Dans certaines communes rurales, lâaccĂšs aux soins ne se rĂ©sume plus Ă un manque de soignants, mais Ă un choix collectif de freiner leur arrivĂ©e. Ce paradoxe rĂ©vĂšle des peurs profondes, des enjeux de territoire et une question sensible : jusquâoĂč peut aller la protection locale quand la santĂ© de tous est en jeu ?
| Peu de temps ? VoilĂ ce quâil faut retenir : |
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| â Une petite commune rurale peut devenir un vrai refuge mĂ©dical, mais cette situation crĂ©e parfois des tensions fortes entre habitants et soignants đ |
| â Lâopposition Ă une nouvelle installation de soignants cache souvent des peurs : perte de proximitĂ©, hausse du foncier, changement de mode de vie đĄ |
| â Dans un contexte de dĂ©sert mĂ©dical, refuser de nouveaux professionnels fragilise lâaccĂšs aux soins des plus vulnĂ©rables (personnes ĂągĂ©es, familles isolĂ©es) â ïž |
| â Le dialogue, la transparence et des projets construits avec les habitants limitent le conflit sanitaire et la rĂ©sistance communautaire đ€ |
| â Sâinformer sur les enjeux de santĂ©, comme on le fait sur des sujets sensibles (angoisses, Ă©thique, environnement), aide Ă prendre des dĂ©cisions plus apaisĂ©es đĄ |
Un « refuge médical » qui se crispe : comprendre la logique de la commune de 2 500 habitants
Dans cette commune de 2 500 Ăąmes, souvent prĂ©sentĂ©e comme un refuge mĂ©dical, tout semble presque idĂ©al sur le papier : un pĂŽle de santĂ© moderne, quelques gĂ©nĂ©ralistes disponibles, des infirmiĂšres dynamiques et une pharmacie accueillante. LĂ oĂč certains villages de 500 habitants nâont mĂȘme plus de mĂ©decin, ce territoire fait figure dâexception rassurante.
Pourtant, derriĂšre cette image presque idyllique, une fracture se dessine. Une partie des habitants sâorganise pour sâopposer Ă lâinstallation de nouveaux soignants. Le discours est parfois tranchĂ© : « Ici, on a dĂ©jĂ ce quâil faut », « Plus de mĂ©decins, ça va attirer du monde », « On ne veut pas devenir la banlieue mĂ©dicale de la ville voisine ». Cette rĂ©sistance communautaire surprend, surtout dans un pays oĂč lâon parle quotidiennement de dĂ©sert mĂ©dical.
Un personnage cristallise bien cette situation : Madame L., 74 ans, vit au village depuis toujours. Elle se sent en sĂ©curitĂ©, car elle connaĂźt son mĂ©decin depuis plus de vingt ans. Pour elle, ce mĂ©decin fait presque partie de la famille. LâarrivĂ©e de nouveaux praticiens lui donne lâimpression que son quotidien va changer, que le cabinet va devenir anonyme, quâelle ne sera plus « prioritaire ». Son besoin de stabilitĂ© est rĂ©el et lĂ©gitime.
Ă quelques rues de lĂ , une famille nouvellement installĂ©e voit la scĂšne autrement. Les dĂ©lais pour obtenir un rendez-vous sâallongent, les consultations en urgence deviennent difficiles, surtout pour les enfants. Pour ces parents, plus de soignants signifierait plus de souplesse, moins dâangoisse et une meilleure qualitĂ© dâaccĂšs aux soins. Deux rĂ©alitĂ©s, deux sensibilitĂ©s qui cohabitent⊠et se heurtent.
Cette petite commune est aussi marquĂ©e par une forte protection locale. Les habitants ont lâhabitude de dĂ©cider entre eux, en conseil municipal ou sur la place du village. LâarrivĂ©e dâun mĂ©decin venu dâune grande ville, dâun autre pays ou dâune autre culture mĂ©dicale est parfois vĂ©cue comme une intrusion. Il ne sâagit pas uniquement de santĂ©, mais dâidentitĂ© collective.
Ce mĂ©canisme nâest pas propre Ă cette commune. Dâautres villages qui ont vu dĂ©barquer des projets de grandes maisons de santĂ©, ou mĂȘme de pharmacies supplĂ©mentaires, ont parfois eu le sentiment de perdre la main sur leur territoire. Certains se sont souvenus de dĂ©cisions brutales : fermeture dâĂ©coles, regroupement de services publics, sans concertation. Alors, la dĂ©fiance se projette aussi sur les soignants.
Pourtant, refuser de nouveaux professionnels dans un contexte de vieillissement de la population, dâaugmentation des maladies chroniques et de dĂ©parts en retraite de praticiens nâest pas anodin. Câest comme si le village figeait une photo agrĂ©able du prĂ©sent, sans anticiper le clichĂ© beaucoup plus flou de demain.
La tension autour de ce refuge médical rappelle finalement une chose : la santé ne se joue pas seulement dans les salles de consultation, mais aussi dans les réunions de village, les discussions au marché, les peurs et les espoirs que chacun projette sur son lieu de vie. Comprendre ces dynamiques est indispensable avant de juger cette opposition.

DĂ©sert mĂ©dical, accĂšs aux soins et peur du changement : ce que cache lâopposition aux nouveaux soignants
Dans les cartes de lâAssurance maladie ou de la Drees, cette commune apparaĂźt comme une « oasis » au cĆur dâun territoire en tension. Les villages voisins, parfois limitĂ©s Ă 500 habitants, ont perdu leur dernier mĂ©decin il y a des annĂ©es. On y compte les kilomĂštres jusquâau cabinet le plus proche, et chaque dĂ©part en retraite fait lâeffet dâun compte Ă rebours.
Câest ce contraste qui nourrit le paradoxe : alors que des centaines de communes se battent pour attirer le moindre praticien ou une nouvelle pharmacie, ici, la rĂ©sistance communautaire sâorganise pour freiner les nouvelles arrivĂ©es. Le cĆur du problĂšme nâest pas lâabondance mĂ©dicale, mais la peur du bouleversement.
Plusieurs craintes reviennent réguliÚrement :
- 𧱠La crainte de la bétonisation : plus de soignants = plus de patients = plus de logements, de parkings, de circulation.
- đ¶ La peur dâune mĂ©decine dĂ©shumanisĂ©e : un pĂŽle « usine » oĂč lâon devient un numĂ©ro, avec des professionnels qui tournent.
- đ¶ Le risque dâaugmentation du coĂ»t de la vie : valorisation immobiliĂšre, commerces qui changent de clientĂšle, pression sur les mĂ©nages modestes.
- đ§ Le sentiment de perdre sa place : personnes ĂągĂ©es ou habitants de longue date qui craignent dâĂȘtre « relĂ©guĂ©s » derriĂšre les nouveaux arrivants.
Ces inquiĂ©tudes font Ă©cho Ă ce que lâon observe dans dâautres domaines de la santĂ©. Quand lâangoisse devient trop forte, le corps rĂ©agit. Les crises de panique, par exemple, sont souvent alimentĂ©es par une sensation de perte de contrĂŽle. Un article comme peut-on mourir dâune crise dâangoisse montre bien Ă quel point notre rapport Ă la peur peut distordre la rĂ©alitĂ©, tout en ayant des effets bien concrets sur le quotidien.
Ici, la peur ne porte pas sur une pathologie prĂ©cise, mais sur lâĂ©volution du village. Elle sâincarne dans un conflit sanitaire : dâun cĂŽtĂ©, ceux qui veulent sĂ©curiser la prĂ©sence mĂ©dicale sur le long terme, de lâautre, ceux qui protĂšgent un Ă©quilibre actuel, jugĂ© fragile.
Il ne faut pas oublier non plus le vĂ©cu des soignants. Plusieurs mĂ©decins et infirmiers racontent ĂȘtre venus sâinstaller dans ce type de territoire avec enthousiasme, avant de ressentir une sorte de rejet feutrĂ© : patientĂšle qui ne vient pas, rumeurs, remarques sur « ceux qui prennent la place des anciens ». Certains finissent par dĂ©planter, faute non pas de volume de patients, mais de reconnaissance.
Ce contexte rappelle des situations observĂ©es ailleurs : un centre de santĂ© expĂ©rimental en zone rurale peut attirer rapidement des dizaines de mĂ©decins, mais si le projet nâest pas compris ni portĂ© par la population, lâĂ©lan peut vite retomber. Ă lâinverse, dans certains villages, lâarrivĂ©e dâun seul gĂ©nĂ©raliste devient une fĂȘte collective, chacun participant au dĂ©mĂ©nagement et Ă lâinstallation.
Les habitants de cette commune rurale nâont pas tort de vouloir prĂ©server leur cadre de vie. Toutefois, lorsque lâaccĂšs aux soins se tend dĂ©jĂ partout, bloquer lâinstallation de soignants revient Ă repousser une question inĂ©vitable : qui soignera demain, quand les professionnels actuels seront partis ?
Comprendre cette peur, la nommer, la replacer dans le contexte plus large du dĂ©sert mĂ©dical, câest un premier pas pour transformer lâopposition frontale en discussion constructive.
Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, de nombreuses vidéos et témoignages expliquent comment certains territoires ont réussi à inverser la tendance sans perdre leur ùme locale.
Entre refuge mĂ©dical et protection locale : quand lâidentitĂ© du village passe avant la santĂ©
Dans ce village de 2 500 habitants, lâexpression « refuge mĂ©dical » ne renvoie pas seulement au nombre de praticiens, mais Ă une forme de cocon social. On sây soigne avec des personnes que lâon croise Ă la boulangerie, au marchĂ©, Ă la fĂȘte du village. Le cabinet mĂ©dical nâest pas quâun lieu de soins, câest aussi un lieu de lien.
Câest pour cette raison que la protection locale devient si forte. Les habitants ont le sentiment dâavoir construit ce modĂšle au fil des annĂ©es : lutte pour garder la pharmacie, mobilisation pour rĂ©nover un ancien bĂątiment communal en cabinet, accueil de la premiĂšre infirmiĂšre libĂ©rale. Chaque Ă©tape a demandĂ© des efforts, des rĂ©unions, parfois des sacrifices financiers.
Alors, lorsquâun projet arrive « dâen haut » â par exemple, un agrandissement du pĂŽle de santĂ©, lâimplantation dâun nouveau spĂ©cialiste ou la mutualisation avec une commune voisine â certains y voient une rĂ©cupĂ©ration. Ils ont lâimpression quâon vient cueillir les fruits de leur mobilisation, sans vraiment leur demander leur avis.
Ce sentiment nâest pas anodin. On le retrouve dans dâautres dĂ©bats sensibles, comme ceux autour de la fin de vie, des animaux ou de lâenvironnement. Un article sur lâĂ©thique autour des zoos et de lâeuthanasie animale montre que dĂšs quâil est question de vie, de mort, de contrĂŽle et de territoire, les rĂ©actions peuvent ĂȘtre trĂšs Ă©motionnelles, parfois radicales.
Dans ce contexte, plusieurs mécanismes alimentent la résistance communautaire :
- đ§ La mĂ©moire des blessures : fermetures de services publics, dĂ©cisions imposĂ©es, sentiment de dĂ©classement.
- đ„ Le poids des leaders locaux : quelques voix trĂšs Ă©coutĂ©es qui orientent lâopinion, parfois Ă partir dâinformations partielles.
- đŁ Les rĂ©seaux sociaux locaux : groupes de village oĂč circulent rumeurs, inquiĂ©tudes et prises de position trĂšs rapides.
- đ„ La mĂ©connaissance du quotidien des soignants : temps de trajet, charges administratives, Ă©puisement, contraintes rĂ©glementaires.
Dans cette commune, une partie de la population voit les nouveaux soignants comme des « intrus » plutĂŽt que comme des renforts. Ce regard pĂšse lourd sur la dĂ©cision de sâinstaller durablement. Plusieurs infirmiers tĂ©moignent de difficultĂ©s Ă crĂ©er une patientĂšle, car les habitants restent fidĂšles aux professionnels historiques, mĂȘme au prix de dĂ©lais plus longs.
Pour autant, une autre partie des habitants, souvent plus jeune ou rĂ©cemment installĂ©e, ne comprend pas cette fermeture. Elle voit dans ce pĂŽle de santĂ© renforcĂ© une chance : Ă©viter les heures de route, limiter les passages aux urgences, amĂ©liorer le suivi de maladies chroniques, faciliter le dĂ©pistage. Pour certains parents ou aidants familiaux, chaque nouveau professionnel est une bouffĂ©e dâoxygĂšne.
On se retrouve donc avec deux visions qui sâaffrontent sans forcĂ©ment se parler. Lâune met en avant la prĂ©servation du « chez-soi », lâautre la sĂ©curitĂ© sanitaire Ă long terme. Tant que ces deux mondes ne sont pas mis autour de la mĂȘme table, lâopposition risque de se durcir, jusquâau blocage dâun projet pourtant vital.
Ce type de tension renvoie Ă une question plus large : comment permettre Ă un village de rester lui-mĂȘme, tout en lâaidant Ă sâadapter aux rĂ©alitĂ©s dâaujourdâhui ? La rĂ©ponse se jouera rarement dans un seul conseil municipal, mais plutĂŽt dans un travail patient dâĂ©coute, de pĂ©dagogie et de co-construction.
De nombreuses maisons de santĂ© pluriprofessionnelles montrent quâil est possible dâallier proximitĂ©, modernitĂ© et respect de lâidentitĂ© locale, Ă condition dâimpliquer la population dĂšs le dĂ©part.
Installer de nouveaux soignants sans déclencher un conflit sanitaire : pistes concrÚtes
Pour Ă©viter que lâinstallation de soignants ne tourne Ă la crise, plusieurs leviers trĂšs concrets peuvent ĂȘtre actionnĂ©s par les Ă©lus, les professionnels de santĂ© et les habitants eux-mĂȘmes. Rien de magique, mais des gestes simples, rĂ©pĂ©tĂ©s, qui apaisent le terrain.
Construire le projet avec les habitants dÚs le départ
Au lieu de prĂ©senter un projet finalisĂ©, il est beaucoup plus efficace dâouvrir dâabord un temps de discussion. RĂ©unions publiques, ateliers participatifs, consultations en ligne : ces outils permettent de clarifier les besoins rĂ©els et de dĂ©samorcer les rumeurs.
Un tableau simple peut aider à présenter les enjeux :
| đŻ Objectif | Ce que cela change pour les habitants | Ce que cela change pour les soignants |
|---|---|---|
| Renforcer lâaccĂšs aux soins | â Rendez-vous plus rapides, moins de trajets, meilleur suivi des maladies chroniques | â Moins de surcharge pour chaque praticien, meilleure rĂ©partition des patients |
| PrĂ©parer les dĂ©parts Ă la retraite | â ContinuitĂ© des soins, pas de rupture brutale quand un mĂ©decin part | â PossibilitĂ© de transmission progressive, temps pour sâinstaller et rencontrer les patients |
| Limiter les passages aux urgences | â Moins dâattente, moins de stress pour les familles đšâđ©âđ§ | â Travail plus pertinent, recentrĂ© sur la mĂ©decine de proximitĂ© |
Ce type de présentation, claire et transparente, permet à chacun de se projeter. La peur naßt surtout du flou ; la précision la fait reculer.
Montrer la réalité quotidienne des soignants
Les habitants de cette commune rurale voient parfois les soignants uniquement Ă travers le prisme de la consultation. Ils ne mesurent pas forcĂ©ment le temps passĂ© en trajets, en administratif, en coordination avec les hĂŽpitaux ou les laboratoires. Expliquer ces coulisses, par exemple lors de portes ouvertes ou de rencontres Ă la salle des fĂȘtes, humanise le dĂ©bat.
Certains sujets mĂ©dicaux complexes, comme la gestion des maladies de peau chez les animaux domestiques (par exemple avec le traitement des teignes chez le chat ou le chien), montrent que les soignants travaillent souvent bien au-delĂ de lâimage « simple consultation ». Ils sont aussi Ă©ducateurs, mĂ©diateurs, soutiens psychologiques.
Prévoir des rÚgles claires de fonctionnement
Lâune des craintes les plus frĂ©quentes concerne lâorganisation du cabinet : prioritĂ© donnĂ©e aux nouveaux venus, rendez-vous bloquĂ©s des semaines Ă lâavance, tri implicite entre « anciens » et « nouveaux ». Ătablir et communiquer des rĂšgles transparentes apaise beaucoup de tensions :
- đ Plages dĂ©diĂ©es aux urgences du jour.
- đ” Priorisation explicite des personnes ĂągĂ©es et des patients Ă pathologies lourdes.
- đ Temps de consultation adaptĂ©, mais expliquĂ© (pourquoi 15 ou 20 minutes).
- đ Canaux clairs : tĂ©lĂ©phone, prise de rendez-vous en ligne, modalitĂ©s de visite Ă domicile.
Lorsque chacun sait comment le systĂšme fonctionne, le sentiment dâinjustice recule, mĂȘme si tout nâest pas parfait.
Penser aussi aux conditions de vie des soignants
Attirer des professionnels dans une commune, surtout loin des grandes villes, suppose de penser Ă leurs conditions de vie : logement, scolaritĂ© des enfants, possibilitĂ©s dâemploi pour le conjoint, intĂ©gration sociale. Sinon, le risque est de voir des soignants venir⊠et repartir au bout dâun an.
Dans certaines rĂ©gions, des dispositifs dâaccueil ont Ă©tĂ© mis en place : parrainage par une famille du village, aides Ă lâinstallation, prĂ©sentation des associations locales, activitĂ©s sportives ou culturelles. Ce type dâinitiative renforce le lien humain et limite le risque de conflit sanitaire durable.
Au final, installer des soignants dans un territoire dĂ©jĂ sensible, câest un peu comme accompagner une grossesse en pleine canicule : il faut de la vigilance, des repĂšres clairs et des gestes concrets. Des ressources comme celles sur les risques liĂ©s aux environnements chauds pendant la grossesse montrent bien comment une bonne information et des mesures adaptĂ©es peuvent transformer une situation Ă risque en parcours maĂźtrisĂ©.
Une chose reste Ă©vidente : sans ce travail de fond, lâopposition Ă lâinstallation ne fera que se renforcer, mĂȘme dans un village que lâon pensait Ă©pargnĂ© par le dĂ©sert mĂ©dical.
Habiter un refuge médical en 2025 : repÚres pratiques pour habitants et soignants
Pour les habitants comme pour les professionnels, vivre dans un refuge mĂ©dical ne doit pas signifier repli ou fermeture. Ce peut ĂȘtre, au contraire, lâoccasion de construire un modĂšle plus humain, plus adaptĂ© au rythme dâune petite commune rurale, tout en restant ouvert Ă lâavenir.
Pour les habitants : comment agir sans se laisser gagner par la peur
Les habitants disposent de leviers concrets pour participer sans subir :
- đŁïž Aller aux rĂ©unions publiques, poser des questions, mĂȘme dĂ©rangeantes, plutĂŽt que critiquer uniquement sur les rĂ©seaux sociaux.
- đ Se renseigner sur les enjeux de santĂ© (dĂ©mographie mĂ©dicale, dĂ©parts en retraite, maladies chroniques), via des sources fiables.
- đ€ Proposer des solutions : covoiturage vers les spĂ©cialistes, entraide pour accompagner les personnes isolĂ©es, participation aux conseils de santĂ© locaux.
- đŹ Parler avec les soignants : partager ses inquiĂ©tudes directement avec eux permet souvent de lever des malentendus.
Ce type dâengagement est prĂ©cieux, car il Ă©vite que la colĂšre ou lâangoisse ne se transforment en blocage pur et simple. Dans dâautres domaines de la santĂ© mentale, on sait que verbaliser ses peurs limite le risque dâescalade, comme on le voit dans les approches pour gĂ©rer les crises dâangoisse Ă©voquĂ©es plus haut.
Pour les soignants : sâinstaller dans une commune attachĂ©e Ă sa protection locale
Pour un mĂ©decin, une infirmiĂšre ou un kinĂ©sithĂ©rapeute, sâinstaller dans un territoire oĂč lâopposition est palpable peut ĂȘtre intimidant. Quelques repĂšres peuvent aider :
- đ Se prĂ©senter rapidement : lettre dans les boĂźtes aux lettres, rencontres avec les associations, prĂ©sence aux Ă©vĂ©nements locaux.
- đ©ș Expliquer sa pratique : horaires, spĂ©cialitĂ©s, valeurs (Ă©coute, prĂ©vention, travail en Ă©quipe).
- đ§© Sâinscrire dans la continuitĂ© : valoriser le travail des soignants dĂ©jĂ en place, Ă©viter la posture de « sauveur ».
- đ Montrer ce qui va changer concrĂštement pour les habitants : dĂ©lais de rendez-vous, suivi de certains patients, nouvelles compĂ©tences disponibles.
Les soignants ne sont pas que des techniciens : ils deviennent souvent des repĂšres du quotidien. Plus leur visage, leur voix et leurs intentions sont connus, moins ils cristallisent la peur du changement.
Se rappeler que la santé est un bien commun
Au-delĂ des dĂ©bats locaux, une idĂ©e peut servir de fil rouge : la santĂ© nâappartient ni seulement aux professionnels, ni seulement aux habitants, ni seulement aux Ă©lus. Elle se construit ensemble, jour aprĂšs jour, dans un Ă©quilibre parfois fragile.
Dans cette commune de 2 500 habitants, ce qui se joue dĂ©passe largement les murs du cabinet : câest une façon de dĂ©cider comment on veut vieillir, Ă©lever ses enfants, accompagner ses proches malades. DerriĂšre les termes un peu abstraits de dĂ©sert mĂ©dical, de conflit sanitaire ou de rĂ©sistance communautaire, il y a toujours des visages, des histoires, des Ă©motions.
Ă lâĂ©chelle individuelle, une action simple peut dĂ©jĂ faire la diffĂ©rence : prendre le temps dâexpliquer Ă un voisin ĂągĂ© un nouveau systĂšme de rendez-vous, accompagner un proche anxieux Ă son premier rendez-vous avec un nouveau mĂ©decin, ou simplement rappeler que, mĂȘme si le village change, la prioritĂ© reste la mĂȘme : que chacun puisse ĂȘtre soignĂ© correctement, sans renoncer par manque de moyens, de transport ou de courage.
Cette petite phrase peut servir de repĂšre pour la suite : « Un refuge, ce nâest pas un endroit qui ferme sa porte, câest un lieu qui protĂšge⊠en laissant une place Ă ceux qui en ont besoin. »
Pourquoi une commune peut-elle refuser lâinstallation de nouveaux soignants ?
Dans certaines communes rurales, une partie des habitants craint que lâarrivĂ©e de nouveaux soignants ne modifie profondĂ©ment lâĂ©quilibre local : plus de circulation, davantage de patients venant de lâextĂ©rieur, changement dâorganisation du cabinet, impression de perdre une relation privilĂ©giĂ©e avec les mĂ©decins dĂ©jĂ en place. Cette opposition est souvent liĂ©e Ă une forte protection locale et Ă la peur du changement, plus quâĂ un rejet de la santĂ© en elle-mĂȘme.
Ce refus met-il rĂ©ellement en danger lâaccĂšs aux soins ?
Oui, Ă moyen et long terme. MĂȘme dans une commune aujourdâhui bien dotĂ©e, les dĂ©parts Ă la retraite, lâaugmentation des maladies chroniques et le vieillissement de la population peuvent rapidement crĂ©er un dĂ©ficit. Bloquer lâinstallation de soignants revient Ă repousser un problĂšme qui risque ensuite dâexploser, avec des dĂ©lais de rendez-vous plus longs, des passages aux urgences plus frĂ©quents et une prise en charge plus inĂ©gale.
Comment les habitants peuvent-ils participer sans se sentir dépossédés ?
Les habitants peuvent sâimpliquer en participant aux rĂ©unions publiques, en posant des questions prĂ©cises, en proposant des solutions concrĂštes (entraide pour le transport, soutien aux personnes isolĂ©es) et en Ă©changeant directement avec les professionnels de santĂ©. Lâimportant est de passer de la rumeur ou de la critique informelle Ă un dialogue organisĂ©, oĂč chacun peut exprimer ses craintes et entendre celles des autres.
Quâest-ce qui peut aider un soignant Ă sâintĂ©grer dans une petite commune ?
Se prĂ©senter clairement, expliquer son parcours, rencontrer les acteurs locaux (associations, commerces, Ă©cole), ĂȘtre transparent sur sa maniĂšre de travailler et reconnaĂźtre le travail des soignants dĂ©jĂ prĂ©sents sont des clĂ©s importantes. Plus le professionnel apparaĂźt accessible, humain et inscrit dans la continuitĂ© de lâhistoire du village, plus son installation est acceptĂ©e et soutenue.
Un refuge mĂ©dical doit-il forcĂ©ment rester fermĂ© pour ĂȘtre protĂ©gĂ© ?
Non. Un refuge mĂ©dical nâa pas vocation Ă devenir une forteresse. Il peut rester protecteur tout en Ă©voluant : accueillir de nouveaux soignants, adapter lâorganisation des soins, renforcer la prĂ©vention. Lâenjeu est de garder ce qui fait la force du lieu (proximitĂ©, relation humaine, identitĂ© locale) tout en assurant que chacun, aujourdâhui et demain, puisse accĂ©der Ă des soins de qualitĂ© sans renoncer.
Source: www.ouest-france.fr

