Tu fais ton travail. Tu tiens ton poste. Tu gères les urgences, les imprévus, les manques de moyens. Et pourtant, au fond, tu sens que tu n’en peux plus. Pas “un peu fatiguée”, pas “un passage à vide”, mais quelque chose de plus profond : une saturation. Une lassitude. Parfois même une colère froide. Et la question revient en boucle, surtout la nuit ou juste avant de repartir en garde : est-ce que je vais tenir longtemps comme ça ?
Quand on est infirmière, on a tendance à minimiser. À se dire que c’est normal, que c’est le métier, que ça va passer. Mais l’épuisement n’est pas un badge d’honneur. C’est un signal. Et plus tôt tu l’écoutes, plus tu as de chances de retrouver de l’air sans te mettre en danger.
Voici 7 signaux fréquents chez les infirmières épuisées — et surtout, des premières actions concrètes pour reprendre un peu de contrôle.
1) Tu fonctionnes en pilote automatique
Tu fais les soins, tu enchaînes, tu ne fais pas d’erreur… mais tu n’es plus vraiment là. Comme si ton cerveau se mettait en “mode survie”. Ce détachement peut être une protection temporaire, mais quand il devient quotidien, c’est souvent le signe d’une surcharge mentale durable.
Première action : repère à quel moment tu bascules en pilote automatique (début de poste ? après une situation difficile ? après une remarque ?). Mettre un mot sur le déclencheur aide à reprendre un peu de marge.
2) Tu n’as plus d’empathie… ou tu culpabilises de ne plus en avoir
Ce n’est pas que tu es devenue “dure”. C’est que ton réservoir est vide. Quand on donne sans récupérer, l’empathie se transforme en mécanisme. Et c’est normal. Mais la culpabilité te ronge.
Première action : remplace la culpabilité par une question utile : de quoi aurais-je besoin pour recharger un minimum ? (repos, soutien, réduction de charge, changement temporaire de service, arrêt, accompagnement).
3) Tu rumines après les shifts (et tu n’arrives plus à déconnecter)
Tu refais la journée dans ta tête, tu repenses à ce patient, à ce manque de temps, à ce collègue, à cette situation injuste. Même quand tu es chez toi, ton cerveau est encore au travail. La rumination est un signe classique de saturation : ton système nerveux reste en alerte.
Première action : ritualise une micro “sortie de poste” (3 minutes) : respiration, douche mentale, noter 3 choses (ce qui t’a pesé / ce que tu as réussi / ce que tu laisses au service). Ce n’est pas magique, mais ça coupe un peu le fil.
4) Ton corps parle plus fort que toi
Maux de tête, tensions, douleurs, troubles digestifs, fatigue qui ne part pas, réveils nocturnes… Quand l’épuisement s’installe, le corps devient le porte-parole. Beaucoup d’infirmières “tiennent” psychologiquement jusqu’au moment où le corps dit stop.
Première action : ne négocie pas avec ces signaux. Si tu peux, fais un point médical (médecin traitant / médecine du travail). Ce n’est pas “dramatiser”, c’est prévenir.
5) Tu deviens irritable (ou hypersensible) au travail
Tu te surprends à répondre sèchement, à t’agacer pour “des détails”, à te sentir au bord des larmes. C’est souvent le signe que tu n’as plus de marge. Quand la charge est constante, la moindre goutte fait déborder.
Première action : identifie ton “seuil” : quelles situations te font basculer ? (sous-effectif, interruptions, injonctions contradictoires, manque de reconnaissance). Ensuite, vois ce que tu peux ajuster à ton échelle (dire non à une tâche, demander une priorisation claire, poser une limite).
6) Tu te dis souvent : “Je ne me vois pas faire ça encore longtemps”
Ce n’est plus juste une mauvaise semaine. C’est une projection qui s’effondre. Et quand cette pensée revient régulièrement, elle mérite d’être écoutée. Pas forcément comme un ordre de quitter, mais comme un indicateur : ton cadre actuel n’est plus tenable.
Première action : distingue “je ne veux plus ce poste” de “je ne veux plus être infirmière”. Ce n’est pas la même décision, ni les mêmes solutions.
7) Tu te sens seule (même entourée)
Tu es dans une équipe, mais tu as l’impression que personne ne comprend vraiment ce que tu portes. Ou tu n’oses pas dire à quel point tu es à bout, par peur d’être jugée, d’être vue comme fragile, ou de “laisser tomber”.
Première action : choisis une personne sûre (collègue, amie, cadre bienveillant, psy) et dis une phrase simple, vraie : “Là, je n’en peux plus.” Mettre des mots, même peu, réduit l’isolement.
OK, mais concrètement : quoi faire quand tu n’en peux plus ?
Les signaux sont utiles, mais tu as surtout besoin d’un plan d’action simple. Pas un truc parfait, pas une injonction de plus. Juste des étapes réalistes.
1. Stopper l’hémorragie si tu es en danger
Si tu es au bord du craquage, si tu as des idées noires, si tu sens que tu vas t’effondrer : il faut prioriser ta sécurité. Médecin, arrêt, soutien psychologique, proches. Tu n’as pas à “tenir encore”.
2. Réduire la charge, même un peu
Parfois, un ajustement minime change beaucoup : réorganiser ton planning, demander une rotation, éviter un service trop lourd pendant un temps, poser une limite claire. Ce n’est pas toujours possible, mais ça se tente.
3. Faire le point sur les causes réelles
Est-ce l’ambiance ? le management ? le manque de moyens ? le rythme ? la charge émotionnelle ? Une fois que c’est clair, tu arrêtes de te dire “c’est moi le problème”.
4. Explorer des solutions sans te précipiter
Changer de service, évoluer, se former, aménager, ou envisager une autre direction… L’important est de reprendre la main, progressivement.
Si tu veux une ressource complète et structurée, qui parle vraiment des conditions de travail et de ce ressenti de ras-le-bol, tu peux lire ceci : que faire quand tu n’en peux plus.
Ce qu’il faut éviter (même si c’est tentant)
- Tout plaquer sur un coup de tête quand tu es en pic d’épuisement (tu risques de regretter ou de te mettre en difficulté financière).
- Te persuader que tu dois “encore tenir” jusqu’à l’effondrement.
- Comparer ton endurance à celle des autres : chacun a ses limites, son histoire, ses contraintes.
- Attendre que quelqu’un te “donne la permission”. Ta santé est un argument suffisant.
Être infirmière, c’est porter beaucoup. Et parfois, trop. La perte de sens, la fatigue mentale, l’irritabilité ou la déconnexion ne sont pas des défauts : ce sont des signaux. Les écouter tôt, c’est te protéger.
Tu n’as pas à choisir tout de suite “rester ou partir”. Commence par une chose : reprendre un peu d’air et clarifier ce qui t’épuise réellement. Ensuite, seulement ensuite, tu pourras décider de la suite — avec plus de lucidité, et moins de douleur.

