La naissance dâun enfant bouleverse tout : lâorganisation, les prioritĂ©s, le corps de la mĂšre, mais aussi la tĂȘte du pĂšre. Pourtant, la santĂ© mentale des hommes qui deviennent parents reste trĂšs peu abordĂ©e. Beaucoup vivent un mal-ĂȘtre silencieux, coincĂ©s entre la joie attendue par lâentourage et la fatigue, les peurs et parfois une vraie souffrance intĂ©rieure. Les professionnels de santĂ© observent de plus en plus de situations oĂč le pĂšre âtient bonâ en apparence, mais sâĂ©puise psychiquement dans les mois qui suivent lâarrivĂ©e du bĂ©bĂ©. Certaines Ă©tudes rĂ©centes montrent mĂȘme que les troubles psychiatriques paternels augmentent surtout en fin de premiĂšre annĂ©e de vie de lâenfant, quand le soutien extĂ©rieur se fait plus rare. đ
Les systĂšmes de soins se sont beaucoup structurĂ©s autour de la mĂšre, ce qui est essentiel, mais le pĂšre reste souvent sur le cĂŽtĂ©. Moins de consultations, moins de dĂ©pistage, moins de questions sur son moral. RĂ©sultat : des signes comme lâirritabilitĂ©, lâangoisse, lâabus dâalcool ou le repli social sont pris pour de la âfatigue normaleâ alors quâils peuvent annoncer une dĂ©pression paternelle du post-partum ou un trouble anxieux. Dans ce contexte, disposer dâinformations claires, de repĂšres simples et de conseils concrets peut vraiment aider Ă briser lâisolement. Lâobjectif nâest pas de coller une Ă©tiquette Ă chaque difficultĂ©, mais de permettre aux pĂšres, aux partenaires et aux proches de mieux comprendre ce qui se joue et de savoir quand, et vers qui, se tourner pour demander de lâaide. đĄ
Les nouveaux pÚres et la santé mentale post-partum : comprendre un combat souvent invisible
Lorsquâun bĂ©bĂ© arrive, le regard est presque toujours tournĂ© vers la mĂšre et lâenfant. Le pĂšre, lui, passe souvent au second plan, comme sâil devait naturellement âassurerâ sans flancher. Pourtant, les Ă©tudes rĂ©centes confirment que les nouveaux pĂšres traversent eux aussi une zone de turbulences psychologiques. Une grande cohorte menĂ©e en SuĂšde, portant sur plus dâun million de pĂšres, a mis en Ă©vidence un risque rĂ©el de troubles psychiatriques avant, pendant et surtout aprĂšs la grossesse de leur partenaire.
Dans cette Ă©tude, les chercheurs ont suivi les pĂšres depuis lâannĂ©e qui prĂ©cĂšde la conception jusquâĂ la fin de la premiĂšre annĂ©e aprĂšs la naissance. Les diagnostics Ă©voquaient la dĂ©pression, lâanxiĂ©tĂ©, les troubles liĂ©s au stress, les addictions, mais aussi des pathologies comme le trouble bipolaire ou la psychose. Ce qui ressort est assez frappant : la frĂ©quence des troubles psychiatriques est plus basse pendant la grossesse et juste aprĂšs la naissance que dans la pĂ©riode qui prĂ©cĂšde, puis elle remonte progressivement pour retrouver â voire dĂ©passer lĂ©gĂšrement â les niveaux dâavant conception vers la fin de la premiĂšre annĂ©e de vie de lâenfant.
Autrement dit, beaucoup de pĂšres semblent âtenirâ pendant la grossesse et les premiĂšres semaines, avant de craquer plus tard. Cela peut se comprendre : au dĂ©but, lâentourage est trĂšs prĂ©sent, les visites se multiplient, les professionnels de santĂ© circulent au domicile, les congĂ©s paternitĂ© et maternitĂ© offrent un temps de rĂ©pit relatif. Puis, petit Ă petit, la rĂ©alitĂ© rattrape le couple : retour au travail, nuits toujours courtes, tensions de couple, oubli de soi. Câest souvent Ă ce moment-lĂ que les troubles liĂ©s au stress et Ă la dĂ©pression deviennent plus visibles.
Un autre aspect important de cette recherche suĂ©doise concerne les inĂ©galitĂ©s sociales. Les pĂšres ayant un niveau dâĂ©tude plus faible prĂ©sentaient nettement plus de diagnostics psychiatriques pendant toute la pĂ©riode observĂ©e. Les auteurs soulignent aussi que ces chiffres ne prennent en compte que les troubles rĂ©pertoriĂ©s dans les structures spĂ©cialisĂ©es, ce qui laisse probablement de cĂŽtĂ© de nombreux hommes qui restent chez eux avec leurs difficultĂ©s, sans consulter. On comprend alors pourquoi ce âcombatâ est souvent invisible : il se dĂ©roule en silence, derriĂšre des portes fermĂ©es, dans des familles qui donnent parfois lâillusion que tout va bien.
Pour beaucoup de pĂšres, mettre des mots sur ce quâils vivent demande dĂ©jĂ un effort immense. ReconnaĂźtre quâon peut ĂȘtre en souffrance alors que lâon vient dâaccueillir un bĂ©bĂ©, dans une pĂ©riode censĂ©e ĂȘtre heureuse, nâest pas simple. Pourtant, admettre que cette transition peut ĂȘtre Ă©prouvante est la premiĂšre Ă©tape pour mieux la traverser. đ€

Les principaux troubles de santé mentale chez les pÚres aprÚs la naissance
Les difficultĂ©s psychiques des nouveaux pĂšres ne se rĂ©sument pas Ă une simple âfatigueâ. La recherche identifie plusieurs types de troubles, aux manifestations variĂ©es, qui peuvent toucher un homme dans lâannĂ©e qui suit la naissance de son enfant. Les connaĂźtre permet de repĂ©rer plus tĂŽt ce qui dĂ©passe le cadre du quotidien chargĂ©.
Parmi les plus fréquents, on retrouve :
- đ La dĂ©pression du post-partum chez lâhomme : tristesse persistante, perte dâintĂ©rĂȘt pour les activitĂ©s habituelles, sentiment de dĂ©valorisation, idĂ©es noires.
- đ° Les troubles anxieux : inquiĂ©tudes constantes pour la santĂ© du bĂ©bĂ©, peur de mal faire, crises dâangoisse, insomnies malgrĂ© la fatigue.
- đ„ Les troubles liĂ©s au stress : irritabilitĂ©, tensions musculaires, maux de tĂȘte, sensation de surcharge permanente.
- đș Les conduites dâaddiction : augmentation de la consommation dâalcool, de tabac ou dâautres substances pour âdĂ©compresserâ.
Dans le suivi suĂ©dois, ce sont surtout la dĂ©pression et les troubles liĂ©s au stress qui augmentent en fin de premiĂšre annĂ©e, avec des taux dĂ©passant dâenviron 30 % ceux observĂ©s avant la conception. Les troubles bipolaires, psychotiques ou liĂ©s au tabagisme, eux, restent relativement stables, ce qui montre que la pĂ©riode post-partum agit surtout comme un amplificateur du stress et des fragilitĂ©s Ă©motionnelles, plus que comme dĂ©clencheur massif de maladies psychiatriques lourdes.
Un exemple simple : Paul, 34 ans, pĂšre dâun petit garçon, reprend le travail trois semaines aprĂšs la naissance. Les nuits sont hachĂ©es, les responsabilitĂ©s professionnelles lourdes. Au dĂ©but, il se dit que câest normal dâĂȘtre Ă©puisĂ©. Mais au bout de quelques mois, il ne ressent plus de plaisir Ă rentrer chez lui, Ă©vite de sâoccuper du bain, sâisole de ses amis. Sa partenaire interprĂšte cela comme un manque dâinvestissement, alors quâil sâagit dâune dĂ©pression paternelle qui progresse sans ĂȘtre repĂ©rĂ©e. Ce type de situation est loin dâĂȘtre rare.
Comprendre ces mĂ©canismes ne doit pas inquiĂ©ter, mais au contraire encourager Ă rester attentif aux pĂšres, au mĂȘme titre quâaux mĂšres, dans les 1 001 premiers jours de lâenfant, pĂ©riode dĂ©sormais bien identifiĂ©e en santĂ© publique comme cruciale pour le dĂ©veloppement et lâĂ©quilibre de toute la famille.
Dépression post-partum paternelle : signes à repérer, tabous à lever
La dĂ©pression du post-partum est encore majoritairement associĂ©e aux mĂšres, alors que les donnĂ©es internationales montrent quâentre 8 et 10 % des pĂšres pourraient en souffrir dans lâannĂ©e qui suit la naissance. En France, comme ailleurs, de nombreux hommes passent sous les radars. Ils ne sont pas systĂ©matiquement interrogĂ©s sur leur moral, ne bĂ©nĂ©ficient pas des mĂȘmes suivis que les mĂšres, et consultent plus tardivement. Pourtant, les signes sont souvent bien prĂ©sents.
Sur le terrain, on observe frĂ©quemment des pĂšres qui disent âne pas se reconnaĂźtreâ depuis lâarrivĂ©e du bĂ©bĂ©. Ils nâĂ©prouvent plus de plaisir dans leurs loisirs, sâĂ©nervent plus vite, ressentent un Ă©puisement moral disproportionnĂ© par rapport Ă la simple fatigue. Certains dĂ©crivent une sensation dâĂȘtre âĂ cĂŽtĂ© de leur vieâ, de jouer un rĂŽle sans y trouver du sens. Cette souffrance est souvent masquĂ©e par des blagues, un surinvestissement professionnel ou, Ă lâinverse, un retrait silencieux.
SymptĂŽmes frĂ©quents de la dĂ©pression post-partum chez lâhomme
Pour aider Ă y voir plus clair, voici quelques signes qui doivent alerter lorsquâils durent plusieurs semaines :
- đ” Humeur dĂ©pressive quasi quotidienne, parfois dĂ©guisĂ©e derriĂšre de lâirritabilitĂ© ou de la colĂšre.
- đ Troubles du sommeil qui persistent mĂȘme lorsque le bĂ©bĂ© dort mieux.
- đ« Perte dâintĂ©rĂȘt pour les activitĂ©s habituellement plaisantes (sport, sorties, jeux vidĂ©o, projets).
- đ€ Tendance Ă sâisoler, Ă Ă©viter les proches, Ă fuir les interactions sociales.
- đ Ruminations sur la peur de ne pas ĂȘtre un bon pĂšre, un mauvais conjoint, un âpoidsâ pour la famille.
- đ· Augmentation de la consommation de substances (alcool, tabac, cannabis) pour apaiser la tension intĂ©rieure.
Contrairement Ă certaines mamans, les pĂšres expriment rarement directement âje suis tristeâ ou âjâai peur de faire du mal Ă mon bĂ©bĂ©â. Le mal-ĂȘtre sâexprime plus volontiers par lâagressivitĂ©, lâagacement permanent ou le retrait. Il est donc important que lâentourage ne se contente pas de juger ces rĂ©actions, mais se demande : et si derriĂšre cette attitude se cachait une souffrance psychique ?
Le tabou est dâautant plus fort que la sociĂ©tĂ© attend encore des hommes quâils soient solides, protecteurs, âpilierâ de la famille. Admettre quâils traversent une tempĂȘte Ă©motionnelle est parfois vĂ©cu comme un Ă©chec. Pourtant, reconnaĂźtre une dĂ©pression, câest dĂ©jĂ commencer Ă en sortir. Les campagnes de sensibilisation rĂ©centes sur la santĂ© mentale, la place des aidants, ou encore la santĂ© comme enjeu de droit en Europe, vont dans le bon sens, mais le sujet spĂ©cifique des pĂšres reste encore peu mis en lumiĂšre.
Une façon simple de commencer Ă briser cette ombre consiste Ă parler de ces difficultĂ©s dans les consultations de suivi du nourrisson, chez le pĂ©diatre, le mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ou la sage-femme. Poser une question ouverte au pĂšre â âEt vous, comment vous vivez cette pĂ©riode ?â â peut parfois suffire Ă ouvrir une brĂšche. Quand la parole circule, la santĂ© mentale gagne du terrain. đŹ
Impact de la santĂ© mentale des pĂšres sur la famille et le dĂ©veloppement de lâenfant
Prendre au sĂ©rieux la santĂ© mentale des pĂšres nâest pas quâune question individuelle. Câest aussi un enjeu pour la famille dans son ensemble et pour le dĂ©veloppement de lâenfant. Les travaux menĂ©s ces derniĂšres annĂ©es montrent que lorsque le pĂšre prĂ©sente un trouble dĂ©pressif ou anxieux persistant, cela peut modifier la dynamique familiale et, Ă long terme, influencer le comportement, lâadaptation sociale et mĂȘme certains aspects cognitifs de lâenfant.
Un pĂšre trĂšs anxieux ou dĂ©primĂ© aura plus de mal Ă entrer dans le jeu, Ă rĂ©pondre Ă son bĂ©bĂ© de façon calme et rĂ©guliĂšre. Il peut se montrer plus distant, moins disponible Ă©motionnellement, ou au contraire surprotecteur et inquiet Ă lâexcĂšs. Ces attitudes ne âcassentâ pas un enfant, mais elles crĂ©ent un climat moins sĂ©curisant. Les Ă©tudes soulignent surtout que la dĂ©pression paternelle peut sâajouter Ă dâautres facteurs de vulnĂ©rabilitĂ© : difficultĂ©s financiĂšres, isolement social, dĂ©pression maternelle, logement prĂ©caire⊠Câest lâaccumulation des Ă©lĂ©ments qui fragilise la structure familiale.
Pour mieux visualiser lâimpact potentiel, voici un tableau synthĂ©tique :
| Situation de santĂ© mentale paternelle đ§ | ConsĂ©quences possibles sur la famille đšâđ©âđ§ | Effets observĂ©s chez lâenfant đ¶ |
|---|---|---|
| DĂ©pression persistante | Tensions de couple, communication rĂ©duite, climat Ă©motionnel lourd | Retrait, troubles du sommeil, difficultĂ©s dâattachement |
| Anxiété importante | Surveillance excessive, conflits autour des soins, stress parental élevé | Inquiétude, irritabilité, peur de la séparation |
| Consommation dâalcool accrue | Conflits, imprĂ©visibilitĂ©, risque de nĂ©gligence des besoins du bĂ©bĂ© | Environnement instable, agitation, problĂšmes de comportement Ă terme |
Il est important de rappeler que ces consĂ©quences ne sont pas automatiques ni irrĂ©versibles. Beaucoup dâenfants grandissent de façon harmonieuse malgrĂ© un parent en difficultĂ©, surtout lorsque lâautre parent, un proche ou un professionnel apporte un soutien stable. Toutefois, ces Ă©lĂ©ments montrent pourquoi les chercheurs demandent une meilleure inclusion des pĂšres dans les dispositifs de prĂ©vention et de suivi pĂ©rinatal.
Ă Marseille comme ailleurs, les rĂ©seaux de soins Ă domicile, les cabinets libĂ©raux, les PMI et les associations de soutien Ă la parentalitĂ© sont des relais prĂ©cieux. Des plateformes dâinformation comme Infirmier Marseille, qui aborde aussi bien la santĂ© mentale que des sujets du quotidien (par exemple lâalimentation avec des idĂ©es de plats simples pour toute la famille đČ), peuvent contribuer Ă dĂ©dramatiser la demande dâaide. Une famille bien informĂ©e et entourĂ©e a plus de chances dâidentifier tĂŽt les signaux dâalerte.
Lâessentiel Ă retenir est que soutenir la santĂ© mentale des pĂšres, ce nâest pas âen faire trop pour euxâ, câest protĂ©ger tout un systĂšme relationnel : le couple, lâenfant, les liens qui se tissent. Offrir Ă un pĂšre la possibilitĂ© de dire quâil va mal, câest lui donner la chance dâĂȘtre plus prĂ©sent, plus apaisĂ©, et finalement plus disponible pour son enfant. đ±
Quels soutiens et accompagnements concrets pour les pÚres en difficulté ?
Lorsquâun pĂšre commence Ă sentir que quelque chose se dĂ©grade â irritabilitĂ©, repli, consommation dâalcool en hausse, manque de plaisir â il nâest pas toujours Ă©vident de savoir par oĂč commencer. Pourtant, des ressources simples et accessibles existent, Ă la fois dans le systĂšme de soins classique et dans le tissu associatif ou numĂ©rique.
Premiers pas : parler et consulter
La premiĂšre marche, bien souvent, consiste Ă en parler Ă une personne de confiance : partenaire, ami, membre de la famille. Mettre des mots sur son ressenti permet de prendre du recul et de ne plus porter seul ce poids. En parallĂšle, un contact avec un mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste, une sage-femme, un psychologue ou un infirmier libĂ©ral peut offrir un espace dâĂ©coute et un premier avis.
Certains pĂšres hĂ©sitent Ă consulter car ils se disent quâils ne sont âpas assez malâ. Pourtant, la prĂ©vention fonctionne mieux quand on intervient tĂŽt. Un suivi court, quelques sĂ©ances de thĂ©rapie, ou un rĂ©ajustement de lâorganisation quotidienne peuvent parfois suffire Ă Ă©viter que la situation ne sâenkyste. Les outils numĂ©riques et les donnĂ©es de santĂ©, quand ils sont bien encadrĂ©s, peuvent aussi aider Ă repĂ©rer des tendances de stress ou de sommeil. Les dĂ©bats autour du Health Data Hub et de la gestion des donnĂ©es de santĂ© montrent Ă quel point ces sujets sont dâactualitĂ©.
Des gestes concrets au quotidien
En complĂ©ment dâun accompagnement mĂ©dical ou psychologique Ă©ventuel, quelques ajustements simples peuvent allĂ©ger la charge mentale :
- đïž RĂ©organiser les tĂąches du foyer pour Ă©viter que le pĂšre cumule travail, nuits Ă©courtĂ©es et logistique quotidienne.
- â±ïž Instaurer des temps de pause rĂ©guliers, mĂȘme courts, sans bĂ©bĂ© ni Ă©cran, pour souffler rĂ©ellement.
- đ¶ PrĂ©server un minimum dâactivitĂ© physique (marche, vĂ©lo, Ă©tirements), qui agit comme un antidĂ©presseur naturel.
- đ± Limiter la surcharge dâinformations en ligne sur la parentalitĂ©, souvent culpabilisante, et privilĂ©gier quelques sources fiables.
- đ€ Sâappuyer sur le rĂ©seau (famille, amis, voisins) pour le mĂ©nage, les courses, la garde ponctuelle du bĂ©bĂ©.
Dans certaines villes, des groupes de parole de pĂšres commencent Ă Ă©merger, parfois portĂ©s par des associations ou des structures de PMI. Ces espaces permettent dâĂ©changer sans jugement, de rĂ©aliser que lâon nâest pas le seul Ă traverser des moments de doute ou de dĂ©prime, et de mutualiser des astuces trĂšs concrĂštes de survie au quotidien.
Le message principal reste le suivant : demander de lâaide nâest pas un signe de faiblesse. Câest au contraire une dĂ©marche responsable, qui protĂšge le pĂšre, la mĂšre et lâenfant. MĂȘme si le systĂšme de santĂ© nâest pas encore parfaitement organisĂ© autour des pĂšres, chaque professionnel rencontrĂ© peut devenir une porte dâentrĂ©e vers un soutien plus adaptĂ©.
Prévenir les troubles de santé mentale chez les nouveaux pÚres : repÚres et bonnes pratiques
Agir en amont, avant que le mal-ĂȘtre ne sâinstalle, est parfois plus simple quâil nây paraĂźt. La prĂ©vention ne demande pas forcĂ©ment des dispositifs complexes ; elle repose souvent sur des gestes de bon sens, une meilleure information et une vigilance partagĂ©e entre les parents et les soignants.
Anticiper dĂšs la grossesse
La pĂ©riode de grossesse est un moment-clĂ© pour parler des attentes, des peurs et de lâorganisation future. Les consultations prĂ©natales peuvent inclure le pĂšre, non pas seulement comme accompagnant, mais comme futur parent Ă part entiĂšre. Discuter de la rĂ©partition des tĂąches, des contraintes professionnelles, du soutien disponible autour du couple permet de repĂ©rer les points de tension potentiels.
Dans certains cas, un antĂ©cĂ©dent de dĂ©pression, dâanxiĂ©tĂ© ou de trouble addictif chez le pĂšre justifie dâĂȘtre particuliĂšrement attentif. Ce nâest pas une fatalitĂ©, mais un facteur de vulnĂ©rabilitĂ© quâil est utile de connaĂźtre Ă lâavance pour ne pas ĂȘtre surpris si les symptĂŽmes rĂ©apparaissent.
Quelques repĂšres simples Ă garder en tĂȘte
Pour rĂ©sumer, voici quelques indicateurs utiles pour surveiller lâĂ©quilibre psychique dâun nouveau pĂšre :
- đ§ Les Ă©motions : tristesse, colĂšre, anxiĂ©tĂ© trĂšs frĂ©quente sans amĂ©lioration au fil des semaines.
- đ Le sommeil : difficultĂ©s Ă dormir mĂȘme lorsque lâoccasion se prĂ©sente.
- đœïž Le corps : perte ou prise de poids marquĂ©e, douleurs inexpliquĂ©es, fatigue Ă©crasante.
- đ„ Les relations : conflits rĂ©pĂ©tĂ©s, isolement, perte dâintĂ©rĂȘt pour les proches.
- â ïž Les comportements : augmentation de la consommation dâalcool ou de substances, conduite Ă risque.
DĂšs que plusieurs de ces Ă©lĂ©ments se combinent sur une durĂ©e prolongĂ©e, prendre contact avec un professionnel de santĂ© devient une prioritĂ©. Mieux vaut âsonner lâalarmeâ trop tĂŽt que trop tard. Cette logique vaut aussi pour dâautres sujets de santĂ© : que lâon parle de diabĂšte et de risques opĂ©ratoires, de nutrition ou de douleurs chroniques, la prĂ©cocitĂ© de la prise en charge fait la diffĂ©rence.
Enfin, il est utile de rappeler que la santĂ© mentale nâest pas figĂ©e. Un pĂšre peut traverser un Ă©pisode trĂšs difficile, puis retrouver un bon Ă©quilibre avec un accompagnement adaptĂ©. Lâimportant est de rester Ă lâĂ©coute, de ne pas minimiser les signaux et de considĂ©rer les pĂšres comme des acteurs Ă part entiĂšre de la santĂ© de la famille.
Un simple rĂ©flexe peut dĂ©jĂ faire Ă©voluer les choses : lorsquâun bĂ©bĂ© arrive dans lâentourage, poser la question non seulement âComment va la maman ? Comment va le bĂ©bĂ© ?â, mais aussi : âEt toi, comment tu tiens dans tout ça ?â đ
Quels sont les premiers signes de dépression post-partum chez un pÚre ?
Les premiers signes peuvent ressembler Ă une simple fatigue, mais ils durent et s’aggravent : irritabilitĂ© inhabituelle, perte d’intĂ©rĂȘt pour les activitĂ©s habituelles, sensation de vide, difficultĂ©s Ă profiter de la prĂ©sence du bĂ©bĂ©, troubles du sommeil mĂȘme quand l’enfant dort, tendance Ă s’isoler ou Ă consommer davantage d’alcool. Si ces symptĂŽmes persistent plusieurs semaines, il est important d’en parler Ă un professionnel de santĂ©.
Vers qui un pĂšre peut-il se tourner s’il ne va pas bien aprĂšs la naissance ?
Un pĂšre peut d’abord se tourner vers son mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste, une sage-femme, un psychologue ou un infirmier libĂ©ral, qui sauront l’Ă©couter et l’orienter. Les consultations de suivi du nourrisson ou de la mĂšre sont aussi de bons moments pour signaler ses difficultĂ©s. Certaines PMI, associations de soutien Ă la parentalitĂ© et plateformes en ligne proposent Ă©galement des ressources et des groupes de parole pour les pĂšres.
La dépression paternelle met-elle en danger le bébé ?
La dĂ©pression paternelle ne signifie pas que le bĂ©bĂ© est en danger immĂ©diat, mais elle peut perturber la qualitĂ© des interactions et l’ambiance familiale. Ă long terme, cela peut influencer le comportement ou l’adaptation de l’enfant. En repĂ©rant tĂŽt la souffrance du pĂšre et en lui proposant un accompagnement, on protĂšge Ă la fois sa santĂ©, celle de son enfant et l’Ă©quilibre de la famille.
Est-il possible de prévenir les troubles de santé mentale chez les nouveaux pÚres ?
On ne peut pas tout prĂ©venir, mais on peut rĂ©duire les risques en anticipant : parler du partage des tĂąches pendant la grossesse, repĂ©rer les antĂ©cĂ©dents de dĂ©pression ou d’anxiĂ©tĂ©, organiser un rĂ©seau de soutien familial ou amical, encourager le pĂšre Ă participer aux consultations prĂ©natales et postnatales. Rester attentif Ă ses Ă©motions, demander de l’aide tĂŽt et amĂ©nager des temps de repos font aussi partie de cette prĂ©vention.
Les troubles de santé mentale des pÚres sont-ils fréquents ?
Les recherches internationales estiment qu’entre 8 et 10 % des pĂšres prĂ©sentent une dĂ©pression au cours de l’annĂ©e suivant la naissance, et qu’encore plus d’hommes souffrent de troubles liĂ©s au stress ou Ă l’anxiĂ©tĂ©. Ces chiffres sont probablement sous-estimĂ©s, car beaucoup de pĂšres ne consultent pas. D’oĂč l’importance de parler du sujet sans tabou, pour que ces difficultĂ©s soient mieux reconnues et accompagnĂ©es.

