Au cĆur des Appalaches comme dans bien dâautres territoires ruraux, des Ă©quipes de soins primaires avaient commencĂ© Ă y croire : un financement stable, pensĂ© sur dix ans, pour renforcer la prĂ©vention, la coordination et lâaccĂšs aux spĂ©cialistes. Puis un simple e-mail est tombĂ©, annonçant la fin brutale de Making Care Primary, le programme expĂ©rimental de CMS censĂ© transformer la mĂ©decine de famille. Dans les salles dâattente, rien ne semble changer : des patients, des histoires, des urgences discrĂštes. En coulisses, pourtant, câest une onde de choc qui traverse les cliniques.
Ce qui se joue dĂ©passe largement une ligne budgĂ©taire fĂ©dĂ©rale. DerriĂšre cette dĂ©cision, il y a des projets de recrutement annulĂ©s, des partenariats avec les spĂ©cialistes remis en question, des transports de patients qui ne verront jamais le jour. Il y a aussi de la lassitude et de la colĂšre chez des mĂ©decins qui sâĂ©taient engagĂ©s dans ce modĂšle en espĂ©rant enfin un systĂšme qui rĂ©compense la qualitĂ© et la prĂ©vention plutĂŽt que le volume dâactes. Quand un programme annoncĂ© pour dix ans sâarrĂȘte au bout dâun an, câest toute la confiance dans la parole publique qui vacille, et avec elle la capacitĂ© des Ă©quipes de terrain Ă se projeter dans des soins vraiment continus, humains et accessibles.
| Peu de temps ? VoilĂ ce quâil faut retenir : |
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| â La fin soudaine de Making Care Primary a laissĂ© des centaines de cliniques sans les financements promis, fragilisant lâaccĂšs aux soins primaires, surtout en zones rurales đ„ |
| â Le nouveau programme LEAD oriente les fonds vers de grandes organisations de soins plutĂŽt que directement vers les cabinets de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, ce qui inquiĂšte de nombreux praticiens đ€ |
| â Cette instabilitĂ© des modĂšles de paiement accentue la pĂ©nurie de mĂ©decins de famille et complique la prise en charge coordonnĂ©e des patients les plus fragiles â ïž |
| â Patients comme soignants peuvent agir : poser des questions, documenter les difficultĂ©s dâaccĂšs, et sâappuyer sur les structures locales et rĂ©gionales pour faire remonter les problĂšmes đŁ |
ColĂšre des cliniques aprĂšs lâarrĂȘt brutal de Making Care Primary : ce qui sâest vraiment passĂ©
Dans une clinique des Appalaches, par une matinĂ©e Ă©tonnamment douce, la salle dâattente se remplit doucement : un couple ĂągĂ© en pyjama de flanelle, un tout-petit qui fait coucou au mĂ©decin de famille, quelques travailleurs venus avant leur journĂ©e. Lâambiance est familiĂšre, presque rassurante. Pourtant, dans la salle de rĂ©union Ă lâarriĂšre, les visages sont fermĂ©s. Les Ă©quipes viennent de dĂ©couvrir que le programme Making Care Primary, prĂ©vu pour durer dix ans, sera abandonnĂ© au bout dâun an seulement.
Pour des structures comme le Mountain Community Health Partnership, qui regroupe plusieurs sites de soins primaires, la promesse Ă©tait Ă©norme : jusquâĂ 10 millions de dollars sur une dĂ©cennie pour recruter du personnel, renforcer les liens avec les spĂ©cialistes locaux, financer des navettes pour amener les patients Ă leurs rendez-vous ou encore soutenir les patients dans leur vie quotidienne (alimentation, logement, factures dâĂ©nergie). Ce nâĂ©tait pas un luxe, mais une condition pour maintenir des soins de base dans des territoires sous-dotĂ©s en mĂ©decins.
Lâannonce est tombĂ©e dans le contexte de coupes budgĂ©taires fĂ©dĂ©rales et de la fin de plusieurs mesures exceptionnelles prises pendant la pandĂ©mie. CMS a expliquĂ© que le modĂšle nâĂ©tait pas sur la bonne trajectoire en matiĂšre dâĂ©conomies et quâil fallait recentrer les ressources. Lâargument Ă©conomique est clair : selon lâagence, la suppression de ce programme et de trois autres devait permettre dâĂ©conomiser environ 750 millions de dollars đž pour les contribuables sur dix ans. Pour les cliniques de terrain, ces chiffres abstraits se traduisent en heures de consultation en moins, en postes non créés, en transports de patients jamais financĂ©s.
Les mĂ©decins qui avaient pris le risque dâentrer dans ce modĂšle se sont sentis trahis. Beaucoup avaient rĂ©organisĂ© leur maniĂšre de travailler, recrutĂ© des coordinateurs, commencĂ© Ă tisser un maillage local avec les hĂŽpitaux et les services sociaux. LâidĂ©e Ă©tait de se concentrer moins sur la facturation acte par acte et davantage sur la santĂ© globale des patients, avec des primes pour ceux qui parvenaient Ă Ă©viter les hospitalisations Ă©vitables ou les passages rĂ©pĂ©tĂ©s aux urgences.
Cette promesse de stabilitĂ© Ă long terme est prĂ©cisĂ©ment ce qui avait convaincu des structures rurales ou communautaires de rejoindre le programme, malgrĂ© le temps passĂ© Ă remplir des dossiers, Ă suivre des indicateurs complexes, Ă se plier aux exigences de reporting. Voir ce dispositif coupĂ© court par un simple e-mail a accentuĂ© un sentiment dĂ©jĂ prĂ©sent : celui dâun systĂšme de santĂ© pilotĂ© de loin, oĂč les soignants ont lâimpression que les dĂ©cisions administratives tombent sans rĂ©elle Ă©coute du terrain.
Dans ce climat, la colĂšre exprimĂ©e par les cliniques ne relĂšve pas seulement de la frustration financiĂšre. Elle touche au cĆur du mĂ©tier : comment construire des soins continus, dignes, humains, quand les outils censĂ©s aider Ă les organiser disparaissent aussi vite quâils ont Ă©tĂ© lancĂ©s ? Cette question va irriguer toutes les rĂ©actions au lancement du programme suivant, LEAD, et façonner la relation entre CMS et les cliniques pour les annĂ©es Ă venir.

Crise des soins primaires et abandon du programme CMS : ce que vivent les équipes au quotidien
La dĂ©cision de CMS ne tombe pas dans un paysage neutre. Les Ătats-Unis font face Ă une vĂ©ritable crise des soins primaires : des dizaines de millions de personnes vivent dans des zones sans mĂ©decin de famille disponible Ă proximitĂ©. Dans certaines rĂ©gions, prendre un rendez-vous avec un gĂ©nĂ©raliste peut demander des semaines, parfois des mois, surtout pour les patients sans assurance ou avec une couverture prĂ©caire.
Dans lâouest de la Caroline du Nord, par exemple, une mĂ©decin de famille suit une patiente non assurĂ©e prĂ©sentant une anĂ©mie sĂ©vĂšre et possiblement des saignements digestifs. Cette patiente attend une coloscopie depuis six mois. La praticienne multiplie les appels, cherche des structures capables de proposer des soins gratuits ou Ă tarifs rĂ©duits, tente de trouver une solution avant que lâĂ©tat de la patiente ne se dĂ©grade. Sans une bonne coordination avec les spĂ©cialistes, chaque jour qui passe augmente le risque de complications graves.
Le programme Making Care Primary avait été imaginé précisément pour soulager ces situations. Il proposait un financement flexible pour :
- đ Organiser le transport des patients vers les spĂ©cialistes ou lâhĂŽpital quand ils nâont pas de vĂ©hicule ou de solution de mobilitĂ©.
- đ„Š Distribuer des bons alimentaires ou soutenir lâaccĂšs Ă une alimentation de qualitĂ© pour des patients chroniques.
- đ Aider Ă des frais de dĂ©mĂ©nagement ou Ă Ă©viter des coupures dâĂ©lectricitĂ© qui aggravent la prĂ©caritĂ© sanitaire.
- đ AmĂ©liorer les systĂšmes de communication entre cabinets, hĂŽpitaux, spĂ©cialistes, services sociaux.
Ces aides peuvent sembler Ă©loignĂ©es de la consultation « classique », mais sur le terrain elles font la diffĂ©rence entre un patient qui suit son traitement, qui vient Ă ses contrĂŽles, et un autre qui ne revient plus jusquâĂ la prochaine urgence. Pour les Ă©quipes, disposer de marges de manĆuvre financiĂšres pour agir sur ces dĂ©terminants sociaux de la santĂ© changeait profondĂ©ment la relation avec les patients.
La pĂ©nurie de soignants complique encore la donne. Dans beaucoup de cliniques rurales, le manque de personnel oblige les mĂ©decins Ă jongler entre consultations, tĂąches administratives, coordination de soins, rappels tĂ©lĂ©phoniques, suivi des rĂ©sultats dâexamens. Lâune des promesses de Making Care Primary Ă©tait justement de rĂ©duire cette surcharge en finançant des coordinateurs de parcours, des infirmiĂšres dĂ©diĂ©es Ă la prĂ©vention, des assistants pour la gestion administrative.
Or, la brutalitĂ© de lâarrĂȘt du programme a poignardĂ© dans le dos cette dynamique naissante. Des postes prĂ©vus nâont jamais Ă©tĂ© ouverts. Des amĂ©liorations techniques (logiciels de suivi, outils de tĂ©lĂ©consultation, plateformes de partage dâinformations) sont restĂ©es au stade de projet. Certaines cliniques avaient dĂ©jĂ engagĂ© des frais, mis du temps dans la formation des Ă©quipes, et se retrouvent aujourdâhui Ă devoir « faire sans », avec des budgets en tension.
Au-delĂ des chiffres, ce sont surtout les soignants qui encaissent. Beaucoup dĂ©crivent un sentiment de fatigue morale : ils voient au quotidien la souffrance de patients coincĂ©s par le manque dâaccĂšs aux soins primaires, ils savent que des systĂšmes plus intelligents existent, mais ils se heurtent Ă des dĂ©cisions politiques et budgĂ©taires qui semblent aller Ă contre-courant. Cette dissonance entre la rĂ©alitĂ© des cabinets et les choix de CMS nourrit un dĂ©senchantement qui pĂšse sur lâattractivitĂ© du mĂ©tier.
Comprendre cette crise, câest accepter que les soins primaires ne se rĂ©sument pas Ă un rendez-vous de 15 minutes, mais Ă tout un environnement organisationnel et humain qui, sâil est fragilisĂ© par des modĂšles instables, finit par sâeffriter.
De Making Care Primary Ă LEAD : pourquoi le nouveau programme CMS inquiĂšte les cliniques
AprĂšs avoir mis fin Ă Making Care Primary, le centre dâinnovation de CMS a dĂ©voilĂ© son nouveau modĂšle phare pour les dix prochaines annĂ©es : le Long-term Enhanced ACO Design (LEAD). Sur le papier, lâobjectif reste proche : amĂ©liorer les soins primaires, favoriser la coordination, rĂ©duire les hospitalisations Ă©vitables et les passages aux urgences en misant sur la prĂ©vention. La grande diffĂ©rence tient Ă la maniĂšre dont circule lâargent.
LĂ oĂč Making Care Primary envoyait directement des fonds vers les cabinets et les centres de soins primaires, LEAD privilĂ©gie des organisations de soins de santĂ© structurĂ©es, souvent de grande taille, parfois pilotĂ©es par des groupes privĂ©s. Les cliniques indĂ©pendantes ou les petits centres ruraux ne sont plus les bĂ©nĂ©ficiaires directs. Elles doivent sâinscrire dans une structure intermĂ©diaire qui recevra les financements, fixera des objectifs et redistribuera une partie des ressources.
Cette architecture en « plusieurs étages » soulÚve de nombreuses craintes chez les médecins de terrain :
- đą Plus il y a dâintermĂ©diaires entre les fonds et le cabinet, plus le risque est grand que lâargent se perde dans la bureaucratie et les frais de structure.
- đ Les objectifs de performance peuvent ĂȘtre dĂ©cidĂ©s loin du terrain, avec des indicateurs mal adaptĂ©s aux rĂ©alitĂ©s des petites communautĂ©s rurales.
- đ§© Les cliniques risquent de perdre une partie de leur autonomie dans lâorganisation concrĂšte des soins, contraintes par des contrats complexes.
Certains responsables de centres ruraux, ayant dĂ©jĂ lâexpĂ©rience de modĂšles similaires, sâinterrogent : comment investir sereinement si chaque changement de programme implique de revoir toute la chaĂźne de financement, les modes de rĂ©munĂ©ration, les systĂšmes informatiques ? Cette instabilitĂ© permanente complique la planification, alors que la mĂ©decine de premier recours a besoin de temps long pour recruter, former, crĂ©er du lien avec les communautĂ©s.
Lâun des enjeux majeurs sera la capacitĂ© de LEAD Ă attirer suffisamment dâinscriptions. Making Care Primary, malgrĂ© ses ambitions, nâavait pas atteint le niveau de participation espĂ©rĂ©. Beaucoup de cabinets hĂ©sitaient Ă entrer dans un modĂšle expĂ©rimental trop complexe ou incertain. LâarrĂȘt anticipĂ© du programme renforce dĂ©sormais la prudence : pourquoi rejoindre une nouvelle expĂ©rimentation si la prĂ©cĂ©dente a Ă©tĂ© stoppĂ©e avant mĂȘme de produire des rĂ©sultats convaincants ?
Pour les patients, ces dĂ©bats techniques peuvent sembler lointains. Pourtant, ils conditionnent trĂšs concrĂštement la durĂ©e des consultations, la possibilitĂ© de bĂ©nĂ©ficier dâun appel de suivi aprĂšs une hospitalisation, lâaccĂšs Ă un Ă©ducateur en santĂ© ou Ă une infirmiĂšre dĂ©diĂ©e au suivi des maladies chroniques. DerriĂšre LEAD se joue la question suivante : le systĂšme va-t-il vraiment rĂ©orienter des moyens durables vers la mĂ©decine de famille, ou continuer Ă fonctionner par Ă -coups, au grĂ© des arbitrages budgĂ©taires ?
La confiance se construit dans la cohĂ©rence : si LEAD veut sâinstaller dans le temps, il devra montrer trĂšs rapidement quâil ne se contente pas de changer de sigle, mais quâil apporte un soutien lisible, tangible, aux cliniques et aux patients les plus en difficultĂ©.
Conséquences pour les patients : accÚs aux soins primaires, inégalités et parcours de santé
DerriÚre les réformes de CMS, ce sont les patients qui ressentent les effets les plus concrets. Quand une clinique renonce à recruter une infirmiÚre supplémentaire ou à acheter un véhicule pour transporter les personnes isolées, ce sont des vies déjà fragiles qui se compliquent un peu plus. Les inégalités de santé se jouent souvent dans ces détails trÚs concrets du quotidien.
Les personnes ĂągĂ©es vivant seules, les familles Ă bas revenus, les patients avec plusieurs maladies chroniques sont les premiers touchĂ©s par lâinstabilitĂ© des programmes de soins primaires. Sans financement durable pour la coordination, ils se retrouvent Ă naviguer seuls entre diffĂ©rents spĂ©cialistes, Ă porter leurs comptes-rendus mĂ©dicalement eux-mĂȘmes, Ă gĂ©rer des traitements complexes sans soutien structurĂ©. Chaque rendez-vous manquĂ©, chaque dĂ©lai supplĂ©mentaire peut prĂ©cipiter une urgence.
Lâun des paris de Making Care Primary consistait Ă rĂ©munĂ©rer les mĂ©decins pour garder leurs patients en bonne santĂ©, et pas uniquement pour traiter les complications. Cela passait par des bilans rĂ©guliers, des rappels personnalisĂ©s, des actions sur le mode de vie, un travail interdisciplinaire. En coupant court Ă ce modĂšle avant de disposer de donnĂ©es solides, CMS sâest privĂ© de la possibilitĂ© de mesurer pleinement lâimpact de cette stratĂ©gie de prĂ©vention intensive.
Dans les zones rurales, oĂč la densitĂ© mĂ©dicale est dĂ©jĂ faible, les consĂ©quences de ce manque de continuitĂ© sont amplifiĂ©es. Quand un mĂ©decin de famille quitte la rĂ©gion, trouver un remplaçant peut prendre des mois, voire des annĂ©es. Les patients se tournent alors vers les urgences, plus coĂ»teuses pour le systĂšme et souvent moins adaptĂ©es aux problĂšmes chroniques. Câest exactement ce que de nombreux cliniciens tentent dâĂ©viter : voir des patients arriver aux urgences pour des complications qui auraient pu ĂȘtre prĂ©venues en cabinet.
Quelques pistes simples peuvent nĂ©anmoins aider les patients Ă garder une forme de maĂźtrise sur leur parcours, mĂȘme dans ce contexte mouvant :
- đ Garder une copie de ses comptes-rendus importants (analyses, comptes rendus dâhospitalisation, synthĂšse mĂ©dicale) dans un dossier dĂ©diĂ©.
- đïž Noter toutes ses questions avant le rendez-vous pour optimiser le temps avec le mĂ©decin de famille.
- đšâđ©âđ§ Demander, quand câest possible, Ă un proche dâaccompagner lors de consultations clĂ©s pour mieux retenir les informations.
- đ Ne pas hĂ©siter Ă signaler Ă la clinique toute difficultĂ© dâaccĂšs (transport, perte de couverture, impossibilitĂ© de payer une consultation).
Ces gestes ne remplacent pas une politique de financement stable et cohĂ©rente, mais ils permettent aux patients dâĂȘtre plus acteurs dans un systĂšme qui reste complexe. Pour les Ă©quipes de soins primaires, chaque information claire, chaque retour sur un problĂšme dâaccĂšs est prĂ©cieux pour documenter ce qui ne fonctionne pas et peser dans les discussions avec les autoritĂ©s de santĂ©.
Les histoires individuelles â comme cette patiente qui attend une coloscopie depuis des mois â montrent Ă quel point la santĂ© ne se joue pas seulement Ă lâhĂŽpital ou dans les grandes dĂ©cisions nationales, mais aussi dans la capacitĂ© dâun territoire Ă maintenir des soins primaires accessibles, continus, chaleureux. Câest lĂ que lâimpact de lâabandon de Making Care Primary se fait le plus sentir.
Comment réagir face aux changements des programmes CMS : rÎle des cliniques, des patients et des institutions
Face Ă des dĂ©cisions nationales qui semblent parfois lointaines, la tentation est grande de se dire quâil nây a rien Ă faire. Pourtant, la maniĂšre dont cliniques, patients et institutions locales rĂ©agissent Ă ces changements peut influencer les futures politiques de soins primaires. Lâenjeu est de transformer la frustration en leviers concrets pour dĂ©fendre un accĂšs digne aux soins.
Les cliniques, dâabord, peuvent documenter de maniĂšre prĂ©cise les effets de lâarrĂȘt des programmes comme Making Care Primary. Il peut sâagir du nombre de patients qui nâont plus de solution de transport, des retards de dĂ©pistage, des renoncements aux soins pour raisons financiĂšres, ou encore du temps administratif supplĂ©mentaire liĂ© Ă la rĂ©organisation. Plus ces donnĂ©es sont claires, plus il est possible de les faire remonter aux agences rĂ©gionales, aux Ă©lus locaux, aux associations professionnelles.
Du cÎté des patients et des familles, plusieurs actions simples ont du poids :
- âïž RĂ©diger des tĂ©moignages sur les difficultĂ©s dâaccĂšs aux soins (refus de rendez-vous, dĂ©lais, problĂšmes de transport) et les transmettre aux cliniques ou aux associations.
- đŁ Interpeller les reprĂ©sentants locaux, les Ă©lus, lors de consultations publiques ou par courrier, en dĂ©crivant des situations concrĂštes plutĂŽt quâen restant sur des gĂ©nĂ©ralitĂ©s.
- đ€ Se rapprocher dâassociations de patients ou de collectifs de dĂ©fense de lâaccĂšs aux soins, qui savent comment structurer ces remontĂ©es pour peser dans le dĂ©bat.
Les institutions rĂ©gionales de santĂ© jouent elles aussi un rĂŽle crucial. Lorsque des Ă©tablissements ou des professionnels peinent Ă faire entendre leurs difficultĂ©s, ces agences peuvent servir dâintermĂ©diaires et rappeler que la qualitĂ© et la sĂ©curitĂ© des soins ne se limitent pas Ă quelques indicateurs. Elles le font dĂ©jĂ dans dâautres contextes, par exemple lorsquâun usager souhaite dĂ©poser une rĂ©clamation sur la qualitĂ© dâune prise en charge ou contester une dĂ©cision mĂ©dicale.
ConcrÚtement, face à un programme fédéral abandonné, un territoire peut :
| Action locale possible đ | Effet attendu đĄ |
|---|---|
| CrĂ©ation dâun groupe de travail entre cliniques, hĂŽpitaux, associations | Identifier les prioritĂ©s (transport, coordination, prĂ©vention) et mutualiser certaines ressources |
| Recensement systématique des patients sans médecin traitant | Mieux cadrer les besoins réels et argumenter des demandes de financements spécifiques |
| Partenariats avec des collectivitĂ©s pour le transport ou la prĂ©vention đ | Compensation partielle de la disparition de certains financements fĂ©dĂ©raux |
| Participation active aux consultations nationales sur les modÚles de paiement | Faire entendre la réalité du terrain dans la conception des prochains programmes |
Plus largement, cette sĂ©quence rappelle une Ă©vidence souvent oubliĂ©e : sans stabilitĂ© et sans Ă©coute des soignants, aucune rĂ©forme des soins primaires ne peut rĂ©ussir. Les mĂ©decins de famille, les infirmiers, les coordinateurs de parcours savent ce qui grippe les prises en charge au quotidien. Leur redonner une place centrale dans la conception des programmes, et pas seulement dans leur mise en Ćuvre, est probablement la condition pour que le prochain modĂšle tienne enfin la promesse dâun systĂšme orientĂ© vers la prĂ©vention et la proximitĂ©.
Ă lâĂ©chelle individuelle, un bon repĂšre Ă garder en tĂȘte pourrait ĂȘtre le suivant : mĂȘme quand les grands programmes changent, il reste possible de poser des questions, de demander plus de clartĂ©, dâexpliquer sa situation. Un systĂšme de santĂ© se transforme aussi parce que des patients et des soignants, un rendez-vous aprĂšs lâautre, rappellent que la prioritĂ© doit rester la mĂȘme : permettre Ă chacun dâaccĂ©der Ă un soin simple, humain et continu, sans avoir Ă franchir un parcours du combattant.
Pourquoi lâarrĂȘt de Making Care Primary a-t-il autant choquĂ© les cliniques ?
Parce que ce programme avait Ă©tĂ© annoncĂ© pour durer dix ans, avec la promesse dâun financement stable pour la mĂ©decine de famille, en particulier dans les zones rurales. Les Ă©quipes avaient commencĂ© Ă rĂ©organiser leurs pratiques, Ă prĂ©voir des recrutements et des projets de coordination. Le fait dâarrĂȘter le dispositif aprĂšs seulement un an, par un simple e-mail, a Ă©tĂ© vĂ©cu comme une rupture de confiance et une dĂ©valorisation du travail dĂ©jĂ engagĂ©.
Quâest-ce que le programme LEAD mis en place par CMS ?
LEAD (Long-term Enhanced ACO Design) est le nouveau modĂšle expĂ©rimental de CMS pour les dix prochaines annĂ©es. Il vise Ă amĂ©liorer les soins primaires et la coordination, mais oriente les financements vers de grandes organisations de soins (souvent des ACO) plutĂŽt que directement vers les cabinets ou centres de soins primaires. Les cliniques doivent sây rattacher pour bĂ©nĂ©ficier des fonds, ce qui suscite des craintes de bureaucratie accrue et de perte dâautonomie.
En quoi ces changements impactent-ils concrĂštement les patients ?
Les dĂ©cisions de CMS influencent la capacitĂ© des cliniques Ă recruter, Ă financer le transport des patients, Ă proposer des actions de prĂ©vention ou un suivi personnalisĂ©. Quand un programme comme Making Care Primary est abandonnĂ©, certains projets de coordination ou dâaide sociale sont annulĂ©s, ce qui peut allonger les dĂ©lais dâaccĂšs aux spĂ©cialistes, augmenter les renoncements aux soins et pousser plus de patients vers les urgences pour des problĂšmes qui auraient pu ĂȘtre gĂ©rĂ©s en cabinet.
Que peuvent faire les patients face Ă la dĂ©gradation de lâaccĂšs aux soins primaires ?
Les patients peuvent documenter leurs difficultĂ©s (dĂ©lais, refus de rendez-vous, problĂšmes de transport), en parler avec leur mĂ©decin de famille, transmettre des tĂ©moignages aux associations de patients ou aux autoritĂ©s rĂ©gionales, et interpeller leurs Ă©lus. Sur le plan individuel, garder ses documents mĂ©dicaux, prĂ©parer ses questions pour la consultation et signaler toute barriĂšre dâaccĂšs Ă la clinique aide aussi les soignants Ă mieux adapter la prise en charge.
Les cliniques ont-elles encore intĂ©rĂȘt Ă rejoindre des programmes expĂ©rimentaux de CMS ?
Beaucoup de cliniques restent prudentes aprĂšs la fin anticipĂ©e de Making Care Primary. Toutefois, rejoindre un modĂšle peut offrir des ressources supplĂ©mentaires pour la coordination et la prĂ©vention. La clĂ© est dâĂ©valuer le degrĂ© de stabilitĂ© du programme, la clartĂ© des rĂšgles, la place laissĂ©e aux acteurs de terrain et les marges dâautonomie pour adapter les soins aux besoins locaux. La dĂ©cision doit ĂȘtre prise en rĂ©seau, en tenant compte des capacitĂ©s rĂ©elles de la structure.

