La santĂ© mentale des adolescents ne se rĂ©sume ni Ă une humeur passagĂšre ni Ă une difficultĂ© scolaire. Pour les jeunes dĂ©jĂ exposĂ©s Ă la prĂ©caritĂ©, aux ruptures familiales, aux violences ou aux placements, elle devient souvent un sujet urgent, mais encore trop souvent mal entendu. DerriĂšre une crise dâangoisse, une fugue, une scarification ou un repli brutal, il peut y avoir une souffrance qui demande du temps, de la stabilitĂ© et un accompagnement adaptĂ©.
Les donnĂ©es disponibles dessinent un constat prĂ©occupant : les jeunes les plus vulnĂ©rables ont des besoins plus importants, mais leur accĂšs aux dispositifs spĂ©cialisĂ©s reste insuffisant. La situation observĂ©e en Angleterre, notamment Ă travers les travaux de lâUniversitĂ© de Cambridge sur les donnĂ©es du NHS, fait Ă©cho aux difficultĂ©s rencontrĂ©es dans de nombreux territoires français. DĂ©lais, critĂšres dâadmission, manque de professionnels, passage dĂ©licat vers lâĂąge adulte : chaque obstacle peut repousser une aide pourtant nĂ©cessaire. Le soin ne doit pas dĂ©pendre de la simplicitĂ© apparente dâune situation sociale.
AccÚs aux soins de santé mentale des adolescents vulnérables : un besoin qui dépasse les chiffres
Lâadolescence est une pĂ©riode de transformation profonde. Le corps change, les relations Ă©voluent, lâĂ©cole devient plus exigeante et la place dans le groupe prend une importance considĂ©rable. Pour beaucoup de jeunes, ces bouleversements sont traversĂ©s avec lâaide de proches, dâenseignants ou de professionnels. Pour dâautres, ils se cumulent avec des blessures plus anciennes : nĂ©gligences, violences, sĂ©parations rĂ©pĂ©tĂ©es, instabilitĂ© du logement ou placement dans le cadre de la protection de lâenfance.
Les travaux menĂ©s au Royaume-Uni rappellent lâampleur du sujet. En Angleterre, prĂšs de 18 % des enfants et adolescents seraient concernĂ©s par un trouble psychique probable. Un tiers des difficultĂ©s de santĂ© mentale commencerait avant 14 ans. Ces repĂšres ne servent pas Ă coller une Ă©tiquette sur chaque jeune inquiet ou triste. Ils montrent surtout que les signes doivent ĂȘtre pris au sĂ©rieux suffisamment tĂŽt, avant quâune souffrance ne sâinstalle dans le quotidien.
Dans lâĂ©tude de lâUniversitĂ© de Cambridge, les enfants bĂ©nĂ©ficiant dâun plan de protection ou vivant hors de leur famille apparaissent particuliĂšrement exposĂ©s. Le pays comptait alors environ 50 000 jeunes suivis dans le cadre dâun plan de protection de lâenfance et 84 000 jeunes pris en charge. Des Ă©tudes prĂ©cĂ©dentes estimaient quâenviron la moitiĂ© dâentre eux pouvait connaĂźtre des difficultĂ©s dâintensitĂ© clinique. Pourtant, sur une annĂ©e donnĂ©e, seuls 9 Ă 18 % avaient eu un contact avec un service de santĂ© mentale.
Ce dĂ©calage interroge. Les jeunes concernĂ©s ont bien davantage de contacts avec les services spĂ©cialisĂ©s que leurs pairs, parfois deux Ă trois fois plus. Mais cela ne signifie pas que leurs besoins sont couverts. Lorsquâun besoin trĂšs Ă©levĂ© rencontre une rĂ©ponse seulement partielle, lâimpression dâaccĂšs peut masquer une forme de renoncement. Une consultation isolĂ©e, un rendez-vous dâĂ©valuation ou une orientation sans suite ne constituent pas toujours un accompagnement rĂ©el.
Imaginons Lina, 15 ans, accueillie depuis peu chez une famille dâaccueil aprĂšs plusieurs ruptures. Elle dort mal, ne va plus rĂ©guliĂšrement au collĂšge et se montre trĂšs mĂ©fiante avec les adultes. Son comportement peut ĂȘtre lu comme de lâopposition. Pourtant, il peut aussi exprimer une inquiĂ©tude constante : peur dâĂȘtre abandonnĂ©e, difficultĂ© Ă se sentir en sĂ©curitĂ©, Ă©puisement liĂ© aux changements successifs. Sans espace stable pour parler et ĂȘtre suivie, les manifestations visibles risquent de prendre toute la place.
Dans le quotidien des soins, la souffrance psychique ne se montre pas toujours par des mots. Elle peut se traduire par des douleurs rĂ©pĂ©tĂ©es, des retards de sommeil, une irritabilitĂ© inhabituelle, des conduites dangereuses ou une baisse des rĂ©sultats scolaires. Aucun de ces signes ne permet Ă lui seul de poser un diagnostic. En revanche, leur accumulation mĂ©rite une attention calme. Un adolescent qui change durablement de comportement ne cherche pas forcĂ©ment Ă provoquer : il peut tenter de faire comprendre quâil ne va pas bien.
La question nâest donc pas seulement de savoir combien de jeunes consultent. Il faut aussi se demander combien trouvent une Ă©coute continue, un professionnel disponible et une rĂ©ponse adaptĂ©e Ă leur histoire. Cette nuance est essentielle pour Ă©viter que les plus fragiles restent invisibles derriĂšre des dĂ©marches administratives ou des comportements jugĂ©s difficiles. La suite du parcours dĂ©pend alors largement de la capacitĂ© des adultes Ă entendre les signaux avant la crise. đ±
Diminution des soins en santé mentale : pourquoi les adolescents les plus fragiles restent à la porte
Le manque dâaccĂšs ne vient pas dâune seule cause. Il rĂ©sulte souvent dâun enchaĂźnement de difficultĂ©s modestes prises sĂ©parĂ©ment, mais lourdes lorsquâelles sâadditionnent. Le premier obstacle est le dĂ©lai. Obtenir un rendez-vous en pĂ©dopsychiatrie, auprĂšs dâun psychologue ou dâun centre mĂ©dico-psychologique peut demander plusieurs semaines, parfois davantage. Or, chez un adolescent en grande instabilitĂ©, attendre longtemps revient parfois Ă perdre le moment oĂč il acceptait encore dâĂȘtre aidĂ©.
Le deuxiĂšme frein concerne les critĂšres dâorientation. Certains jeunes sont Ă©cartĂ©s parce que leur situation semble trop complexe, trop sociale ou insuffisamment compatible avec le cadre dâun service spĂ©cialisĂ©. LâĂ©tude britannique rapporte des situations particuliĂšrement frappantes : une jeune fille de 12 ans vivant en institution, orientĂ©e aprĂšs une tentative de suicide, nâa pas obtenu le soutien intensif attendu, sa situation Ă©tant considĂ©rĂ©e comme trop complexe. Dans un autre cas, un garçon de 12 ans arrivĂ© aux urgences aprĂšs une possible surdose et une fugue a vu son accĂšs au service refusĂ©, ses difficultĂ©s Ă©tant renvoyĂ©es Ă sa situation sociale.
Cette sĂ©paration entre le social et le sanitaire est difficile Ă comprendre pour les familles comme pour les professionnels de terrain. Les violences subies, les changements de lieu de vie ou les conflits familiaux ne rendent pas une souffrance psychique moins rĂ©elle. Ils peuvent au contraire lâaggraver. Un Ă©ducateur peut accompagner le quotidien, une assistante sociale peut soutenir les dĂ©marches, un enseignant peut alerter : aucune de ces prĂ©sences ne remplace, Ă elle seule, un suivi de santĂ© mentale lorsque celui-ci est nĂ©cessaire.
Quand lâhistoire de vie devient un motif de refus de soins
La complexitĂ© ne devrait jamais servir de porte de sortie. Elle devrait signaler le besoin dâune coordination plus solide. Dans les situations les plus fragiles, un adolescent ne peut pas toujours raconter son histoire de maniĂšre claire, respecter chaque horaire ou maintenir une demande constante. Ce nâest pas de la mauvaise volontĂ©. Câest souvent le rĂ©sultat dâune vie oĂč la confiance envers les adultes a Ă©tĂ© abĂźmĂ©e.
Pour les proches et les professionnels, certains gestes peuvent néanmoins sécuriser la démarche :
- đ noter les changements observĂ©s : sommeil, alimentation, isolement, propos inquiĂ©tants, consommation de produits ;
- đ€ demander quâun adulte rĂ©fĂ©rent accompagne le jeune lors du premier rendez-vous, si celui-ci le souhaite ;
- đ relancer lâorientation lorsque la demande reste sans rĂ©ponse ou lorsquâun Ă©tat sâaggrave ;
- đ„ solliciter le mĂ©decin traitant, lâinfirmier scolaire, le CMP, la maison des adolescents ou les urgences selon la gravitĂ© ;
- đŹ expliquer au jeune ce qui va ĂȘtre fait, sans promettre que tout sera facile ou immĂ©diat.
Dans les Bouches-du-RhĂŽne comme ailleurs, la coordination entre professionnels de santĂ©, Ă©tablissements scolaires, associations et protection de lâenfance peut faire une vraie diffĂ©rence. Elle demande du temps, mais limite les ruptures. Les familles et aidants peuvent aussi mieux comprendre les enjeux grĂące Ă des ressources qui abordent les politiques de santĂ© mentale et lâorganisation des parcours.
Un problĂšme liĂ© Ă un contexte social reste un problĂšme de santĂ© lorsquâil altĂšre le sommeil, la sĂ©curitĂ©, les relations ou la capacitĂ© dâun jeune Ă vivre son quotidien. ReconnaĂźtre cela permet de sortir dâune opposition stĂ©rile entre accompagnement social et soin psychique. đ§©
Adolescents en souffrance psychique : repérer les signaux sans dramatiser
RepĂ©rer ne signifie pas surveiller chaque Ă©motion. Lâadolescence comporte naturellement des moments de colĂšre, de fatigue, de besoin dâisolement ou de doute. Le point dâattention apparaĂźt lorsque le changement dure, sâintensifie ou empĂȘche le jeune de faire ce qui lui Ă©tait habituel : dormir, aller en cours, voir ses amis, manger, pratiquer une activitĂ© ou se projeter dans les jours Ă venir.
Les donnĂ©es analysĂ©es par lâĂ©quipe de Cambridge montrent que les motifs de recours les plus souvent enregistrĂ©s Ă©taient lâanxiĂ©tĂ©, reprĂ©sentant 13 % des orientations, les situations de crise Ă 10 %, puis la dĂ©pression Ă 7 %. Les difficultĂ©s neurodĂ©veloppementales et lâautomutilation reprĂ©sentaient chacune 6 % des motifs renseignĂ©s. Il faut toutefois lire ces chiffres avec prudence : dans 67 % des dossiers, le motif principal nâĂ©tait pas enregistrĂ©. Cette absence dâinformation complique lâĂ©valuation des besoins rĂ©els et lâamĂ©lioration de lâoffre.
Une donnĂ©e manquante nâest pas un dĂ©tail administratif. Elle peut rendre plus difficile le suivi dâun jeune qui passe dâun intervenant Ă un autre. Quand lâhistoire doit ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©e Ă chaque rendez-vous, lâadolescent peut se dĂ©courager. Quand les informations utiles ne circulent pas correctement, les adultes risquent de ne voir quâun Ă©pisode isolĂ© au lieu dâun cheminement plus long.
| Situation observĂ©e | Ce quâelle peut traduire | RepĂšre concret đ§ |
|---|---|---|
| đ Sommeil trĂšs perturbĂ© pendant plusieurs semaines | AnxiĂ©tĂ©, ruminations, Ă©tat dĂ©pressif ou stress important | En parler avec le mĂ©decin traitant et noter depuis quand cela dure |
| đ Absences scolaires rĂ©pĂ©tĂ©es ou chute brutale des rĂ©sultats | Ăpuisement, harcĂšlement, phobie scolaire ou perte de repĂšres | Contacter lâĂ©tablissement et rechercher une solution concertĂ©e |
| đ©č Marques de blessures volontaires ou propos sur la mort | Souffrance aiguĂ«, besoin de rĂ©guler une Ă©motion envahissante | Ne pas rester seul : Ă©valuation rapide par un professionnel |
| đȘ Fugue, mise en danger ou colĂšre inhabituelle | Sentiment dâinsĂ©curitĂ©, dĂ©tresse, rupture relationnelle | Assurer dâabord la sĂ©curitĂ©, puis demander un soutien adaptĂ© |
Un exemple simple permet de comprendre lâimportance du contexte. Yanis, 16 ans, commence Ă manquer les cours aprĂšs le dĂ©cĂšs de son grand-pĂšre. Au dĂ©part, son entourage pense Ă un deuil ordinaire. Puis il ne rĂ©pond plus aux messages, arrĂȘte le football et dĂ©clare quâil « ne sert Ă rien ». Le rĂŽle des proches nâest pas de diagnostiquer une dĂ©pression. Il consiste Ă prendre ces paroles au sĂ©rieux, Ă rester prĂ©sents et Ă proposer une consultation plutĂŽt que dâattendre une amĂ©lioration spontanĂ©e.
Les inĂ©galitĂ©s ne touchent pas tous les groupes de la mĂȘme maniĂšre. LâĂ©tude britannique Ă©voque une probabilitĂ© de contact plus faible avec les services pour les jeunes identifiĂ©s comme noirs ou asiatiques, au regard des attentes dĂ©mographiques. Les causes peuvent ĂȘtre multiples : expĂ©riences de discrimination, manque de confiance, reprĂ©sentations culturelles de la santĂ© mentale, obstacles linguistiques ou sentiment de ne pas ĂȘtre compris. Une rĂ©ponse utile passe par des professionnels formĂ©s, des lieux accueillants et une parole qui ne juge pas.
Les troubles neurologiques ou les maladies chroniques peuvent Ă©galement augmenter la charge Ă©motionnelle dâun jeune et de sa famille. Dans ce cas, mieux connaĂźtre les disparitĂ©s liĂ©es Ă lâĂ©pilepsie et Ă son fardeau quotidien aide Ă comprendre pourquoi le suivi doit parfois associer santĂ© physique, soutien psychologique et accompagnement social.
Le bon rĂ©flexe nâest pas de chercher le mot parfait pour dĂ©finir le mal-ĂȘtre : câest dâouvrir une porte vers une Ă©coute fiable. Cette Ă©coute prend encore plus dâimportance Ă lâapproche de la majoritĂ©, pĂ©riode oĂč de nombreux parcours se fragilisent. đ
Passage de 17 à 18 ans : éviter la rupture de soins en santé mentale
Le passage Ă lâĂąge adulte est un moment sensible pour tous les adolescents. Pour ceux qui vivent avec une fragilitĂ© psychique, il peut devenir une rupture nette. Les services destinĂ©s aux enfants et adolescents ont des limites dâĂąge. Les structures pour adultes ont dâautres habitudes, dâautres seuils, dâautres modalitĂ©s de rendez-vous. Entre les deux, certains jeunes doivent apprendre trĂšs vite Ă prendre eux-mĂȘmes des dĂ©cisions de santĂ© alors quâils sortent parfois dâun placement, dâun dispositif Ă©ducatif ou dâune scolaritĂ© instable.
LâĂ©quipe de Cambridge a observĂ© que le contact avec les services semblait plafonner, voire diminuer, entre 17 et 18 ans. Cela paraĂźt paradoxal, car la fin de lâadolescence reste une pĂ©riode Ă risque. Plusieurs explications sont possibles : un plaidoyer moins fort de la part des adultes qui entourent le jeune, un changement de cadre institutionnel et le respect du refus de soins exprimĂ© par un majeur. Le respect du consentement est essentiel, mais il ne dispense pas de prĂ©senter clairement les options et de maintenir un lien.
PrĂ©parer la continuitĂ© plutĂŽt que gĂ©rer lâurgence
Un passage bien prĂ©parĂ© commence plusieurs mois avant la majoritĂ©. Il ne demande pas de prĂ©voir toute la vie du jeune. Il sâagit de rendre les prochaines Ă©tapes moins opaques. Qui contacter en cas de crise ? Quel mĂ©decin connaĂźt dĂ©jĂ son histoire ? Comment demander un rendez-vous ? Quels documents conserver ? OĂč trouver une aide si le logement ou les ressources deviennent instables ? Ces questions concrĂštes peuvent diminuer le sentiment dâabandon.
Un dossier de transition peut ĂȘtre simple. Il peut contenir les coordonnĂ©es utiles, les traitements Ă©ventuels, les comptes rendus que le jeune accepte de garder, les personnes de confiance et les signes personnels qui indiquent une dĂ©gradation. Ce support ne doit pas ĂȘtre imposĂ©. Il peut ĂȘtre construit avec lui, dans des mots quâil comprend. Lâobjectif est de lui donner une prise sur son parcours, pas de le placer sous contrĂŽle.
Les professionnels de proximitĂ© ont un rĂŽle discret mais prĂ©cieux. Le mĂ©decin traitant peut orienter et suivre. Lâinfirmier scolaire peut faciliter une alerte avant la sortie du systĂšme Ă©ducatif. Une infirmiĂšre Ă domicile, lorsquâelle intervient pour un soin somatique, peut aussi remarquer un changement de comportement et encourager une consultation. Les soignants ne remplacent pas la psychiatrie, mais ils peuvent Ă©viter que la personne reste seule face Ă une difficultĂ© grandissante.
La pandĂ©mie de Covid-19 a rappelĂ© la fragilitĂ© de ces Ă©quilibres. Des Ă©lĂ©ments suggĂšrent que les enfants protĂ©gĂ©s ou pris en charge ont davantage eu recours aux services de santĂ© mentale pendant la pĂ©riode 2020-2021 quâauparavant. Les confinements, les couvre-feux, la fermeture de certains lieux de socialisation et les ruptures de suivi ont pesĂ© particuliĂšrement lourd sur ceux qui disposaient dĂ©jĂ de peu de repĂšres. Cette expĂ©rience doit servir Ă renforcer les liens de proximitĂ©, y compris hors des pĂ©riodes de crise sanitaire.
La santĂ© ne se dĂ©coupe pas entre le corps et lâesprit. Les douleurs, le sommeil, lâalimentation, la fatigue et la mobilitĂ© peuvent influencer lâĂ©quilibre psychique, tout comme lâĂ©tat Ă©motionnel influence la capacitĂ© Ă suivre un soin. Le rĂŽle souvent central des professionnels dans ce lien est bien dĂ©crit dans cet Ă©clairage sur les infirmiers, colonne vertĂ©brale des parcours de santĂ©.
Ă 18 ans, un jeune ne devrait pas avoir Ă prouver quâil mĂ©rite encore dâĂȘtre accompagnĂ©. Une transition prĂ©parĂ©e, mĂȘme imparfaite, protĂšge mieux quâun arrĂȘt brutal de soutien. đ€
Renforcer les soins de santé mentale pour les jeunes vulnérables : des réponses concrÚtes au quotidien
Face Ă lâaugmentation des besoins, la rĂ©ponse ne peut pas reposer uniquement sur quelques consultations spĂ©cialisĂ©es dĂ©jĂ saturĂ©es. Elle doit associer prĂ©vention, repĂ©rage prĂ©coce, accĂšs Ă une Ă©valuation clinique et soutien dans les lieux de vie. LâĂ©cole, les maisons des adolescents, les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, les centres mĂ©dico-psychologiques, les associations, les Ă©ducateurs et les professionnels hospitaliers ont chacun une place. Le dĂ©fi est de les faire travailler dans la mĂȘme direction, sans laisser le jeune raconter son histoire Ă lâinfini.
Les recherches menĂ©es Ă Cambridge reposent sur lâanalyse des donnĂ©es rĂ©guliĂšrement collectĂ©es par le NHS. Elles montrent lâintĂ©rĂȘt de mieux utiliser les informations dĂ©jĂ disponibles pour rendre visibles les inĂ©galitĂ©s. La pĂ©riode Ă©tudiĂ©e est celle allant dâavril 2020 Ă mars 2021 ; la mention initiale dâavril 2026 ne pouvait pas correspondre Ă une pĂ©riode achevĂ©e en 2021. PrĂšs de deux millions dâenfants et de jeunes ont eu un contact avec les services de santĂ© mentale anglais durant cette pĂ©riode, avec une hausse rĂ©guliĂšre de la demande au fil des annĂ©es.
En 2026, ces enseignements gardent une portĂ©e trĂšs concrĂšte. Compter les rendez-vous ne suffit pas. Il faut mesurer le dĂ©lai avant la premiĂšre rĂ©ponse, les refus dâorientation, les interruptions de suivi, les sorties sans solution et les Ă©carts entre quartiers ou groupes sociaux. Ă Marseille, oĂč les rĂ©alitĂ©s familiales et sociales sont trĂšs diverses, lâaccĂšs peut varier selon la disponibilitĂ© des professionnels, la mobilitĂ©, la maĂźtrise des dĂ©marches ou la prĂ©sence dâun adulte pour accompagner le jeune.
Créer des parcours plus lisibles pour les familles et les adolescents
Une orientation rĂ©ussie commence souvent par une information simple. Lorsquâun jeune dit quâil ne va pas bien, lâentourage peut lui demander ce qui lui semblerait supportable : parler Ă son mĂ©decin, rencontrer lâinfirmier scolaire, appeler une ligne dâĂ©coute, ĂȘtre accompagnĂ© Ă une consultation ou consulter dans une maison des adolescents. Lui laisser une marge de choix peut rĂ©duire la peur du jugement.
Il est aussi utile de poser un cadre clair lorsquâil existe un danger immĂ©diat. Des propos suicidaires prĂ©cis, une tentative de suicide, une automutilation grave, une intoxication, une disparition inquiĂ©tante ou une violence incontrĂŽlable nĂ©cessitent une aide urgente. En France, le 15 permet de joindre une rĂ©gulation mĂ©dicale ; le 3114 est le numĂ©ro national de prĂ©vention du suicide, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Appeler ne signifie pas trahir le jeune. Cela signifie protĂ©ger sa sĂ©curitĂ©.
Des actions de terrain peuvent amĂ©liorer lâaccĂšs :
- đ dĂ©velopper des permanences sans avance de frais dans les lieux frĂ©quentĂ©s par les jeunes ;
- đ§ââïž renforcer les Ă©quipes de pĂ©dopsychiatrie et les liens avec les mĂ©decins de ville ;
- đ« former les adultes rĂ©fĂ©rents Ă repĂ©rer et orienter, sans transformer lâĂ©cole en cabinet mĂ©dical ;
- đŁïž associer les jeunes aux dĂ©cisions qui concernent leur suivi ;
- đ organiser un relais explicite avant toute sortie dâun dispositif ou tout passage Ă la majoritĂ©.
Les familles ont le droit de demander des explications lorsquâune orientation est refusĂ©e. Elles peuvent solliciter un autre avis, rappeler les signes prĂ©occupants, demander Ă connaĂźtre les alternatives proposĂ©es et conserver la trace des dĂ©marches. Cette persĂ©vĂ©rance est parfois Ă©puisante, surtout lorsquâun parent ou un aidant est dĂ©jĂ fragilisĂ©. Elle ne devrait pas ĂȘtre nĂ©cessaire pour obtenir une aide de base, mais elle peut Ă©viter quâune situation ne sâenlise.
La meilleure porte dâentrĂ©e est celle que le jeune peut rĂ©ellement pousser aujourdâhui. Un rendez-vous modeste, un adulte fiable et une information comprĂ©hensible peuvent constituer le dĂ©but dâun parcours plus protecteur. Prendre quelques minutes pour demander Ă un adolescent comment il va, puis Ă©couter la rĂ©ponse sans minimiser, reste une action simple qui compte. đ
Quels signes doivent inciter Ă chercher une aide pour un adolescent ?
Un changement durable du sommeil, de lâalimentation, de la scolaritĂ©, des relations ou de lâhumeur mĂ©rite dâĂȘtre abordĂ©. Les propos suicidaires, lâautomutilation, une tentative de suicide ou une mise en danger nĂ©cessitent une Ă©valuation rapide par un professionnel.
Vers qui se tourner si un jeune refuse de consulter ?
Il est possible de commencer par un adulte de confiance, le mĂ©decin traitant, lâinfirmier scolaire, une maison des adolescents ou un professionnel dĂ©jĂ connu. Le refus doit ĂȘtre entendu, mais la discussion peut rester ouverte et ĂȘtre reprise Ă un autre moment.
Que faire en cas de risque suicidaire immédiat ?
Ne laissez pas le jeune seul et contactez les secours en appelant le 15. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, offre aussi une écoute professionnelle 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Pourquoi les jeunes placĂ©s ont-ils besoin dâune attention particuliĂšre ?
Les ruptures, les violences vĂ©cues, les sĂ©parations et lâinstabilitĂ© peuvent augmenter le risque de souffrance psychique. Leurs difficultĂ©s ne doivent pas ĂȘtre renvoyĂ©es uniquement vers le champ social : un accompagnement de santĂ© mentale adaptĂ© peut ĂȘtre nĂ©cessaire.

