Veiller tard peut sembler anodin, surtout dans une sociĂ©tĂ© oĂč le travail en horaires dĂ©calĂ©s, les sĂ©ries en streaming et les rĂ©seaux sociaux poussent Ă repousser lâheure du coucher. Pourtant, de grandes Ă©tudes, dont une menĂ©e sur des milliers de personnes au Royaume-Uni, montrent que le fait dâĂȘtre plutĂŽt « du soir » sâaccompagne dâun risque cardiovasculaire plus Ă©levĂ©. La bonne nouvelle â€ïž : ce risque nâest pas une fatalitĂ©. En travaillant sur quelques piliers du mode de vie â sommeil, tabac, alimentation, poids, glycĂ©mie â il est possible de rĂ©duire fortement ce danger.
| Peu de temps ? VoilĂ ce quâil faut retenir : |
|---|
| â Les couche-tard ont en moyenne un risque de maladie cardiaque et dâAVC plus Ă©levĂ©, surtout en cas de tabagisme, mauvaise alimentation et manque de sommeil. |
| â Une hygiĂšne de vie proche des critĂšres Lifeâs Essential 8 (sommeil, poids, glycĂ©mie, tabac, alimentation, activitĂ©, cholestĂ©rol, tension) compense une grande partie de ce risque. đȘ |
| â La consommation de nicotine et le manque de sommeil pĂšsent particuliĂšrement lourd dans le sur-risque cardiaque des chronotypes du soir. |
| â Changer progressivement son rythme, structurer ses soirĂ©es, mieux gĂ©rer le stress et surveiller les facteurs mĂ©taboliques permet de protĂ©ger son cĆur, mĂȘme si lâon reste naturellement couche-tard. đ |
Comprendre pourquoi les couche-tard ont un risque cardiaque accru đâ€ïž
Ătre couche-tard nâest pas un simple « mauvais pli » : derriĂšre cette habitude se cache souvent un chronotype, câest-Ă -dire une prĂ©fĂ©rence biologique pour fonctionner mieux le soir ou le matin. Certains se sentent naturellement en forme vers 22 h â 23 h, quand dâautres baillent dĂ©jĂ . Ce profil du soir est frĂ©quent, surtout chez les plus jeunes adultes et chez les personnes qui travaillent en horaires dĂ©calĂ©s.
Les grandes cohortes de population ont mis en Ă©vidence que les personnes ayant un chronotype trĂšs marquĂ© du soir prĂ©sentaient en moyenne un risque de maladies cardiovasculaires (infarctus, AVC) plus Ă©levĂ© que celles ayant un rythme plus « intermĂ©diaire ». Dans lâĂ©tude britannique rĂ©cente, les participants ont Ă©tĂ© suivis presque 14 ans, ce qui donne une vision solide des Ă©vĂ©nements cardiaques sur la durĂ©e. Au fil des annĂ©es, plus de 17 000 infarctus ou AVC ont Ă©tĂ© recensĂ©s, et les couche-tard ressortaient comme plus exposĂ©s.
Pourquoi ce lien ? Une des clĂ©s se trouve dans les rythmes circadiens, ces horloges internes qui rĂ©gulent la tempĂ©rature du corps, la sĂ©crĂ©tion dâhormones, la glycĂ©mie, la tension artĂ©rielle. Quand le rythme de sommeil est dĂ©calĂ© par rapport aux horaires sociaux (travail, obligations familiales, transports), le corps se retrouve souvent en dĂ©salignement. Cette dĂ©synchronisation peut perturber le systĂšme nerveux, lâaxe hormonal (hypothalamoâhypophysoâsurrĂ©nalien), la rĂ©gulation de la pression artĂ©rielle et des lipides sanguins.
Ă cela sâajoutent les comportements. Les profils du soir sont plus enclins Ă grignoter tard, Ă sauter le petit-dĂ©jeuner, Ă consommer davantage de nicotine ou dâalcool, et Ă dormir moins longtemps. On sait par exemple que le manque de sommeil chronique favorise lâhypertension, les troubles mĂ©taboliques et le surpoids. Des travaux sur le diabĂšte et le risque de mort cardiaque rappellent aussi combien un mĂ©tabolisme dĂ©rĂ©glĂ© peut fragiliser le cĆur : les informations dĂ©taillĂ©es sur ce lien sont dâailleurs expliquĂ©es de façon claire dans cet article sur le diabĂšte et le risque de mort cardiaque subite đ«.
Un autre Ă©lĂ©ment frappant issu de lâĂ©tude britannique est que 75 % du sur-risque des chronotypes du soir sâexplique par des facteurs modifiables, regroupĂ©s dans le score « Lifeâs Essential 8 ». En clair : ce nâest pas le fait dâaimer veiller en soi qui abĂźme le cĆur, mais plutĂŽt ce qui accompagne ce mode de vie (tabac, mauvais sommeil, mauvaise alimentation, glycĂ©mie dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, etc.). Lâeffet propre du chronotype devient alors beaucoup plus nuancĂ©.
Ce constat change tout : au lieu de culpabiliser ceux qui ne sont pas « du matin », il invite à repérer les habitudes à risque et à les ajuster. Le profil de Claire, 43 ans, cadre dans une entreprise de logistique, illustre bien ce phénomÚne : elle se couche rarement avant 1 h du matin, se lÚve à 6 h 30, fume quelques cigarettes le soir et dßne trÚs tard. Ses bilans montrent une tension limite haute, une glycémie en hausse, et un cholestérol un peu trop élevé. Le cardiologue ne lui demande pas de devenir une lÚve-tÎt parfaite du jour au lendemain, mais de travailler sur des leviers réalistes pour sécuriser son systÚme cardiovasculaire.
Comprendre ce terreau physiologique et comportemental est la premiÚre étape pour organiser une prévention efficace, sans injonctions culpabilisantes ni recettes miracles.

Rythmes circadiens, sommeil et cĆur : ce qui se passe vraiment la nuit đ§
Les rythmes circadiens fonctionnent comme une partition que le corps suit sur 24 heures. Quand lâhorloge centrale, situĂ©e dans le cerveau, est en phase avec la lumiĂšre du jour et lâobscuritĂ© de la nuit, les fonctions cardiaques et mĂ©taboliques sont plus stables. En revanche, quand les couchers et levers sont trĂšs variables, ou systĂ©matiquement dĂ©calĂ©s, le cĆur reçoit des signaux contradictoires.
Chez les couche-tard, ce dĂ©calage sâobserve souvent par une privation de sommeil chronique. On sâendort tard, mais on doit se lever tĂŽt pour aller travailler ou sâoccuper des enfants. RĂ©sultat : nuits raccourcies, sommeil fragmentĂ©, rĂ©cupĂ©ration incomplĂšte. Des Ă©tudes montrent quâun temps de sommeil trop court augmente la pression artĂ©rielle nocturne, favorise lâinflammation et dĂ©rĂšgle le mĂ©tabolisme du glucose, des mĂ©canismes Ă©galement impliquĂ©s dans les apnĂ©es du sommeil et lâhypertension. Pour aller plus loin, il peut ĂȘtre utile de consulter ce dossier trĂšs complet sur le lien entre hypertension, apnĂ©e du sommeil et insomnie đŽ.
Les rythmes circadiens agissent aussi sur lâappĂ©tit, la sensation de rĂ©compense et les pulsions alimentaires. Le soir, surtout quand on est fatiguĂ©, le cerveau a tendance Ă rĂ©clamer des aliments gras, sucrĂ©s, faciles dâaccĂšs. Cela conduit Ă des prises alimentaires tardives, avec souvent peu de lĂ©gumes et beaucoup de produits transformĂ©s. Sur la durĂ©e, cette façon de manger entretient un surpoids viscĂ©ral et des perturbations de la glycĂ©mie, deux facteurs Ă©troitement liĂ©s au rĂ©trĂ©cissement des artĂšres coronaires.
Il existe Ă©galement un lien subtil entre manque de sommeil, irritabilitĂ© et comportements Ă risque. Une personne Ă©puisĂ©e aura plus de mal Ă rĂ©sister Ă la cigarette, Ă limiter lâalcool, ou Ă se motiver pour une marche rapide. La consommation de nicotine, par exemple, a Ă©tĂ© identifiĂ©e comme le facteur qui pesait le plus dans le sur-risque cardiaque des chronotypes du soir, expliquant Ă elle seule plus dâun tiers de lâassociation. Ce nâest donc pas seulement le cĆur qui fatigue, mais tout un systĂšme de rĂ©gulation Ă©motionnelle et comportementale.
Par ailleurs, la nuit devrait ĂȘtre un moment de repos neuro-hormonal. Lorsquâelle est amputĂ©e, le systĂšme nerveux sympathique reste trop actif, la frĂ©quence cardiaque ne redescend pas comme prĂ©vu, et les artĂšres restent plus contractĂ©es. Ă long terme, cette hyperstimulation favorise lâhypertension artĂ©rielle et les lĂ©sions vasculaires. Câest ce mĂȘme type de mĂ©canisme qui explique la sensibilitĂ© accrue des survivants dâAVC Ă la fatigue et au stress, thĂšme dĂ©veloppĂ© dans les approches de rĂ©cupĂ©ration mĂ©dicamenteuse aprĂšs un AVC.
Enfin, les Ă©tudes de cohorte montrent que les profils « dĂ©finitivement du matin » ne sont pas pour autant parfaits : un sommeil trop court, mĂȘme chez les lĂšve-tĂŽt, reste dĂ©lĂ©tĂšre. Dans la cohorte britannique, ces personnes prĂ©sentaient parfois un sommeil de mauvaise qualitĂ©, rappelant que lâhoraire compte, mais que la durĂ©e et la continuitĂ© du sommeil sont tout aussi essentielles.
Au final, plutĂŽt que dâopposer couche-tard et lĂšve-tĂŽt, il semble plus utile de se demander comment chaque personne peut harmoniser au mieux ses rythmes, ses contraintes sociales et sa santĂ© cardiaque.
Les médias de vulgarisation et certaines chaßnes de cardiologie expliquent désormais de façon trÚs pédagogique ces liens entre horloge biologique et maladies cardiovasculaires, ce qui aide de plus en plus de patients à faire le lien avec leur propre quotidien.
Lifeâs Essential 8 : 8 leviers concrets pour rĂ©duire le risque cardiaque des couche-tard đĄ
LâAmerican Heart Association a proposĂ© un score simple, le Lifeâs Essential 8 (LE8), pour Ă©valuer la santĂ© cardiovasculaire globale. Dans lâĂ©tude britannique, ce score expliquait prĂšs de 75 % de lâexcĂšs de risque des chronotypes du soir. Autrement dit, en sâapprochant dâun bon score LE8, un couche-tard peut considĂ©rablement sĂ©curiser son cĆur.
Voici ces huit piliers, adaptés au cas particulier des veilleurs nocturnes :
- đŽ Sommeil : viser un crĂ©neau de 7 Ă 9 heures, mĂȘme si lâendormissement est tardif, en gardant des horaires rĂ©guliers.
- đ Tabac / nicotine : limiter progressivement, puis arrĂȘter cigarettes et vapotage nicotinĂ©, trĂšs impliquĂ©s dans le sur-risque.
- đ„Š Alimentation : structurer les repas, Ă©viter les « craquages » hypercaloriques tardifs, privilĂ©gier une assiette simple mais complĂšte.
- đââïž ActivitĂ© physique : bouger chaque jour, mĂȘme en fractionnĂ© (escaliers, marche rapide, vĂ©lo, mĂ©nage dynamique).
- âïž Poids corporel : surveiller surtout le tour de taille, signe de graisse abdominale active.
- 𩞠Glycémie : contrÎler le sucre sanguin, notamment chez les personnes à risque ou déjà diabétiques.
- đ Lipides sanguins : vĂ©rifier rĂ©guliĂšrement cholestĂ©rol et triglycĂ©rides, adapter si besoin alimentation et traitement.
- đ©ș Tension artĂ©rielle : surveiller la pression, surtout en cas de stress, surpoids ou antĂ©cĂ©dents familiaux.
Pour visualiser comment ces Ă©lĂ©ments interagissent avec le chronotype, le tableau ci-dessous rĂ©sume les observations majeures de lâĂ©tude :
| ĂlĂ©ment LE8 đ§© | Chronotype du soir đ | Impact sur le risque cardiaque â€ïž |
|---|---|---|
| Sommeil đŽ | DurĂ©e souvent plus courte, coucher tardif, rĂ©veil imposĂ© | Augmente tension, glycĂ©mie et inflammation, favorise lâathĂ©rosclĂ©rose |
| Tabac đ | Consommation de nicotine plus frĂ©quente le soir | Explique une part majeure du sur-risque (environ un tiers) |
| Alimentation đœïž | Repas tardifs, grignotage sucrĂ©-salĂ© la nuit | Favorise surpoids viscĂ©ral, diabĂšte, dyslipidĂ©mie |
| Poids / glycĂ©mie âïž | DifficultĂ©s Ă stabiliser le poids, pics glycĂ©miques nocturnes | AccĂ©lĂšre les lĂ©sions des artĂšres coronaires et cĂ©rĂ©brales |
| ActivitĂ© physique đ | FrĂ©quemment insuffisante par manque dâĂ©nergie en journĂ©e | RĂ©duit la capacitĂ© cardiorespiratoire, augmente le risque global |
Un point rassurant ressort : mĂȘme chez les couche-tard, celles et ceux qui affichent un bon score LE8 ont un risque cardiovasculaire nettement rĂ©duit. Cela rejoint dâautres travaux en prĂ©vention, par exemple autour des bienfaits du thĂ© sur la santĂ© cardiaque, qui montrent que des gestes simples du quotidien (boire moins sucrĂ©, intĂ©grer des boissons riches en antioxydants, mieux respirer) peuvent, mis bout Ă bout, faire une vraie diffĂ©rence sur le long terme.
Lâenjeu nâest donc pas de viser la perfection, mais dâadditionner des petites amĂ©liorations cohĂ©rentes avec son rythme de vie. Une personne qui rĂ©ussit Ă caler 30 minutes de marche rapide en fin dâaprĂšs-midi, Ă avancer son dĂźner de 30 minutes et Ă Ă©teindre les Ă©crans une demi-heure plus tĂŽt chaque soir, en gardant ces habitudes plusieurs semaines, peut dĂ©jĂ inflĂ©chir son risque de maniĂšre mesurable.
En filigrane, chaque couche-tard peut se poser une question simple : « Sur ces huit leviers, lequel est le plus facile Ă ajuster pour moi aujourdâhui ? ». Câest souvent par ce premier pas que le cercle se met Ă tourner dans le bon sens.
Les vidĂ©os expliquant le score LE8 sont de plus en plus accessibles, et peuvent servir de support pour discuter avec un professionnel de santĂ© dâun plan dâaction personnalisĂ©.
Changer ses habitudes du soir sans se renier : stratĂ©gies douces mais efficaces đ
Beaucoup de couche-tard ont lâimpression quâon leur demande de renoncer Ă leur identitĂ©. Pourtant, il est possible de rĂ©duire significativement le risque cardiaque sans forcĂ©ment devenir un lĂšve-tĂŽt radical. Lâobjectif nâest pas de sâimposer une transformation brutale, mais de glisser progressivement vers un Ă©quilibre moins agressif pour le cĆur.
Une premiĂšre approche consiste Ă sĂ©curiser une durĂ©e minimale de sommeil. MĂȘme si lâendormissement se fait vers minuit, bloquer un crĂ©neau sans rĂ©veil avant 7 h ou 7 h 30, au moins quelques jours par semaine, permet dĂ©jĂ au systĂšme cardiovasculaire de souffler. Chez les personnes ayant des obligations trĂšs matinales, il peut ĂȘtre utile dâexplorer des solutions comme un lĂ©ger dĂ©calage de lâheure dâembauche, du tĂ©lĂ©travail partiel ou la rĂ©organisation des tĂąches familiales.
Le deuxiĂšme levier concerne le rituel du soir. Les Ă©crans lumineux, les sĂ©ries haletantes, les Ă©changes professionnels tardifs entretiennent lâactivation cĂ©rĂ©brale et retardent encore plus lâendormissement. Remplacer la derniĂšre heure dâĂ©cran par une activitĂ© apaisante (lecture, Ă©tirements doux, douche tiĂšde, musique calme) nâest pas un gadget. Câest un moyen de refermer la journĂ©e, de donner un signal clair au cerveau que la nuit commence.
Sur le plan cardiovasculaire, il est Ă©galement prĂ©cieux de travailler la gestion du stress. Les couche-tard ressentent souvent le besoin de prolonger la soirĂ©e pour « dĂ©compresser ». PlutĂŽt que de lier ce moment Ă lâalcool, au grignotage ou Ă la cigarette, il peut ĂȘtre transformĂ© en espace de respiration : quelques minutes de cohĂ©rence cardiaque, dâĂ©criture dans un carnet, ou de mĂ©ditation guidĂ©e changent profondĂ©ment la qualitĂ© du repos Ă venir.
Voici quelques pistes opérationnelles à tester pas à pas :
- đ Avancer lâheure du dĂźner de 15 minutes chaque semaine, jusquâĂ trouver un horaire plus compatible avec la digestion et la glycĂ©mie.
- đ” Instaurer une « heure sans Ă©cran » avant lâextinction des feux, avec un rĂ©veil classique plutĂŽt que le tĂ©lĂ©phone sur la table de nuit.
- đ§ââïž Pratiquer 5 minutes de respiration lente (inspiration 4 secondes, expiration 6 secondes) pour faire baisser la frĂ©quence cardiaque.
- đ¶ââïž Ajouter une courte marche en fin de journĂ©e pour bouger sans bouleverser lâemploi du temps.
- đ PrĂ©voir au moins deux soirĂ©es par semaine sans travail ni mails pour rĂ©duire la charge mentale.
Les Ă©tudes montrent aussi que les micro-siestes bien gĂ©rĂ©es peuvent aider Ă compenser une nuit Ă©courtĂ©e, Ă condition quâelles ne dĂ©passent pas 20 minutes et ne se situent pas trop tard dans la journĂ©e, sous peine de repousser encore lâendormissement nocturne.
Dans certains cas, particuliĂšrement en prĂ©sence dâapnĂ©es du sommeil, dâinsomnies sĂ©vĂšres ou de symptĂŽmes nocturnes (palpitations, sueurs, Ă©touffements), un avis mĂ©dical rapide sâimpose. Ces troubles ne relĂšvent pas seulement du confort : ils pĂšsent directement sur le risque dâAVC, de crises cardiaques, mais aussi sur dâautres complications neurologiques et cognitives, comme le rappellent les travaux rĂ©cents autour des tumeurs cĂ©rĂ©brales et du risque cognitif.
En rĂ©sumĂ©, adapter ses soirĂ©es, ce nâest pas faire une croix sur des moments pour soi, câest au contraire leur donner une qualitĂ© qui protĂšge le cĆur au lieu de lâĂ©puiser silencieusement.
Suivre ses indicateurs de santĂ© cardiaque quand on est couche-tard : quand consulter, quoi surveiller đ
MĂȘme avec une hygiĂšne de vie soignĂ©e, certains facteurs Ă©chappent au ressenti. La tension artĂ©rielle, par exemple, peut rester Ă©levĂ©e longtemps sans provoquer de symptĂŽmes. De mĂȘme, la montĂ©e progressive de la glycĂ©mie ou du cholestĂ©rol ne fait pas mal⊠jusquâau jour oĂč un infarctus ou un AVC survient. DâoĂč lâimportance, pour les profils du soir, de surveiller rĂ©guliĂšrement quelques indicateurs clĂ©s.
Les consultations de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale sont le point dâancrage idĂ©al. Un bilan pĂ©riodique peut inclure :
- đ©ș Mesure de la tension artĂ©rielle (en cabinet, voire en automesure Ă domicile).
- đ§Ș Prise de sang avec bilan lipidique (cholestĂ©rol total, LDL, HDL, triglycĂ©rides) et glycĂ©mie Ă jeun.
- đ Poids, indice de masse corporelle et surtout tour de taille.
- đ Discussion autour du sommeil : horaires, coupures nocturnes, ronflements, pauses respiratoires observĂ©es.
Chez les travailleurs postĂ©s et les couche-tard trĂšs marquĂ©s, un enregistrement du sommeil (polygraphie ventilatoire ou polysomnographie) peut ĂȘtre proposĂ© en cas de suspicion dâapnĂ©e ou dâinsomnie sĂ©vĂšre. Ces examens permettent dâobjectiver des troubles qui, une fois traitĂ©s, diminuent le risque cardiovasculaire de maniĂšre significative.
Les avancĂ©es en intelligence artificielle appliquĂ©e Ă la cardiologie ouvrent aussi de nouvelles pistes : certains outils analysent aujourdâhui les ECG ou les scanners coronaires pour dĂ©tecter de façon prĂ©coce les signes de crise cardiaque potentielle. Les perspectives sont dĂ©taillĂ©es dans ce dossier sur lâIA et le risque de crise cardiaque, qui montre comment ces technologies peuvent complĂ©ter le regard clinique, sans le remplacer.
Pour les couche-tard, un calendrier de suivi simple peut ĂȘtre mis en place :
- Un contrĂŽle complet tous les 1 Ă 2 ans Ă partir de 40 ans, plus tĂŽt en cas de facteurs familiaux ou de diabĂšte.
- Une automesure tensionnelle sur quelques jours si la pression artérielle se situe à la limite haute.
- Un point annuel sur le sommeil et la fatigue, pour ne pas banaliser des symptÎmes répétitifs.
Les objets connectĂ©s (montres, bracelets) peuvent aider Ă suivre la durĂ©e de sommeil, la frĂ©quence cardiaque au repos, le niveau dâactivitĂ© physique. Ils ne remplacent pas un diagnostic mĂ©dical, mais ils aident Ă prendre conscience de certains dĂ©sĂ©quilibres, comme une dette de sommeil chronique ou un niveau dâactivitĂ© trop faible.
En fin de compte, mĂȘme si lâon se sent encore « en forme », intĂ©grer quelques repĂšres objectifs donne les moyens dâagir en amont, avant quâun Ă©vĂ©nement aigu ne survienne. Un simple rendez-vous pour un bilan peut ĂȘtre cette action Ă planifier dĂšs maintenant đ , comme un investissement discret mais prĂ©cieux pour les annĂ©es Ă venir.
Les couche-tard sont-ils condamnés à faire un infarctus ou un AVC ?
Non. Les Ă©tudes montrent un risque moyen plus Ă©levĂ© chez les profils du soir, mais lâessentiel de ce sur-risque est liĂ© au mode de vie (tabac, manque de sommeil, alimentation, glycĂ©mie, poids). En amĂ©liorant ces points â ce que rĂ©sume le score Lifeâs Essential 8 â il est tout Ă fait possible de rĂ©duire fortement le danger, mĂȘme en restant plutĂŽt couche-tard.
Combien dâheures de sommeil protĂšgent vraiment le cĆur ?
Les recommandations actuelles pour la plupart des adultes tournent autour de 7 Ă 9 heures de sommeil par nuit. Ce qui compte nâest pas seulement la quantitĂ©, mais aussi la rĂ©gularitĂ© et la qualitĂ© : un sommeil rĂ©parateur, Ă des horaires relativement stables, rĂ©duit lâhypertension, amĂ©liore la glycĂ©mie et soulage le cĆur. Dormir 5 Ă 6 heures de façon chronique augmente clairement le risque cardiovasculaire.
ArrĂȘter de fumer suffit-il Ă annuler le sur-risque liĂ© au fait de se coucher tard ?
ArrĂȘter le tabac est lâun des gestes les plus puissants pour le cĆur, et il rĂ©duit une grande partie du sur-risque observĂ© chez les couche-tard. Toutefois, il reste important de travailler aussi sur le sommeil, lâalimentation, lâactivitĂ© physique et le suivi mĂ©dical. Câest lâensemble de ces leviers, plus que lâun dâeux isolĂ©ment, qui protĂšge durablement.
Faut-il absolument devenir du matin pour protĂ©ger son cĆur ?
Pas forcĂ©ment. Certaines personnes ont un chronotype naturellement plus tardif, et lâobjectif nâest pas de le nier. Lâenjeu est surtout de limiter le dĂ©calage entre ce chronotype et les contraintes sociales, de prĂ©server une durĂ©e de sommeil suffisante, de soigner lâhygiĂšne de vie et de surveiller les principaux marqueurs cardiovasculaires. De petits ajustements dâhoraires, cumulĂ©s, suffisent souvent Ă rĂ©duire la pression sur le systĂšme cardiovasculaire.
Quand consulter en prioritĂ© si lâon est couche-tard ?
Une consultation rapide sâimpose en cas de douleurs thoraciques, dâessoufflement inhabituel, de palpitations, de rĂ©veils en suffoquant, de ronflements trĂšs marquĂ©s, de maux de tĂȘte matinaux rĂ©pĂ©tĂ©s ou de fatigue extrĂȘme inexpliquĂ©e. Il est aussi recommandĂ© de voir un mĂ©decin en prĂ©vention, surtout aprĂšs 40 ans ou en prĂ©sence de diabĂšte, dâhypertension, de surpoids ou dâantĂ©cĂ©dents familiaux de maladies cardiaques ou dâAVC.

