Alors même que la planète produit assez de nourriture pour tous, la faim de masse progresse silencieusement dans plusieurs régions du monde. Derrière ce paradoxe se cache un outil peu connu du grand public : les critères universels de famine, censés déclencher l’alerte internationale, mais qui laissent parfois des millions de personnes basculer dans la détresse sans reconnaissance officielle. Entre seuils de mortalité, indicateurs techniques et enjeux politiques, de nombreuses crises alimentaires restent ainsi invisibles ou minimisées, surtout dans les contextes urbains ou les pays à revenu intermédiaire.
Comprendre ces mécanismes n’est pas un luxe réservé aux experts. Cela permet de mieux décoder l’actualité, de soutenir à bon escient les ONG et de ne pas se laisser bercer par l’illusion que « si l’ONU n’a pas déclaré la famine, c’est que la situation est encore sous contrôle ». Dans les faits, des enfants meurent, des adultes s’épuisent, des familles vendent leurs biens vitaux pour acheter quelques rations, sans que le mot « famine » ne soit officiellement prononcé. C’est tout l’enjeu de ce voile statistique qui recouvre des réalités humaines d’une violence extrême.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : |
|---|
| ✅ Les seuils officiels de famine reposent surtout sur la mortalité globale et peuvent arriver trop tard ⏱️. |
| ✅ De nombreuses crises alimentaires sévères ne sont jamais déclarées comme famines, surtout en ville ou dans les pays à revenu intermédiaire 🏙️. |
| ✅ Suivre des signes précoces (perte de poids à la naissance, hausse de la mortalité infantile, déplacements forcés) permet d’agir avant le drame 🚨. |
| ✅ Le public, les soignants et les aidants peuvent relayer, soutenir et questionner les chiffres officiels pour briser ce voile statistique 🗣️. |
Comprendre les critères universels de famine et leurs limites actuelles
Dans les grandes institutions humanitaires, la famine n’est pas seulement un mot fort ou une impression de catastrophe. C’est un terme technique, encadré par des seuils chiffrés. L’outil le plus utilisé aujourd’hui est la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC), qui découpe la situation d’un territoire en cinq niveaux : sécurité alimentaire, stress, crise, urgence et, au stade ultime, famine. Cette graduation sert de langage commun aux agences de l’ONU, aux ONG et aux gouvernements.
Pour qu’une zone soit officiellement classée en Phase 5 – famine, plusieurs critères doivent être atteints simultanément : taux très élevés de malnutrition aiguë, pénurie extrême de nourriture et surtout un seuil précis de mortalité, souvent résumé par « deux décès pour 10 000 personnes par jour ». Sur le papier, ce chiffre vise à garantir que l’on ne parle de famine que pour les situations les plus extrêmes, afin de prioriser les moyens et d’éviter les déclarations abusives.
Mais cette apparente rigueur scientifique a un revers. Ces seuils de mortalité ont été élaborés à partir d’expériences observées principalement dans des contextes ruraux africains, avec des structures familiales, des systèmes de santé et des conditions de vie spécifiques. Quand ces mêmes critères sont appliqués à une grande ville d’un pays à revenu intermédiaire, où la mortalité de base est plus faible et les systèmes de statistiques différents, la grille de lecture devient moins adaptée.
Les épidémiologistes qui travaillent sur la question, notamment des équipes universitaires internationales, soulignent une autre limite majeure : l’IPC repose sur des taux de mortalité absolus, sans toujours prendre en compte les augmentations relatives dans certains groupes d’âge. Si la mortalité infantile double ou quadruple en quelques mois, mais reste en dessous du seuil global fixé, la situation peut ne jamais être classée en famine, alors même que le choc sur les plus vulnérables est dramatique.
À cela s’ajoute le caractère retardé de la mortalité comme indicateur. Quand les seuils chiffrés sont finalement atteints, cela signifie que de nombreux décès, souvent évitables, ont déjà eu lieu. Le temps de collecter les données, de les vérifier, de les débattre au niveau institutionnel, des semaines ou des mois se sont écoulés. Les familles, elles, n’ont pas ce délai.
Autre point sensible : la politisation de la classification. L’accès aux données de mortalité est parfois contrôlé par les autorités locales, qui peuvent avoir intérêt à minimiser la gravité de la situation pour des raisons d’image, de stabilité politique ou de négociations internationales. Dans ces conditions, les critères universels, pourtant pensés pour être neutres, deviennent une forme de masque statistique qui atténue la perception réelle de la crise.
Comprendre ces limites ne revient pas à rejeter l’IPC ou les indicateurs globaux, mais à reconnaître qu’ils ont été conçus pour un type de contexte et qu’ils ne captent pas toujours les nouvelles formes de crises : urbanisation rapide, conflits prolongés, chocs climatiques répétés, inflation alimentaire brutale. Dans ce paysage transformé, les critères universels de famine ressemblent parfois à un filet trop large, laissant filer de nombreux drames humains entre ses mailles.

Comment les seuils de famine masquent des crises bien réelles
Pour visualiser concrètement ce que ces seuils peuvent masquer, il est utile de revenir sur un épisode historique souvent cité par les chercheurs : l’hiver de la faim aux Pays-Bas en 1944-1945. Dans un pays européen alors relativement développé, un blocage de ravitaillement, combiné à un hiver rigoureux et à la guerre, a plongé certaines grandes villes dans une pénurie alimentaire brutale.
Les travaux d’épidémiologistes qui ont étudié en détail cette période montrent des signaux précoces extrêmement nets : baisse du poids moyen à la naissance, diminution du nombre de grossesses menées à terme, puis hausse spectaculaire de la mortalité des nourrissons et des jeunes enfants. Dans certaines grandes villes, en mars 1945, la mortalité infantile aurait été multipliée par quatre par rapport à la période d’avant-guerre, tandis que la mortalité des enfants de un à quatre ans aurait été multipliée par sept.
Pourtant, même avec de telles augmentations, si l’on applique les critères actuels de l’IPC centrés sur la mortalité globale des moins de cinq ans, ces chiffres n’auraient pas franchi les fameux seuils de famine. Autrement dit, une crise alimentaire grave, aux conséquences durables sur la santé et le développement des enfants exposés, serait passée sous le radar d’une classification moderne. Ce décalage illustre brutalement la question centrale : que considère-t-on comme acceptable avant d’oser prononcer le mot « famine » ?
Ce phénomène ne concerne pas seulement des épisodes anciens. Aujourd’hui, dans certaines métropoles de pays en crise économique ou en conflit, la hausse de la mortalité ou de la malnutrition se concentre sur des quartiers précis, des populations déplacées, des groupes particulièrement fragiles (femmes enceintes, personnes âgées, enfants handicapés). À l’échelle globale d’une région administrative, les moyennes peuvent rester en dessous du seuil de déclaration, alors que, pour ces groupes, la situation est déjà catastrophique.
Une autre forme d’invisibilité tient au fait que la famine ne se traduit pas immédiatement par des décès massifs, mais par une cascade de renoncements : sauter des repas, diluer la nourriture des enfants, vendre les derniers biens (bétail, outils de travail, bijoux de famille), retirer les enfants de l’école, retarder des soins pourtant urgents. Aucun de ces sacrifices n’apparaît dans les seuils universels, alors qu’ils marquent une dégradation profonde de la santé et du futur des familles.
Pour mieux saisir cette logique, on peut comparer plusieurs niveaux de gravité dans un tableau synthétique :
| Phase IPC 📊 | Situation vécue par les familles 👨‍👩‍👧‍👦 | Risques concrets pour la santé ❤️ |
|---|---|---|
| Phase 3 – Crise | Réduction de la qualité et de la quantité des repas, vente d’actifs non vitaux | Fatigue, carences, perte de poids progressive, chute de l’immunité |
| Phase 4 – Urgence | Saute de repas quotidiennement, vente d’actifs essentiels, dettes alimentaires | Malnutrition aiguë, aggravation des maladies chroniques, hospitalisations fréquentes |
| Phase 5 – Famine | Aucune marge : absence prolongée de nourriture suffisante, effondrement des moyens de survie | Hausse rapide de la mortalité, séquelles irréversibles chez les survivants |
Ce cadre montre que, bien avant la phase officiellement reconnue comme famine, la santé est déjà sérieusement endommagée. Attendre que les indicateurs franchissent le seuil revient, dans les faits, à tolérer une part importante de souffrances et de décès évitables. C’est cette zone grise, entre urgence et famine, qui mérite aujourd’hui toute l’attention, car elle concentre une grande partie des crises alimentaires actuelles.
Dans certains pays, des observateurs de terrain alertent sur la fermeture de centres de santé ou de nutrition alors même que les besoins explosent. Des témoignages relayés, par exemple, dans des analyses portant sur la fermeture de centres de santé en Somalie montrent comment des facteurs financiers et politiques peuvent se conjuguer pour laisser des communautés entières sans soutien, alors que les indicateurs officiels tardent à reconnaître l’ampleur de la crise.
La question n’est donc pas seulement de savoir s’il y a famine ou non, mais de reconnaître que le vécu des populations en phase 3 ou 4 est déjà un signal d’alarme maximal. C’est souvent dans ces phases intermédiaires que l’on peut encore prévenir le pire, à condition de ne pas attendre que les chiffres « autorisent » enfin le mot famine.
Exemples de crises alimentaires invisibilisées par les chiffres
Pour rendre ces enjeux plus concrets, beaucoup de chercheurs et de soignants s’appuient sur des histoires vécues. Imaginons par exemple Amina, mère de trois enfants vivant en périphérie d’une grande capitale d’un pays en conflit. Réfugiée depuis deux ans dans un quartier informel, elle dépend de petits boulots précaires et d’une aide alimentaire sporadique. Sur le papier, sa région est classée en « crise » mais pas en famine.
Dans la réalité, Amina a progressivement vendu tout ce qui pouvait l’être. Les bijoux hérités de sa mère, puis le téléphone qu’elle utilisait pour trouver du travail, puis le réchaud à gaz. Ses enfants mangent une fois par jour, une bouillie diluée. Le plus jeune a perdu du poids, il tombe malade à répétition. Le centre nutritionnel où elle se rendait a fermé faute de financement. Pourtant, tant que le nombre total de décès de la zone ne dépasse pas un certain seuil, la situation restera classée sous la barre officielle de la famine.
Ce type de situation se répète dans de nombreux pays, où les chocs économiques – inflation, dévaluation, hausse des prix des denrées de base – se combinent à des conflits et à des événements climatiques extrêmes. Les rapports mondiaux sur les crises alimentaires récentes insistent sur ces quatre moteurs principaux : guerre, inégalités, dérèglement climatique et chocs économiques. Pourtant, le langage public reste souvent centré sur la question : « La famine est-elle déclarée ? » comme si ce simple mot suffisait à résumer tout le spectre de la souffrance alimentaire.
Dans les villes, la situation est encore plus difficile à saisir. Les familles n’ont pas de terres à cultiver, pas de bétail à vendre, très peu de réserves. Une coupure de revenus ou une hausse brutale des prix se traduit en quelques semaines par des manques alimentaires sévères. Les systèmes de collecte de données, pensés pour les milieux ruraux, peinent à capter cette dégradation ultra-rapide.
Pour mieux comprendre comment ces crises urbaines se manifestent, il est utile de regarder certains reportages et analyses vidéo :
Ces ressources audiovisuelles montrent des réalités que les tableaux statistiques peinent à rendre : files d’attente interminables devant les distributions alimentaires, enfants trop fatigués pour jouer, personnes âgées renonçant à leurs médicaments pour acheter du riz.
Dans ce contexte, les indicateurs classiques centrés sur la malnutrition aiguë des moins de cinq ans ne suffisent plus. Les adultes, les adolescents, les personnes atteintes de maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, BPCO…) subissent de plein fouet la réduction de la ration alimentaire. Les équipes de soins de proximité, qu’elles soient locales ou issues d’ONG, rapportent des aggravations brutales de ces pathologies lorsque les familles commencent à fractionner ou sauter les médicaments faute de pouvoir manger correctement à côté.
Face à ces angles morts, certains acteurs de terrain développent leurs propres outils de lecture. Ils croisent par exemple :
- 📌 Les ruptures de stock dans les pharmacies et les centres de santé.
- 📌 La fréquence des consultations pour fatigue extrême, vertiges, hypoglycémie.
- 📌 Les témoignages récurrents de familles sur les repas sautés et la vente de biens essentiels.
- 📌 Les signes visibles de perte de poids chez les adultes, particulièrement chez les travailleurs manuels.
- 📌 La déscolarisation soudaine des enfants pour contribuer à la survie du foyer.
Ces signaux, même s’ils ne rentrent pas parfaitement dans un tableau d’IPC, donnent une vision bien plus fine de la gravité réelle. Ils soulignent aussi le rôle crucial des soignants de première ligne, des travailleurs sociaux, des associations locales et des relais communautaires, souvent les premiers à voir la crise monter, bien avant les chiffres officiels.
Dans ce paysage, chacun peut contribuer, à son niveau, à faire circuler une information plus juste : en partageant des analyses sourcées, en soutenant des plateformes d’information en santé ancrées dans le terrain, ou en relayant des témoignages de professionnels qui travaillent au plus près de ces réalités, qu’ils soient en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe.
Vers des indicateurs de famine plus humains et plus adaptés aux réalités actuelles
Face à ces limites, plusieurs équipes de recherche appellent à un réexamen en profondeur des seuils de famine. L’enjeu n’est pas seulement technique, il est éthique : comment mieux protéger les populations sans attendre une hécatombe ? Des travaux récents plaident pour une approche plus contextuelle, capable de s’adapter à la diversité des situations, plutôt que de s’en remettre à un unique seuil universel de mortalité.
Une première piste consiste à mieux intégrer les indicateurs précoces de stress nutritionnel. Parmi eux :
- 🌱 La baisse du poids de naissance des nourrissons, qui témoigne d’une mauvaise alimentation maternelle.
- 🌱 La chute du nombre de naissances, signe que les couples repoussent ou renoncent à des grossesses par manque de sécurité alimentaire.
- 🌱 L’augmentation rapide de la mortalité dans certains groupes d’âge (nourrissons, jeunes enfants, personnes âgées), même si les chiffres absolus restent en dessous des seuils fixes.
- 🌱 La multiplication des stratégies de survie extrêmes : mendicité, prostitution de survie, travail des enfants.
Ces indicateurs ont un avantage clé : ils apparaissent avant l’explosion de la mortalité globale. Ils peuvent donc déclencher plus tôt des interventions ciblées, en particulier dans les groupes les plus vulnérables. À condition, bien sûr, que les systèmes de surveillance acceptent de les prendre autant au sérieux que les taux de décès.
Une autre piste est de mieux tenir compte de la diversité des contextes. Les critères conçus pour des zones rurales très pauvres ne peuvent pas être appliqués tels quels à des grandes villes, à des camps de réfugiés densément peuplés ou à des régions à revenu intermédiaire avec des systèmes de santé relativement structurés. Des grilles adaptées à ces différents types de contextes urbains, périurbains ou ruraux pourraient éviter de sous-estimer certains foyers de crise.
Certains proposent aussi de renforcer la place des données qualitatives – récits des familles, observations de soignants, enquêtes sociales – dans l’analyse des risques. Les outils classiques ont tendance à privilégier ce qui est mesurable et chiffrable, au détriment de ce que racontent les corps et les histoires individuelles. Or ce sont souvent ces récits qui révèlent en premier la bascule dans le « plus supportable ».
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir ces approches, plusieurs conférences et synthèses sont accessibles en ligne :
Ces ressources montrent comment des démographes, des nutritionnistes, des humanitaires et des économistes travaillent ensemble pour construire des systèmes d’alerte plus sensibles, capables de détecter les tensions avant qu’elles ne se transforment en catastrophe majeure.
Enfin, une vigilance particulière doit être accordée à la transparence des données. Rendre publics les chiffres de mortalité, de malnutrition, de prix alimentaires, croisés avec les retours de terrain, permet d’éviter que des gouvernements ou des acteurs armés bloquent ou maquillent l’information. Sans données fiables, même les meilleurs indicateurs resteront aveugles.
Mettre l’humain au centre de ces révisions, c’est accepter que la famine ne commence pas le jour où un seuil chiffré est franchi, mais bien plus tôt, quand des milliers de familles basculent dans l’impossible choix entre se nourrir, se soigner et protéger l’avenir de leurs enfants.
Comment chacun peut agir face à ce « voile statistique » sur les famines
Face à ces mécanismes complexes, il serait facile de se sentir impuissant. Pourtant, même loin des zones de conflit ou de sécheresse, chacun peut contribuer à lever le voile sur les famines masquées. La première étape consiste à mieux décoder le langage utilisé dans les médias et les rapports officiels : quand il est question de « crise alimentaire aiguë », « urgence nutritionnelle » ou « phase 4 IPC », il ne s’agit pas de formules abstraites, mais de vies déjà profondément abîmées.
Pour les particuliers comme pour les professionnels de santé, quelques réflexes peuvent faire la différence :
- 🧠Ne pas attendre le mot « famine » pour se sentir concerné ou pour agir.
- 📚 S’informer via des sources solides et de terrain, qui croisent les chiffres avec des témoignages humains.
- 🤝 Soutenir des ONG et structures locales qui interviennent dès les premières phases de crise, pas seulement en dernier recours.
- 🗣️ Relayer des informations claires et sourcées sur les réseaux sociaux, dans son entourage, au travail.
- 💬 Oser questionner les discours rassurants qui se contentent de dire « la famine n’est pas déclarée » comme si cela suffisait à clore le débat.
Les soignants, aidants et travailleurs sociaux ont un rôle spécifique. Leur contact direct avec les corps, les visages, les fatigues, les angoisses leur donne une sensibilité particulière aux signaux faibles de malnutrition, y compris dans des contextes plus proches, comme des quartiers précaires en Europe ou en Méditerranée. Dans ces territoires aussi, des formes de faim discrète existent : frigos vides en fin de mois, renoncement aux repas équilibrés, arbitrages permanents entre loyer, énergie et alimentation.
Des plateformes d’information en santé ancrées localement peuvent servir de relais précieux pour ces réalités, en donnant la parole aux professionnels de terrain, en expliquant simplement les enjeux, en proposant des repères concrets. À travers des dossiers, des témoignages et des analyses, elles permettent de faire le lien entre les grandes crises internationales et les difficultés quotidiennes rencontrées par les patients, les familles, les aidants.
En parallèle, chacun peut soutenir des projets qui renforcent la résilience alimentaire : jardins partagés, circuits courts, actions de sensibilisation à la nutrition, dispositifs d’aide pour les étudiants ou les familles modestes. Ces initiatives ne remplacent pas les politiques internationales, mais elles participent à un même mouvement : considérer l’alimentation comme un pilier de la santé globale, pas comme une variable d’ajustement.
Au fond, la question des critères universels de famine renvoie à un choix collectif : accepter ou non que des vies basculent dans le silence statistique. Garder en tête ce fil rouge – ne pas se fier seulement aux chiffres, écouter aussi les réalités du terrain – peut guider des gestes simples du quotidien : s’informer, soutenir, relayer, questionner. Comme un rappel discret, mais essentiel : dès que la nourriture manque, c’est déjà la santé qui vacille.
Pourquoi la famine n’est-elle pas toujours déclarée même quand la situation semble catastrophique ?
Les institutions internationales utilisent des seuils chiffrés très précis, principalement basés sur la mortalité et la malnutrition aiguë. Tant que ces seuils ne sont pas franchis, même si les familles sautent des repas, vendent leurs biens essentiels et voient leurs enfants dépérir, la famine n’est pas officiellement reconnue. Ces critères ont été pensés pour des contextes spécifiques et peuvent sous-estimer la gravité de certaines crises, notamment en ville ou dans les pays à revenu intermédiaire.
Que signifie concrètement la phase 3 ou 4 de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) ?
La phase 3, dite « crise », correspond à des ménages qui doivent réduire fortement la qualité et la quantité de leurs repas, vendre des biens non vitaux et renoncer à certaines dépenses essentielles. La phase 4, « urgence », marque une situation encore plus critique, avec des sauts de repas quotidiens, la vente d’actifs indispensables (outils, bétail) et une malnutrition aiguë très élevée. Dans ces deux phases, la santé est déjà gravement menacée, même si le mot famine n’est pas encore utilisé.
Les enfants sont-ils les seuls concernés par les indicateurs de famine ?
Les indicateurs officiels se concentrent beaucoup sur les enfants de moins de cinq ans, car ils sont très vulnérables à la malnutrition aiguë. Mais la faim de masse touche aussi les adolescents, les adultes, les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques. Chez eux, la diminution des rations peut provoquer des décompensations graves (diabète, pathologies cardiaques, infections) qui ne sont pas toujours prises en compte dans les seuils classiques de famine.
Comment repérer les signes précoces d’une crise alimentaire qui s’aggrave ?
Avant l’augmentation visible de la mortalité, plusieurs signaux peuvent alerter : baisse du poids de naissance, hausse des hospitalisations pour malnutrition, ruptures de stock alimentaires, familles qui sautent régulièrement des repas, fermeture de centres de santé ou de nutrition faute de moyens, retrait des enfants de l’école pour travailler. Ces signes montrent que la situation est déjà très préoccupante, même si les critères officiels de famine ne sont pas atteints.
Que peut faire un citoyen pour aider face aux famines « invisibles » ?
Il est possible d’agir à différents niveaux : s’informer via des sources fiables, soutenir financièrement ou bénévolement des ONG qui interviennent dès les premières phases de crise, relayer des informations sourcées quand les médias restent vagues, participer à des initiatives locales de solidarité alimentaire et rester attentif aux discours qui se contentent de dire « la famine n’est pas déclarée ». Refuser l’indifférence face à ces signaux, c’est déjà une forme d’action.

