrire la PrEP. Un mĂ©decin peu Ă lâaise au dĂ©part peut sâappuyer sur des protocoles standardisĂ©s, des fiches mĂ©mo, voire des Ă©quipes de rĂ©fĂ©rence accessibles Ă distance pour valider une dĂ©cision. Les frontiĂšres entre spĂ©cialitĂ©s sâestompent, ce qui facilite lâintĂ©gration de la prĂ©vention VIH dans la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale ou la santĂ© scolaire et universitaire.
Il reste toutefois nĂ©cessaire de veiller Ă ce que le numĂ©rique ne crĂ©e pas de nouvelles inĂ©galitĂ©s. LâaccĂšs Ă un smartphone, Ă une connexion stable, la maĂźtrise des outils digitaux ne sont pas uniformes. Les personnes ĂągĂ©es, les personnes en situation de grande prĂ©caritĂ© ou certaines populations migrantes peuvent ĂȘtre exclues de ces innovations si rien nâest prĂ©vu pour les accompagner. Les rĂ©flexions sur la santĂ© des personnes ĂągĂ©es ou sur les publics vulnĂ©rables rappellent combien lâaccompagnement humain reste essentiel.
Pour éviter un fossé numérique, plusieurs bonnes pratiques se dessinent :
- đ Proposer systĂ©matiquement une alternative prĂ©sentielle pour celles et ceux qui prĂ©fĂšrent le face-Ă -face.
- đ Mettre Ă disposition des lignes tĂ©lĂ©phoniques, plus simples que la visioconfĂ©rence pour certains publics.
- đ„ Associer des mĂ©diateurs de santĂ© ou travailleurs sociaux pour aider Ă utiliser les outils numĂ©riques.
- đ Insister sur la confidentialitĂ© des donnĂ©es, afin de rassurer les personnes concernĂ©es par le VIH.
Quand le numĂ©rique reste un moyen â et non une fin â il devient un puissant alliĂ© pour contourner les barriĂšres gĂ©ographiques, organisationnelles et psychologiques, et permettre Ă chacun dâaccĂ©der Ă une prĂ©vention du VIH adaptĂ©e Ă sa vie rĂ©elle.
Qui peut bénéficier de la PrEP contre le VIH ?
La PrEP peut ĂȘtre proposĂ©e Ă toute personne sexuellement active qui souhaite rĂ©duire son risque de VIH, en particulier en cas de rapports non protĂ©gĂ©s rĂ©pĂ©tĂ©s, de partenaires multiples, de partenaire dont le statut VIH est inconnu, ou de partage de matĂ©riel dâinjection. Elle nâest pas rĂ©servĂ©e aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes : les femmes, les personnes trans, les usagers de drogues ou les couples sĂ©rodiffĂ©rents peuvent aussi en bĂ©nĂ©ficier.
Comment faire si mon médecin ne connaßt pas la PrEP ?
Il est possible dâapporter Ă votre mĂ©decin des ressources officielles (recommandations nationales, fiches pratiques) et de lui proposer dâen discuter. Si vous ne vous sentez pas Ă©coutĂ©, tournez-vous vers un centre de santĂ© sexuelle, une association spĂ©cialisĂ©e, ou un professionnel identifiĂ© comme affirmatif LGBTQ+. La tĂ©lĂ©santĂ© peut Ă©galement vous permettre de consulter un praticien habituĂ© Ă prescrire la PrEP.
La PrEP est-elle remboursée ?
Dans de nombreux pays, la PrEP et les analyses de suivi sont prises en charge dans le cadre de la prĂ©vention, avec peu ou pas de reste Ă charge. Il faut toutefois veiller au bon codage des actes (prĂ©vention et non diagnostic) et Ă utiliser des laboratoires partenaires de votre assurance. En cas de difficultĂ©s financiĂšres, des programmes dâaide des laboratoires ou des associations peuvent rĂ©duire fortement le coĂ»t.
Puis-je arrĂȘter la PrEP si ma situation change ?
Oui, la PrEP nâest pas un traitement « Ă vie ». Elle se prend pendant les pĂ©riodes oĂč le risque dâexposition au VIH est significatif. En cas de changement de situation â relation stable, baisse du nombre de partenaires, usage systĂ©matique du prĂ©servatif â vous pouvez discuter avec votre mĂ©decin dâun arrĂȘt ou dâun ajustement (par exemple en prise Ă la demande, si cela est adaptĂ© Ă votre profil).
La prévention du VIH se limite-t-elle à la PrEP ?
Non, la prĂ©vention du VIH est globale. Elle repose sur le dĂ©pistage rĂ©gulier, lâutilisation de prĂ©servatifs, la PrEP pour celles et ceux qui en ont besoin, mais aussi la charge virale indĂ©tectable des personnes vivant avec le VIH, lâĂ©ducation au consentement, la lutte contre les violences et la rĂ©duction des risques liĂ©s Ă lâusage de drogues. La meilleure stratĂ©gie est celle qui combine plusieurs outils adaptĂ©s Ă votre rĂ©alitĂ©.

