AccÚs en péril : la diminution inquiétante des soins de santé mentale pour les adolescents vulnérables

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La santĂ© mentale des adolescents ne se rĂ©sume ni Ă  une humeur passagĂšre ni Ă  une difficultĂ© scolaire. Pour les jeunes dĂ©jĂ  exposĂ©s Ă  la prĂ©caritĂ©, aux ruptures familiales, aux violences ou aux placements, elle devient souvent un sujet urgent, mais encore trop souvent mal entendu. DerriĂšre une crise d’angoisse, une fugue, une scarification ou un repli brutal, il peut y avoir une souffrance qui demande du temps, de la stabilitĂ© et un accompagnement adaptĂ©.

Les donnĂ©es disponibles dessinent un constat prĂ©occupant : les jeunes les plus vulnĂ©rables ont des besoins plus importants, mais leur accĂšs aux dispositifs spĂ©cialisĂ©s reste insuffisant. La situation observĂ©e en Angleterre, notamment Ă  travers les travaux de l’UniversitĂ© de Cambridge sur les donnĂ©es du NHS, fait Ă©cho aux difficultĂ©s rencontrĂ©es dans de nombreux territoires français. DĂ©lais, critĂšres d’admission, manque de professionnels, passage dĂ©licat vers l’ñge adulte : chaque obstacle peut repousser une aide pourtant nĂ©cessaire. Le soin ne doit pas dĂ©pendre de la simplicitĂ© apparente d’une situation sociale.

AccÚs aux soins de santé mentale des adolescents vulnérables : un besoin qui dépasse les chiffres

L’adolescence est une pĂ©riode de transformation profonde. Le corps change, les relations Ă©voluent, l’école devient plus exigeante et la place dans le groupe prend une importance considĂ©rable. Pour beaucoup de jeunes, ces bouleversements sont traversĂ©s avec l’aide de proches, d’enseignants ou de professionnels. Pour d’autres, ils se cumulent avec des blessures plus anciennes : nĂ©gligences, violences, sĂ©parations rĂ©pĂ©tĂ©es, instabilitĂ© du logement ou placement dans le cadre de la protection de l’enfance.

Les travaux menĂ©s au Royaume-Uni rappellent l’ampleur du sujet. En Angleterre, prĂšs de 18 % des enfants et adolescents seraient concernĂ©s par un trouble psychique probable. Un tiers des difficultĂ©s de santĂ© mentale commencerait avant 14 ans. Ces repĂšres ne servent pas Ă  coller une Ă©tiquette sur chaque jeune inquiet ou triste. Ils montrent surtout que les signes doivent ĂȘtre pris au sĂ©rieux suffisamment tĂŽt, avant qu’une souffrance ne s’installe dans le quotidien.

Dans l’étude de l’UniversitĂ© de Cambridge, les enfants bĂ©nĂ©ficiant d’un plan de protection ou vivant hors de leur famille apparaissent particuliĂšrement exposĂ©s. Le pays comptait alors environ 50 000 jeunes suivis dans le cadre d’un plan de protection de l’enfance et 84 000 jeunes pris en charge. Des Ă©tudes prĂ©cĂ©dentes estimaient qu’environ la moitiĂ© d’entre eux pouvait connaĂźtre des difficultĂ©s d’intensitĂ© clinique. Pourtant, sur une annĂ©e donnĂ©e, seuls 9 Ă  18 % avaient eu un contact avec un service de santĂ© mentale.

Ce dĂ©calage interroge. Les jeunes concernĂ©s ont bien davantage de contacts avec les services spĂ©cialisĂ©s que leurs pairs, parfois deux Ă  trois fois plus. Mais cela ne signifie pas que leurs besoins sont couverts. Lorsqu’un besoin trĂšs Ă©levĂ© rencontre une rĂ©ponse seulement partielle, l’impression d’accĂšs peut masquer une forme de renoncement. Une consultation isolĂ©e, un rendez-vous d’évaluation ou une orientation sans suite ne constituent pas toujours un accompagnement rĂ©el.

Imaginons Lina, 15 ans, accueillie depuis peu chez une famille d’accueil aprĂšs plusieurs ruptures. Elle dort mal, ne va plus rĂ©guliĂšrement au collĂšge et se montre trĂšs mĂ©fiante avec les adultes. Son comportement peut ĂȘtre lu comme de l’opposition. Pourtant, il peut aussi exprimer une inquiĂ©tude constante : peur d’ĂȘtre abandonnĂ©e, difficultĂ© Ă  se sentir en sĂ©curitĂ©, Ă©puisement liĂ© aux changements successifs. Sans espace stable pour parler et ĂȘtre suivie, les manifestations visibles risquent de prendre toute la place.

Dans le quotidien des soins, la souffrance psychique ne se montre pas toujours par des mots. Elle peut se traduire par des douleurs rĂ©pĂ©tĂ©es, des retards de sommeil, une irritabilitĂ© inhabituelle, des conduites dangereuses ou une baisse des rĂ©sultats scolaires. Aucun de ces signes ne permet Ă  lui seul de poser un diagnostic. En revanche, leur accumulation mĂ©rite une attention calme. Un adolescent qui change durablement de comportement ne cherche pas forcĂ©ment Ă  provoquer : il peut tenter de faire comprendre qu’il ne va pas bien.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de jeunes consultent. Il faut aussi se demander combien trouvent une Ă©coute continue, un professionnel disponible et une rĂ©ponse adaptĂ©e Ă  leur histoire. Cette nuance est essentielle pour Ă©viter que les plus fragiles restent invisibles derriĂšre des dĂ©marches administratives ou des comportements jugĂ©s difficiles. La suite du parcours dĂ©pend alors largement de la capacitĂ© des adultes Ă  entendre les signaux avant la crise. đŸŒ±

Diminution des soins en santé mentale : pourquoi les adolescents les plus fragiles restent à la porte

Le manque d’accĂšs ne vient pas d’une seule cause. Il rĂ©sulte souvent d’un enchaĂźnement de difficultĂ©s modestes prises sĂ©parĂ©ment, mais lourdes lorsqu’elles s’additionnent. Le premier obstacle est le dĂ©lai. Obtenir un rendez-vous en pĂ©dopsychiatrie, auprĂšs d’un psychologue ou d’un centre mĂ©dico-psychologique peut demander plusieurs semaines, parfois davantage. Or, chez un adolescent en grande instabilitĂ©, attendre longtemps revient parfois Ă  perdre le moment oĂč il acceptait encore d’ĂȘtre aidĂ©.

Le deuxiĂšme frein concerne les critĂšres d’orientation. Certains jeunes sont Ă©cartĂ©s parce que leur situation semble trop complexe, trop sociale ou insuffisamment compatible avec le cadre d’un service spĂ©cialisĂ©. L’étude britannique rapporte des situations particuliĂšrement frappantes : une jeune fille de 12 ans vivant en institution, orientĂ©e aprĂšs une tentative de suicide, n’a pas obtenu le soutien intensif attendu, sa situation Ă©tant considĂ©rĂ©e comme trop complexe. Dans un autre cas, un garçon de 12 ans arrivĂ© aux urgences aprĂšs une possible surdose et une fugue a vu son accĂšs au service refusĂ©, ses difficultĂ©s Ă©tant renvoyĂ©es Ă  sa situation sociale.

Cette sĂ©paration entre le social et le sanitaire est difficile Ă  comprendre pour les familles comme pour les professionnels de terrain. Les violences subies, les changements de lieu de vie ou les conflits familiaux ne rendent pas une souffrance psychique moins rĂ©elle. Ils peuvent au contraire l’aggraver. Un Ă©ducateur peut accompagner le quotidien, une assistante sociale peut soutenir les dĂ©marches, un enseignant peut alerter : aucune de ces prĂ©sences ne remplace, Ă  elle seule, un suivi de santĂ© mentale lorsque celui-ci est nĂ©cessaire.

Quand l’histoire de vie devient un motif de refus de soins

La complexitĂ© ne devrait jamais servir de porte de sortie. Elle devrait signaler le besoin d’une coordination plus solide. Dans les situations les plus fragiles, un adolescent ne peut pas toujours raconter son histoire de maniĂšre claire, respecter chaque horaire ou maintenir une demande constante. Ce n’est pas de la mauvaise volontĂ©. C’est souvent le rĂ©sultat d’une vie oĂč la confiance envers les adultes a Ă©tĂ© abĂźmĂ©e.

Pour les proches et les professionnels, certains gestes peuvent néanmoins sécuriser la démarche :

  • 📝 noter les changements observĂ©s : sommeil, alimentation, isolement, propos inquiĂ©tants, consommation de produits ;
  • đŸ€ demander qu’un adulte rĂ©fĂ©rent accompagne le jeune lors du premier rendez-vous, si celui-ci le souhaite ;
  • 📞 relancer l’orientation lorsque la demande reste sans rĂ©ponse ou lorsqu’un Ă©tat s’aggrave ;
  • đŸ„ solliciter le mĂ©decin traitant, l’infirmier scolaire, le CMP, la maison des adolescents ou les urgences selon la gravitĂ© ;
  • 💬 expliquer au jeune ce qui va ĂȘtre fait, sans promettre que tout sera facile ou immĂ©diat.

Dans les Bouches-du-RhĂŽne comme ailleurs, la coordination entre professionnels de santĂ©, Ă©tablissements scolaires, associations et protection de l’enfance peut faire une vraie diffĂ©rence. Elle demande du temps, mais limite les ruptures. Les familles et aidants peuvent aussi mieux comprendre les enjeux grĂące Ă  des ressources qui abordent les politiques de santĂ© mentale et l’organisation des parcours.

Un problĂšme liĂ© Ă  un contexte social reste un problĂšme de santĂ© lorsqu’il altĂšre le sommeil, la sĂ©curitĂ©, les relations ou la capacitĂ© d’un jeune Ă  vivre son quotidien. ReconnaĂźtre cela permet de sortir d’une opposition stĂ©rile entre accompagnement social et soin psychique. đŸ§©

Adolescents en souffrance psychique : repérer les signaux sans dramatiser

RepĂ©rer ne signifie pas surveiller chaque Ă©motion. L’adolescence comporte naturellement des moments de colĂšre, de fatigue, de besoin d’isolement ou de doute. Le point d’attention apparaĂźt lorsque le changement dure, s’intensifie ou empĂȘche le jeune de faire ce qui lui Ă©tait habituel : dormir, aller en cours, voir ses amis, manger, pratiquer une activitĂ© ou se projeter dans les jours Ă  venir.

Les donnĂ©es analysĂ©es par l’équipe de Cambridge montrent que les motifs de recours les plus souvent enregistrĂ©s Ă©taient l’anxiĂ©tĂ©, reprĂ©sentant 13 % des orientations, les situations de crise Ă  10 %, puis la dĂ©pression Ă  7 %. Les difficultĂ©s neurodĂ©veloppementales et l’automutilation reprĂ©sentaient chacune 6 % des motifs renseignĂ©s. Il faut toutefois lire ces chiffres avec prudence : dans 67 % des dossiers, le motif principal n’était pas enregistrĂ©. Cette absence d’information complique l’évaluation des besoins rĂ©els et l’amĂ©lioration de l’offre.

Une donnĂ©e manquante n’est pas un dĂ©tail administratif. Elle peut rendre plus difficile le suivi d’un jeune qui passe d’un intervenant Ă  un autre. Quand l’histoire doit ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©e Ă  chaque rendez-vous, l’adolescent peut se dĂ©courager. Quand les informations utiles ne circulent pas correctement, les adultes risquent de ne voir qu’un Ă©pisode isolĂ© au lieu d’un cheminement plus long.

Situation observĂ©e Ce qu’elle peut traduire RepĂšre concret 🧭
🌙 Sommeil trĂšs perturbĂ© pendant plusieurs semaines AnxiĂ©tĂ©, ruminations, Ă©tat dĂ©pressif ou stress important En parler avec le mĂ©decin traitant et noter depuis quand cela dure
📚 Absences scolaires rĂ©pĂ©tĂ©es ou chute brutale des rĂ©sultats Épuisement, harcĂšlement, phobie scolaire ou perte de repĂšres Contacter l’établissement et rechercher une solution concertĂ©e
đŸ©č Marques de blessures volontaires ou propos sur la mort Souffrance aiguĂ«, besoin de rĂ©guler une Ă©motion envahissante Ne pas rester seul : Ă©valuation rapide par un professionnel
đŸšȘ Fugue, mise en danger ou colĂšre inhabituelle Sentiment d’insĂ©curitĂ©, dĂ©tresse, rupture relationnelle Assurer d’abord la sĂ©curitĂ©, puis demander un soutien adaptĂ©

Un exemple simple permet de comprendre l’importance du contexte. Yanis, 16 ans, commence Ă  manquer les cours aprĂšs le dĂ©cĂšs de son grand-pĂšre. Au dĂ©part, son entourage pense Ă  un deuil ordinaire. Puis il ne rĂ©pond plus aux messages, arrĂȘte le football et dĂ©clare qu’il « ne sert Ă  rien ». Le rĂŽle des proches n’est pas de diagnostiquer une dĂ©pression. Il consiste Ă  prendre ces paroles au sĂ©rieux, Ă  rester prĂ©sents et Ă  proposer une consultation plutĂŽt que d’attendre une amĂ©lioration spontanĂ©e.

Les inĂ©galitĂ©s ne touchent pas tous les groupes de la mĂȘme maniĂšre. L’étude britannique Ă©voque une probabilitĂ© de contact plus faible avec les services pour les jeunes identifiĂ©s comme noirs ou asiatiques, au regard des attentes dĂ©mographiques. Les causes peuvent ĂȘtre multiples : expĂ©riences de discrimination, manque de confiance, reprĂ©sentations culturelles de la santĂ© mentale, obstacles linguistiques ou sentiment de ne pas ĂȘtre compris. Une rĂ©ponse utile passe par des professionnels formĂ©s, des lieux accueillants et une parole qui ne juge pas.

Les troubles neurologiques ou les maladies chroniques peuvent Ă©galement augmenter la charge Ă©motionnelle d’un jeune et de sa famille. Dans ce cas, mieux connaĂźtre les disparitĂ©s liĂ©es Ă  l’épilepsie et Ă  son fardeau quotidien aide Ă  comprendre pourquoi le suivi doit parfois associer santĂ© physique, soutien psychologique et accompagnement social.

Le bon rĂ©flexe n’est pas de chercher le mot parfait pour dĂ©finir le mal-ĂȘtre : c’est d’ouvrir une porte vers une Ă©coute fiable. Cette Ă©coute prend encore plus d’importance Ă  l’approche de la majoritĂ©, pĂ©riode oĂč de nombreux parcours se fragilisent. 🔎

Passage de 17 à 18 ans : éviter la rupture de soins en santé mentale

Le passage Ă  l’ñge adulte est un moment sensible pour tous les adolescents. Pour ceux qui vivent avec une fragilitĂ© psychique, il peut devenir une rupture nette. Les services destinĂ©s aux enfants et adolescents ont des limites d’ñge. Les structures pour adultes ont d’autres habitudes, d’autres seuils, d’autres modalitĂ©s de rendez-vous. Entre les deux, certains jeunes doivent apprendre trĂšs vite Ă  prendre eux-mĂȘmes des dĂ©cisions de santĂ© alors qu’ils sortent parfois d’un placement, d’un dispositif Ă©ducatif ou d’une scolaritĂ© instable.

L’équipe de Cambridge a observĂ© que le contact avec les services semblait plafonner, voire diminuer, entre 17 et 18 ans. Cela paraĂźt paradoxal, car la fin de l’adolescence reste une pĂ©riode Ă  risque. Plusieurs explications sont possibles : un plaidoyer moins fort de la part des adultes qui entourent le jeune, un changement de cadre institutionnel et le respect du refus de soins exprimĂ© par un majeur. Le respect du consentement est essentiel, mais il ne dispense pas de prĂ©senter clairement les options et de maintenir un lien.

PrĂ©parer la continuitĂ© plutĂŽt que gĂ©rer l’urgence

Un passage bien prĂ©parĂ© commence plusieurs mois avant la majoritĂ©. Il ne demande pas de prĂ©voir toute la vie du jeune. Il s’agit de rendre les prochaines Ă©tapes moins opaques. Qui contacter en cas de crise ? Quel mĂ©decin connaĂźt dĂ©jĂ  son histoire ? Comment demander un rendez-vous ? Quels documents conserver ? OĂč trouver une aide si le logement ou les ressources deviennent instables ? Ces questions concrĂštes peuvent diminuer le sentiment d’abandon.

Un dossier de transition peut ĂȘtre simple. Il peut contenir les coordonnĂ©es utiles, les traitements Ă©ventuels, les comptes rendus que le jeune accepte de garder, les personnes de confiance et les signes personnels qui indiquent une dĂ©gradation. Ce support ne doit pas ĂȘtre imposĂ©. Il peut ĂȘtre construit avec lui, dans des mots qu’il comprend. L’objectif est de lui donner une prise sur son parcours, pas de le placer sous contrĂŽle.

Les professionnels de proximitĂ© ont un rĂŽle discret mais prĂ©cieux. Le mĂ©decin traitant peut orienter et suivre. L’infirmier scolaire peut faciliter une alerte avant la sortie du systĂšme Ă©ducatif. Une infirmiĂšre Ă  domicile, lorsqu’elle intervient pour un soin somatique, peut aussi remarquer un changement de comportement et encourager une consultation. Les soignants ne remplacent pas la psychiatrie, mais ils peuvent Ă©viter que la personne reste seule face Ă  une difficultĂ© grandissante.

La pandĂ©mie de Covid-19 a rappelĂ© la fragilitĂ© de ces Ă©quilibres. Des Ă©lĂ©ments suggĂšrent que les enfants protĂ©gĂ©s ou pris en charge ont davantage eu recours aux services de santĂ© mentale pendant la pĂ©riode 2020-2021 qu’auparavant. Les confinements, les couvre-feux, la fermeture de certains lieux de socialisation et les ruptures de suivi ont pesĂ© particuliĂšrement lourd sur ceux qui disposaient dĂ©jĂ  de peu de repĂšres. Cette expĂ©rience doit servir Ă  renforcer les liens de proximitĂ©, y compris hors des pĂ©riodes de crise sanitaire.

La santĂ© ne se dĂ©coupe pas entre le corps et l’esprit. Les douleurs, le sommeil, l’alimentation, la fatigue et la mobilitĂ© peuvent influencer l’équilibre psychique, tout comme l’état Ă©motionnel influence la capacitĂ© Ă  suivre un soin. Le rĂŽle souvent central des professionnels dans ce lien est bien dĂ©crit dans cet Ă©clairage sur les infirmiers, colonne vertĂ©brale des parcours de santĂ©.

À 18 ans, un jeune ne devrait pas avoir Ă  prouver qu’il mĂ©rite encore d’ĂȘtre accompagnĂ©. Une transition prĂ©parĂ©e, mĂȘme imparfaite, protĂšge mieux qu’un arrĂȘt brutal de soutien. đŸ€

Renforcer les soins de santé mentale pour les jeunes vulnérables : des réponses concrÚtes au quotidien

Face Ă  l’augmentation des besoins, la rĂ©ponse ne peut pas reposer uniquement sur quelques consultations spĂ©cialisĂ©es dĂ©jĂ  saturĂ©es. Elle doit associer prĂ©vention, repĂ©rage prĂ©coce, accĂšs Ă  une Ă©valuation clinique et soutien dans les lieux de vie. L’école, les maisons des adolescents, les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, les centres mĂ©dico-psychologiques, les associations, les Ă©ducateurs et les professionnels hospitaliers ont chacun une place. Le dĂ©fi est de les faire travailler dans la mĂȘme direction, sans laisser le jeune raconter son histoire Ă  l’infini.

Les recherches menĂ©es Ă  Cambridge reposent sur l’analyse des donnĂ©es rĂ©guliĂšrement collectĂ©es par le NHS. Elles montrent l’intĂ©rĂȘt de mieux utiliser les informations dĂ©jĂ  disponibles pour rendre visibles les inĂ©galitĂ©s. La pĂ©riode Ă©tudiĂ©e est celle allant d’avril 2020 Ă  mars 2021 ; la mention initiale d’avril 2026 ne pouvait pas correspondre Ă  une pĂ©riode achevĂ©e en 2021. PrĂšs de deux millions d’enfants et de jeunes ont eu un contact avec les services de santĂ© mentale anglais durant cette pĂ©riode, avec une hausse rĂ©guliĂšre de la demande au fil des annĂ©es.

En 2026, ces enseignements gardent une portĂ©e trĂšs concrĂšte. Compter les rendez-vous ne suffit pas. Il faut mesurer le dĂ©lai avant la premiĂšre rĂ©ponse, les refus d’orientation, les interruptions de suivi, les sorties sans solution et les Ă©carts entre quartiers ou groupes sociaux. À Marseille, oĂč les rĂ©alitĂ©s familiales et sociales sont trĂšs diverses, l’accĂšs peut varier selon la disponibilitĂ© des professionnels, la mobilitĂ©, la maĂźtrise des dĂ©marches ou la prĂ©sence d’un adulte pour accompagner le jeune.

Créer des parcours plus lisibles pour les familles et les adolescents

Une orientation rĂ©ussie commence souvent par une information simple. Lorsqu’un jeune dit qu’il ne va pas bien, l’entourage peut lui demander ce qui lui semblerait supportable : parler Ă  son mĂ©decin, rencontrer l’infirmier scolaire, appeler une ligne d’écoute, ĂȘtre accompagnĂ© Ă  une consultation ou consulter dans une maison des adolescents. Lui laisser une marge de choix peut rĂ©duire la peur du jugement.

Il est aussi utile de poser un cadre clair lorsqu’il existe un danger immĂ©diat. Des propos suicidaires prĂ©cis, une tentative de suicide, une automutilation grave, une intoxication, une disparition inquiĂ©tante ou une violence incontrĂŽlable nĂ©cessitent une aide urgente. En France, le 15 permet de joindre une rĂ©gulation mĂ©dicale ; le 3114 est le numĂ©ro national de prĂ©vention du suicide, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Appeler ne signifie pas trahir le jeune. Cela signifie protĂ©ger sa sĂ©curitĂ©.

Des actions de terrain peuvent amĂ©liorer l’accĂšs :

  1. 📍 dĂ©velopper des permanences sans avance de frais dans les lieux frĂ©quentĂ©s par les jeunes ;
  2. đŸ§‘â€âš•ïž renforcer les Ă©quipes de pĂ©dopsychiatrie et les liens avec les mĂ©decins de ville ;
  3. đŸ« former les adultes rĂ©fĂ©rents Ă  repĂ©rer et orienter, sans transformer l’école en cabinet mĂ©dical ;
  4. đŸ—Łïž associer les jeunes aux dĂ©cisions qui concernent leur suivi ;
  5. 🔗 organiser un relais explicite avant toute sortie d’un dispositif ou tout passage Ă  la majoritĂ©.

Les familles ont le droit de demander des explications lorsqu’une orientation est refusĂ©e. Elles peuvent solliciter un autre avis, rappeler les signes prĂ©occupants, demander Ă  connaĂźtre les alternatives proposĂ©es et conserver la trace des dĂ©marches. Cette persĂ©vĂ©rance est parfois Ă©puisante, surtout lorsqu’un parent ou un aidant est dĂ©jĂ  fragilisĂ©. Elle ne devrait pas ĂȘtre nĂ©cessaire pour obtenir une aide de base, mais elle peut Ă©viter qu’une situation ne s’enlise.

La meilleure porte d’entrĂ©e est celle que le jeune peut rĂ©ellement pousser aujourd’hui. Un rendez-vous modeste, un adulte fiable et une information comprĂ©hensible peuvent constituer le dĂ©but d’un parcours plus protecteur. Prendre quelques minutes pour demander Ă  un adolescent comment il va, puis Ă©couter la rĂ©ponse sans minimiser, reste une action simple qui compte. 💛

Quels signes doivent inciter Ă  chercher une aide pour un adolescent ?

Un changement durable du sommeil, de l’alimentation, de la scolaritĂ©, des relations ou de l’humeur mĂ©rite d’ĂȘtre abordĂ©. Les propos suicidaires, l’automutilation, une tentative de suicide ou une mise en danger nĂ©cessitent une Ă©valuation rapide par un professionnel.

Vers qui se tourner si un jeune refuse de consulter ?

Il est possible de commencer par un adulte de confiance, le mĂ©decin traitant, l’infirmier scolaire, une maison des adolescents ou un professionnel dĂ©jĂ  connu. Le refus doit ĂȘtre entendu, mais la discussion peut rester ouverte et ĂȘtre reprise Ă  un autre moment.

Que faire en cas de risque suicidaire immédiat ?

Ne laissez pas le jeune seul et contactez les secours en appelant le 15. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, offre aussi une écoute professionnelle 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Pourquoi les jeunes placĂ©s ont-ils besoin d’une attention particuliĂšre ?

Les ruptures, les violences vĂ©cues, les sĂ©parations et l’instabilitĂ© peuvent augmenter le risque de souffrance psychique. Leurs difficultĂ©s ne doivent pas ĂȘtre renvoyĂ©es uniquement vers le champ social : un accompagnement de santĂ© mentale adaptĂ© peut ĂȘtre nĂ©cessaire.

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